Les travailleurs de l'industrie graphique se mobilisent
Alors que la branche est en situation de vide contractuel, Syndicom a organisé une journée d'action nationale

Le 1er mars dernier, Syndicom, le syndicat des médias et de la communication, a appelé à une journée de mobilisation nationale dans le secteur de l'industrie graphique contre l'introduction de la semaine de 42 heures et la diminution des suppléments pour le travail de nuit. Des pauses syndicales ont eu lieu aux quatre coins de la Suisse pour demander à l'association patronale Viscom de reprendre les négociations et de signer un contrat collectif de travail sans détérioration par rapport au précédent.

Les employés de l'industrie graphique sont en colère et ont décidé de le faire savoir le 1er mars dernier lors d'une journée d'action nationale. Après que l'association patronale Viscom ait rompu unilatéralement les négociations en vue du renouvellement du contrat collectif de travail (CCT) pour l'année 2013, la branche est en situation de vide contractuel depuis le 1er janvier. Les travailleurs ne sont donc plus protégés, ne bénéficient plus de leurs acquis et sont soumis au bon vouloir des patrons en matière de conditions de travail.
Pour rappeler le contexte de ces négociations, la partie syndicale, représentée par Syndicom - le syndicat des médias et de la communication - et Syna, demandait une série d'améliorations mais, en priorité, l'extension et la déclaration de force obligatoire de l'ancien CCT. Une proposition immédiatement rejetée par Viscom. L'association patronale est arrivée, elle, à la table des négociations avec deux grandes exigences: le passage de 40 à 42 heures de travail hebdomadaire ainsi que la diminution de 30 à 40% des suppléments pour les heures de nuit. Deux mesures jugées inacceptables par les syndicats car remettant en cause les acquis durement obtenus. Comme Viscom refuse catégoriquement d'entrer en matière tant que ses deux propositions ne sont pas acceptées, la branche se retrouve dans une impasse. Depuis, la faîtière est même allée plus loin en recommandant ouvertement à ses membres de déjà prolonger le temps de travail hebdomadaire à 42 heures et de diminuer les suppléments pour les heures travaillées de nuit. Une imprimerie de Winterthur s'est engouffrée dans la brèche et a annoncé des dégradations des conditions de travail dès le 1er avril. Les salariés ont répondu, dimanche soir, par deux heures de grève d'avertissement.

Mesures de lutte: oui à 95%
Contre ces attaques patronales, Syndicom a riposté en organisant une journée de mobilisation dans plusieurs villes romandes et alémaniques, dont Fribourg et Glovelier (JU) le 1er mars. L'occasion de dénoncer le refus de négocier des patrons et de demander qu'un CCT sans détérioration soit signé rapidement. «Cette journée d'action fait suite à la décision de nos membres qui ont voté à 95% pour des mesures de lutte», précise Bernard Remion, secrétaire régional Syndicom.
A Genève, près de cinquante personnes, syndicalistes et travailleurs, se sont rassemblées vendredi dernier à l'heure du déjeuner devant l'imprimerie Rochat-Baumann aux Pâquis. Un lieu symbolique puisque l'entreprise est membre de Viscom. «Nous sommes là pour défendre nos conditions de travail, s'est exprimé Pierre Djongandéké, président de la section genevoise industrie graphique et emballage de Syndicom. Passer aux 42 heures hebdomadaires sans hausse de salaire revient à travailler trois semaines par an gratuitement, et il en est hors de question! Nous demandons à nos employeurs qu'ils reviennent à la table des négociations.»
Pour Yan Giroud, secrétaire régional Syndicom, c'est un combat global qu'il faut mener. «L'ensemble des conventions collectives de travail (CCT) est en jeu aujourd'hui en Suisse. Les employeurs ne veulent plus de partenariat social ou juste des CCT vidées de leur contenu mais imposant la paix du travail.»
Majoritaires parmi les manifestants, les travailleurs de l'imprimerie genevoise Atar avaient réservé un bus pour rejoindre le lieu de l'action. Atar s'est engagée auprès de ses employés à continuer de respecter le CCT échu, donc ces derniers ne sont, pour l'instant, pas inquiétés. Ils ont quand même choisi de faire le déplacement en solidarité avec leurs collègues. «Pour le moment, Atar continue à appliquer le CCT, mais du jour au lendemain, ils peuvent retourner leur veste, explique une employée de l'atelier façonnage et reliure. Nous demandons que Viscom revienne sur sa position et qu'elle signe un CCT, même sans nouvelle amélioration, c'est mieux que rien.»

Syndicom lance un avertissement
Syndicom se dit plutôt optimiste quant à l'issue de ce conflit. «Les travailleurs refusent de passer aux 42 heures et on ressent une grosse colère chez nos membres», souligne Yan Giroud. Le syndicat compte aussi sur les employeurs romands, nombreux à continuer à appliquer l'ancien CCT, pour faire pression sur leur organisation patronale. Cependant, si la situation ne s'arrange pas rapidement, le syndicaliste n'exclut pas de passer à la vitesse supérieure. «C'est la première fois que je vois, autour de la table des négociations, des gens aussi obtus, fermés et agressifs. Il n'est pas impossible qu'on doive faire des grèves et des actions pour ramener les patrons à la raison.» Le syndicat commencera par s'attaquer aux «entreprises voyous», celles qui ne respectent pas le CCT, qui violent les libertés syndicales ou qui veulent introduire les 42 heures...


Manon Todesco

Dernière minute: Selon le journal Le Courrier, des syndicalistes ont occupé vendredi après-midi le hall d'entrée de l'imprimerie Lenzi à Vernier avant d'être évacués par la police. Deux jours auparavant, un imprimeur membre de Syndicom, qui avait réuni la veille des collègues pour discuter de leur participation au rassemblement de midi à Genève, avait été licencié, pour des raisons économiques. Des discussions ont eu lieu avec le patron vendredi et lundi. Grâce à la mobilisation, ce dernier a annulé le licenciement, réfutant qu'il s'agissait d'un congé pour motif syndical. La situation économique de l'entreprise sera aussi réévaluée d'ici deux mois.
L'ES


Thierry, imprimeur chez Atar à Vernier, Genève
«Nous sommes venus défendre nos acquis. Pour le moment, Atar respecte le CCT, mais tout à coup, l'entreprise pourrait décider d'appliquer les 42 heures. Nous voulons garder un contrat collectif de travail tel que celui que nous avions jusque-là, il nous convient dans l'état; ce que nous refusons, c'est de revenir en arrière. Car sinon, c'est la porte ouverte à tout et n'importe quoi et tout pourrait être remis en question: nos vacances, notre 13e salaire, etc. Cela dit, je reste confiant, je pense que ces mobilisations auront un impact.»
MT

 

 

Edition n° 10 du 6 mars 2013

 
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