Les métallos se mobilisent pour une bonne convention
Le comité des métallos d'Unia Transjurane défend la nécessité d'inscrire des salaires minimums dans la CCT

Trois membres du comité des métallos d'Unia Transjurane ont donné la semaine dernière une conférence de presse afin de rappeler leurs revendications pour le renouvellement de la CCT de l'industrie des machines. Leur priorité est la lutte contre le dumping, via des salaires minimums inscrits dans la convention.

Les négociations pour le renouvellement, le 1er juillet prochain, de la convention collective de l'industrie MEM (machines, équipements électriques et métaux) se poursuivent. Pour en expliquer les enjeux, le comité des métallos d'Unia Transjurane a tenu une conférence de presse la semaine dernière à Delémont. «Une manière de rappeler que la parole appartient en premier lieu aux travailleurs qui sont directement concernés par cette convention et qui représentent la force syndicale dans les entreprises», note le secrétaire syndical Jean-Pierre Chapuis, responsable régional de la branche de l'industrie des machines.

Priorité antidumping
Précédée par une opération de sensibilisation devant l'entreprise Safed, dont le directeur est membre de la délégation patronale aux négociations de la CCT, la conférence de presse était conduite par Daniel Heizmann, président de la commission du personnel de Tornos à Moutier et président national Unia de la branche de l'industrie des machines, par Pierre-Alain Girard, président de la commission du personnel de Swissmetal-Baoshida à Reconvilier, et Mathieu Laurentin, président de la commission du personnel de Benteler Automotive SA à Saint-Ursanne.
«Notre comité des métallos s'est montré unanime, tout comme la conférence nationale de la branche MEM: notre priorité absolue est d'obtenir que des salaires minimums figurent dans la nouvelle convention.» Daniel Heizmann a souligné que les salaires minimums sont un garde-fou nécessaire et efficace contre le dumping salarial. «Depuis l'accord de libre circulation des personnes, il est devenu plus facile pour le patronat d'engager des gens qualifiés ou non à des salaires inférieurs à ce qui se pratique habituellement, et cela particulièrement dans les régions frontalières comme la nôtre. Nous savons que la majorité des entreprises de l'industrie MEM pratiquent des salaires supérieurs aux minima qu'Unia revendique. Mais jusqu'à quand? Mieux vaut prévenir que guérir. Le dumping commence d'ailleurs à gagner du terrain un peu partout. Le Seco (Secrétariat d'Etat à l'économie) montre qu'entre 2008 et 2011, les cas de dumping ont triplé dans l'industrie des machines. Et à Zurich, les contrôleurs ont découvert qu'un ouvrier embauché par une entreprise temporaire gagnait moins de 3000 francs par mois. Il est urgent d'agir avant qu'il ne soit trop tard. Nous voulons des salaires minimaux pour empêcher que l'on fasse n'importe quoi.»

Une nécessité
Au moment de la signature des accords de libre circulation, les employeurs avaient assuré qu'elle n'entraînerait pas de sous-enchère ni de pression sur les salaires. Or tel n'est pas le cas. Mathieu Laurentin note que dans son entreprise, «les nouvelles personnes engagées le sont à des tarifs qui me rappellent mon salaire des débuts, il y a 13 ans». Pierre-Alain Girard, dresse le même constat: «Les derniers engagés sont parmi les plus exposés. Certains prétendent que les salaires minimums pourraient tirer les salaires vers le bas, comme le SMIG en France. Mais ce n'est pas comparable. Les minima que nous revendiquons sont plus élevés et sont différenciés en fonction des qualifications.»
Pour mémoire, les revendications pour les salaires minimums dans l'industrie MEM sont de 4000 francs pour une personne non qualifiée, 4600 francs pour une personne qualifiée (4200 francs jusqu'à 25 ans) et 6200 francs pour le personnel doté d'une formation supérieure. Pourquoi l'organisation faîtière du patronat, Swissmem, s'oppose-t-elle à des minima inférieurs à ce que la majorité de ses entreprises pratiquent? «C'est un blocage idéologique», répond Daniel Heizmann. «Depuis la naissance de la convention, il y a 75 ans, jamais les salaires n'y ont figuré. Ils sont négociés dans les entreprises. Or, certaines d'entre elles ne jouent pas le jeu du partenariat et imposent des salaires trop bas», constate le président de la branche des machines d'Unia. De toute manière, la libre circulation a changé la donne: «Il s'agit aujourd'hui de contrer le dumping, et le seul moyen de le faire, c'est d'introduire des salaires minimums.»


Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 12 du 20 mars 2013

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page