L'art, facteur de changement social
Coordinatrice de l'association Métis'Arte, Yohana Ruffiner travaille à la reconnaissance du droit à la différence

Tordre le cou au racisme et favoriser l'intégration des migrants: voilà la mission que poursuit depuis 8 ans Métis'Arte, à Lausanne, qui a développé différentes activités socioartistiques dans ce sens. Un but auquel contribue Yohana Ruffiner, anthropologue et comédienne, qui assure la coordination de l'association comptant 35 membres de divers horizons professionnels et origines. «Nous mettons sur pied des projets - théâtre, danse, peinture, musique, performances, vidéo, etc. - visant à lutter contre toutes formes de discrimination et promouvant le droit à la différence», relève la jeune femme de 32 ans. Et de préciser que Métis'Arte compte plusieurs partenaires actifs dans le domaine de la migration et touche un public romand varié. «Nous nous adressons aussi bien à des migrants qu'à des Suisses. Nous voulons favoriser la rencontre entre tous.» Des rendez-vous où le racisme, thématique phare de Métis'Arte, se décline sur les questions ethniques, des genres ou encore des statuts politiques.

L'appel à la vigilance
«Ma définition du racisme? C'est quand on ne se permet pas de connaître l'autre. Qu'on le nie en tant que personne. Qu'on nie ses droits. Qu'on ne le respecte pas», déclare Yohana Ruffiner estimant que ces dérives gagnent, de manière perverse, du terrain. «Les discours discriminatoires prennent davantage de place dans les milieux politiques, avec le risque d'être, à force, perçus comme des vérités. Dans les débats, on a de plus en plus tendance à stigmatiser des populations», s'inquiète la jeune femme appelant à la vigilance. «Nous devons tous nous montrer attentifs. Car nous sommes tous, tour à tour, des victimes et des bourreaux. Il nous faut prendre conscience de nos actes, paroles et pensées», déclare la coordinatrice de Métis'Arte qui apprécie énormément son job. Et pour l'ouverture qu'il lui donne au monde et pour son aspect artistique. «On apprend beaucoup les uns des autres. Ce travail me nourrit. Et je suis convaincue que l'art peut apporter du changement social», s'enthousiasme Yohana Ruffiner, aussi titulaire d'une licence en arts dramatiques.

De Medellin à Sierre...
«Les rôles qui me plaisent? Tous sont intéressants», affirme cette Colombienne d'origine qui exerce aujourd'hui son talent uniquement dans le cadre de Métis'Arte. La comédienne a en effet renoncé à jouer dans des troupes locales, freinée par son accent espagnol même si elle s'exprime dans un français parfait. Une langue dont elle possédait déjà des bases avant de s'installer à Sierre, à l'âge de 24 ans. «Je suis venue en Suisse par amour. J'ai épousé un Valaisan rencontré dans ma patrie», raconte Yohana Ruffiner, mère d'un enfant d'une année. Un changement de vie radical, pour cette ancienne habitante de Medellin, la deuxième ville de Colombie, qu'elle a toutefois entrepris sans trop de heurts. «Au début, vivre à Sierre n'était pas facile mais j'ai eu la chance d'être très bien entourée. Et puis, je ne suis pas venue en Suisse à contrecœur», relate l'exilée qui confie aujourd'hui adorer la raclette, se balader en montagne ou rêver devant un paysage viticole automnal... La famille déménagera toutefois à Lausanne, offrant davantage de débouchés professionnels à l'anthropologue qui a non seulement effectué une équivalence de son diplôme mais aussi suivi une formation supplémentaire à l'Université de Neuchâtel, désormais au bénéfice d'un Master en anthropotechnologie. Une discipline orientée sur la résolution de problèmes liés à l'arrivée d'une nouvelle technologie dans un environnement différent de celui qui lui a donné naissance... «J'hésite aujourd'hui à faire un doctorat. Le sujet? Je serais intéressée à étudier l'industrie minière artisanale en Amérique latine et les conditions de travail des mineurs. J'aborderais alors les questions sociales, les risques sur la santé, l'impact écologique...» lance la jeune femme débordante d'entrain.

Vitalité et polyvalence
De nature foncièrement optimiste, allant constamment de l'avant, Yohana Ruffiner affirme avoir hérité de ses racines cette énergie et cette polyvalence. «On n'a cessé de me répéter que je devais me construire moi-même, créer mon propre chemin», note la jeune femme, aussi active dans un projet de recherches sur l'or au Pérou, mené au sein de la Haute Ecole d'ingénieurs à Neuchâtel. Mais si le monde scientifique la ressource, l'anthropologue trouve aussi dans l'art - défini comme «un reflet de la société» - un moteur à sa vitalité. «Je suis très curieuse, animée d'un désir constant d'apprendre», relève Yohana Ruffiner qui, davantage encline à chercher des solutions aux problèmes plutôt qu'à baisser les bras, a pour devise: «du chaos on peut toujours tirer quelque chose de bien». Et du recyclage aussi... la jeune mère, adepte de la décroissance, prenant garde à éviter le gaspillage. «J'utilise les objets jusqu'à leur dernier souffle. Je ne jette pas les articles encore en bon état. Dans mon pays d'origine cette démarche n'est pas seulement une résultante de la pauvreté mais aussi de la solidarité. Les choses peuvent également servir à d'autres...» 


Sonya Mermoud

Dans le cadre de la Semaine contre le racisme, Métis'Arte organise un théâtre-forum le vendredi 22 mars à 20h, au Centre de rencontre des Boveresses, à Lausanne et, le lendemain samedi 23 mars à 11h, une performance au Centre commercial Saint-Antoine à Vevey.
Informations: www.metisarte.org, tél.: 076 402 36 15.

 

Edition n° 12 du 20 mars 2013

 
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