A l'école de la sexualité
Educatrice en santé sexuelle, Pascale Morard Robyr a pour mission d'informer les jeunes et les responsabiliser

«La sexualité, ça s'apprend. Et ça prend du temps...» Educatrice en santé sexuelle, Pascale Morard Robyr sillonne le Valais pour former et sensibiliser les 6-18 ans à la thématique. Parcourant quelque 10000 kilomètres par an, elle se rend dans les classes, chargée de prévenir les élèves contre les risques d'abus, de grossesses précoces ou d'infections sexuellement transmissibles. «Le but est non seulement de les informer, mais aussi de les responsabiliser quant à leur choix. Les jeunes savent beaucoup - surtout les filles qui parlent entre elles - et peu de choses à la fois. Il y a encore aussi pas mal de fausses croyances. Nombre d'entre eux pensent en effet qu'on ne risque rien lors d'un premier rapport. J'attire leur attention sur le fait qu'ils sont fertiles dès la puberté», relève Pascale Morard Robyr, précisant qu'à l'adolescence, la sexualité se révèle particulièrement complexe et parfois difficile à aborder en famille. Sans se substituer au rôle des parents, l'éducatrice spécialisée complète ou confirme ainsi les données déjà reçues. Car si nombre de gosses ont par exemple été avertis qu'ils ne devaient jamais monter dans la voiture d'un inconnu, les abus sont le plus souvent le fait de proches. «85% des enfants qui en sont victimes connaissent leur agresseur», chiffre Pascale Morard Robyr, précisant que certains cas ont été décelés dans le contexte des cours, générant la mise en place d'un protocole strict.

Faire le tri des infos
Si la sexualité a tendance à être standardisée, banalisée, cette situation ne favorise pas pour autant une meilleure compréhension de la thématique, pas plus qu'elle ne rend les relations plus aisées. «La plupart des enfants ont déjà visité des sites pornographiques. Avec le danger, pour ceux qui les regardent trop, de stimulus d'une sexualité hors norme. Mais en dépit de communications tous azimuts en la matière, il reste difficile d'aller vers l'autre. Il faut aider les ados à faire le tri dans les informations.» Souvent présentes les premières minutes des cours, les barrières de la gêne tombent quand Pascale Morard Robyr oriente les élèves plus âgés sur leur propre histoire, abordant les questions de désir et d'amour à l'aune de leur expérience et connaissances. «Le but est de promouvoir une sexualité respectueuse où chacun tient compte de ses rythmes.» Un sujet que Pascale Morard Robyr évoque aussi avec les parents des élèves. «Une soirée est organisée à leur intention avant les interventions. On nous imagine trop souvent comme des techniciennes du sexe. Nous les informons du contenu de la formation. Les rassurons sur notre démarche.» Certains refusent toutefois de laisser leurs enfants suivre le cours, ce dernier n'étant pas obligatoire.

Engagée mais non combative
Employée par la Fédération valaisanne des centres Sipe (Sexualité, information, prévention, éducation), Pascale Morard Robyr effectue ce travail qualifié de «passionnant» depuis 1992, au côté d'une dizaine de collègues. «La formation d'éducatrice en santé sexuelle a démarré avec la pandémie du Sida. J'ai tout de suite été intéressée à la suivre. A l'époque, j'étais permanente à la Jeunesse ouvrière chrétienne et m'occupais essentiellement des apprentis. Certains prenaient des risques... J'ai eu envie d'agir dans le domaine, de combler des lacunes en la matière.» Parallèlement, l'éducatrice spécialisée travaille alors à temps partiel à la caisse chômage de la FTMH. Un poste qu'elle occupera dix ans, en phase avec les questions syndicales. «J'ai renoncé à cette place pour m'occuper de mes deux fils. J'avais besoin de davantage de temps», explique cette mère de famille de 48 ans, sans pour autant se détourner de la cause. «Mais je ne suis pas très combative. Je préfère chercher la conciliation, remettre, s'il le faut, cent fois l'ouvrage sur le métier», affirme Pascale Morard Robyr œuvrant aussi comme conseillère générale au PS. Et tout en cultivant une nature optimiste qui ne va pas toujours de soi pour cette femme à la sensibilité à fleur de peau.

Rasez les Alpes...
«J'y travaille», sourit Pascale Morard Robyr qui confie préférer largement la mer aux paysages alpins, souffrant parfois de la géographie par trop encaissée de Sierre, où elle réside. Mais si elle estime la plaine «moins inspirante», apprécie particulièrement l'eau, son élément naturel - la pratique de la natation figure au rang de ses loisirs - elle ne boude pas pour autant les balades en montagne et le ski. Et se ressource dans la «Biodanza», une discipline qui mêle «affectivité, énergie et mouvement». Quant à sa philosophie de vie, Pascale Morard Robyr la résume au célèbre «carpe diem» du poète Horace, soit «cueille le jour présent sans te soucier du lendemain». Un concept qui n'empêche pas l'éducatrice de préparer l'avenir, elle qui suit actuellement une formation d'enseignante en économie familiale. «La raison? Je n'imagine pas parler d'éducation sexuelle à 62 ans. Question de crédibilité...» 


Sonya Mermoud

 

Edition n° 9 du 27 février 2013

 
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