Les actionnaires de Syngenta seront interpellés
Représenté par Unia et leurs délégués le personnel de Syngenta couvert par une CCT continue d'exiger une augmentation de salaire

En dépit d'une santé économique florissante, Syngenta a refusé d'augmenter de plus de 1% les salaires de ses employés. Dans une lettre adressée à la direction, une large majorité de travailleurs au bénéfice de la Convention collective de travail ont exprimé leur mécontentement et réclamé de nouvelles négociations. En vain. Avec le soutien d'Unia, les membres de la commission du personnel ont décidé de faire entendre leur voix devant l'assemblée des actionnaires, le 23 avril prochain à Bâle.

«Reconnaissance du travail fourni par les collaborateurs»... «Répartition plus équitable des richesses créées par le personnel»... «Bénéfice record»... Des phrases qui reviendront de manière récurrente lors du point presse organisé le 21 mars dernier à Monthey par Unia et deux délégués de la commission des travailleurs de Syngenta, Stéphane Nicolin, président, et Christian Cretton, membre. Ces derniers se sont faits les porte-parole des collaborateurs au bénéfice d'une Convention collective de travail (CCT) sur le site de Monthey. Ils ont relayé leur mécontentement - la direction ayant refusé d'augmenter de plus de 1% la masse salariale alors qu'ils réclamaient une hausse de 1,5% avec un minimum annuel à 600 francs ou 2% sans minimum - et annoncé qu'ils allaient faire entendre leur voix devant les propriétaires.

Interpellation des actionnaires
«Face à l'intransigeance de la direction, nous avons décidé d'interpeller les actionnaires. Nous participerons le 23 avril à leur assemblée à Bâle et leur demanderons une position de principe sur la démarche du personnel», a déclaré Blaise Carron, relevant au passage «le bénéfice de 1,87 milliard de francs réalisé par l'entreprise (+17% en une année) et la hausse des dividendes (+19%)». «Nous leur rappellerons que cette richesse a été créée par les travailleurs et qu'il est dans leur intérêt qu'ils soient motivés», a poursuivi le syndicaliste estimant, après le récent plébiscite de l'initiative Minder par le peuple, l'intervention d'autant plus légitime. L'argument lié à la motivation a également été mis en avant par Stéphane Nicolin qui comptabilise 29 ans dans l'entreprise. «Aujourd'hui, c'est beaucoup plus dur. Les collègues sont sous pression. Les cadences augmentent. Les commandes affluent. Ils en ont assez. Ils souhaitent que leur travail, nuit et jour, soit reconnu à sa juste valeur.» Des revendications exprimées dans une lettre ouverte adressée le 6 février à la direction et signée par 340 employés - soit plus de 76% des effectifs concernés. Dans ce courrier, ils ont parlé de leur déception et de leur incompréhension, soulignant la prospérité de l'entreprise et la rétribution généreuse des actionnaires et demandant à Syngenta de revoir sa copie et d'accepter l'augmentation demandée. Une hausse au demeurant plus importante que celle sur laquelle avaient tablé au préalable les représentants des travailleurs, réclamant lors des premières séances de négociation une majoration de 1,2%.

Pilier de Syngenta
«A notre grande surprise, nous avons été déjugés par le personnel. Nous avions mal évalué ses attentes», a admis Blaise Carron. Si, au dire des délégués, Monthey réalise les 35% du chiffre d'affaires des sites de production de Sygenta à l'échelle mondiale - «nous sommes un des piliers du groupe, un site stratégique» - la requête des employés n'a pas pour autant retenu l'attention de la direction. «La réponse négative est tombée le 15 mars dernier. Elle a été envoyée au président de la commission du personnel», précise Blaise Carron et de critiquer le fait que les signataires de la lettre n'ont pas été avertis personnellement et qu'une demande sera dès lors effectuée dans ce sens. De son côté, Christian Cretton a aussi évoqué le changement des mentalités dans l'entreprise. «Autrefois, les ouvriers disaient: ‘les patrons donnent ce qu'ils veulent'. Plus aujourd'hui.» Et l'homme de relever encore que les nouveaux systèmes de calcul des salaires ne tiennent plus compte de l'ancienneté des collaborateurs, générant des situations ressenties souvent comme injustes.
Si la démarche auprès des actionnaires ne rencontre pas le succès escompté, l'assemblée du personnel décidera des prochaines mesures à prendre (débrayage, par exemple). «La balle est désormais dans le camp de la direction. Mais nous n'entrerons plus en matière sur une augmentation en dessous des revendications du personnel», a averti Blaise Carron.


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 13/14 du 27 mars 2013

 
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