Notre mission serait de ne plus exister
L'ESEO Genève fête ses dix ans. L'occasion pour son directeur de faire le bilan de la situation sociale dans le canton

Dix ans après sa création, l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière (OSEO) Genève continue plus que jamais à venir en aide aux personnes en situation précaire, en les réinsérant sur le marché du travail et dans la société. Entre la conjoncture économique actuelle et les multiples attaques que subissent les travailleurs, le directeur de l'OSEO Genève, Christian Lopez Quirland, fait le point sur les défis et les projets de l'organisation pour les années à venir. Rencontre.

Pionnière dans le domaine du travail et de l'intégration, l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière (OSEO) agit depuis 75 ans en Suisse et a récemment fêté ses 10 ans à Genève. Bien qu'étant la plus jeune des organisations OSEO de Suisse, le canton du bout du lac prend chaque année en charge plus de 600 personnes, encadrées par 65 collaborateurs répartis sur six sites. Mandatée par l'Office cantonal de l'emploi et les communes, l'OSEO offre des instruments permettant de retourner ou de s'insérer sur le marché du travail. En tout, ce sont dix programmes qui ont été mis sur pied pour aider les publics les plus précarisés et les plus fragilisés à savoir les jeunes, les étrangers, les personnes faiblement qualifiées, et, maintenant aussi, les cadres. A travers ces programmes, la mission de l'OSEO Genève est triple: il s'agit d'abord de qualifier les candidats en leur donnant une formation, de les accompagner en les conseillant et enfin, de les mettre en relation avec le monde du travail par le biais de stages en entreprise. Tout cela dans le but de les rendre, à terme, autonomes. Christian Lopez Quirland, directeur de l'OSEO Genève, revient sur l'activité de ces dix dernières années et projette les défis à venir.

Dix ans après sa création, comment voyez-vous l'évolution de l'OSEO Genève?
Son évolution a été impressionnante et très rapide. Aujourd'hui, nous recevons plus de 600 demandeurs d'emploi et avons mis en place dix projets. Cela montre tout d'abord que les besoins des gens qui nous viennent du chômage, de l'Assurance invalidité ou de l'Hospice général se sont accrus. Mais aussi qu'une forte confiance s'est installée avec nos partenaires et l'Etat grâce à la qualité du travail de l'OSEO.

Quel bilan tirez-vous de la situation sociale et du chômage à Genève?
Ces dix dernières années, la fragilisation des publics les plus faibles, à savoir les jeunes et les étrangers, a empiré. Leurs besoins sont devenus de plus en plus complexes, avec un besoin d'écoute mais aussi des besoins sociaux et d'insertion. Notre mandat devient donc lui aussi plus complexe et nous pousse à entreprendre des démarches davantage individualisées.
Il existe une vision misérabiliste du chômage et des demandeurs d'emploi alors que ce qui m'impressionne le plus c'est la dignité humaine, la volonté de ces personnes de s'en sortir et à revendiquer la reconnaissance. Nous ne ferions pas ce travail sans cela. Ce sont des gens qui souffrent, certes, mais qui ont des rêves, des envies et de l'énergie. A terme, notre mission serait de ne plus exister, mais compte tenu de la conjoncture, nous serons encore présents longtemps et devrons redoubler d'effort pour affirmer nos valeurs.

Avec le taux de chômage le plus élevé de Suisse, Genève apparaît comme le mauvais élève. Comment changer la donne?
On ne peut pas parler de mauvais élève. Genève crée beaucoup d'emplois, mais très qualifiés. Le canton doit améliorer sa gestion du chômage et créer de l'emploi autre qu'à haute valeur ajoutée, sans quoi, on laisse sur la touche les travailleurs les plus faiblement qualifiés. Nous faisons actuellement une expérience avec des entreprises qui s'engagent à former les chômeurs lors de stages; c'est un immense enjeu pour nous à l'avenir.

Quels sont les principaux défis auxquels l'OSEO devra faire face prochainement?
Pour les demandeurs d'emploi, il s'agira de pallier la flexibilité du marché du travail. Actuellement, il y a une déconstruction du marché de l'emploi avec le travail sur appel, le travail temporaire et le phénomène des «working poors». Notre grand défi sera de parvenir à insérer les chômeurs dans des emplois dignes et de manière acceptable.
L'autre mission de l'OSEO sera de pousser et d'influer sur les politiques afin de permettre à tout un chacun de se requalifier et/ou d'obtenir une formation de base. Aujourd'hui, si l'on n'a pas de certification qualifiante, on vit dans une précarité systémique.

Quelles sont vos priorités?
Notre grande priorité sera les jeunes car ce sont les plus défavorisés. Souvent diplômés, ils enchaînent les stages mais ne décrochent rien de concret. On ne peut pas les laisser tomber et il faut y mettre les moyens sinon on se retrouvera avec une génération perdue, non qualifiée et prise dans la spirale de la précarité. De notre côté, nous proposons un programme pour les jeunes diplômés, CT2, et d'autres pour les jeunes en rupture de scolarité, comme CapEmploi. Sur les 120 à 140 jeunes que nous prenons en charge chaque année, nous avons un taux de placement de 60%. Nos autres priorités restent la formation des publics faiblement qualifiés, les programmes d'intégration pour les étrangers et enfin, l'ouverture de projets à d'autres populations, comme les cadres, qui se retrouvent aussi dans des situations difficiles. D'ailleurs, le SECO vient de nous mandater à travers le programme Prima pour gérer ce public très qualifié.


Manon Todesco

 

 

Edition n° 11 du 13 mars 2013

 
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