Un forum pour dénoncer le pillage des matières premières
Un collectif organise un forum pour protester contre les multinationales réunies au Sommet mondial à Lausanne

Face au Sommet mondial des matières premières qui réunira les plus grandes multinationales du négoce et des banques d'investissement, une trentaine d'ONG, d'associations, de syndicats et de partis de gauche organisent un forum de réflexion et de contestation le samedi 13 avril, ainsi qu'une manifestation le 15 avril à Lausanne.

Glencore, Vitol, Trafigura, Rio Tinto... Autant de multinationales du négoce qui se retrouveront au Beau-Rivage Palace à Lausanne pour le deuxième Sommet des matières premières (Global Commodities Summit 2013) organisé par le journal économique Financial Times du 15 au 17 avril. Des banques d'investissement seront aussi présentes à ce grand raout international. Preuve, s'il en fallait encore une, que la Suisse est devenue la plaque tournante du négoce mondial. La Déclaration de Berne (DB), unique association de défense des droits humains à être invitée à ce sommet, estime la part mondiale du marché helvétique à 20%. Dans sa publication «Swiss Trading SA. La Suisse, le négoce et la malédiction des matières premières», l'ONG rappelle qu'un litre de pétrole sur trois est vendu depuis la Suisse, mais aussi un grain de café sur deux, ou encore un kilo de céréales sur trois...

Un collectif contre la spéculation
Face à ces multinationales, des ONG, des associations, des syndicats et des partis de gauche se mobilisent pour dénoncer les conséquences humaines et écologiques désastreuses du commerce des matières premières... Il y a quelques mois, une trentaine d'entre eux - Attac, Cetim, Greenpeace Vaud, Swissaid, Uniterre et Unia Vaud pour n'en citer que quelques-uns - ont créé le «Collectif contre la spéculation sur les matières premières». Celui-ci organise un forum le samedi 13 avril et une manifestation le 15 avril à Lausanne (détails ci-dessous). Deux événements pour protester «contre la tenue du sommet des affameurs et des pilleurs de la planète», et demander l'interdiction de la spéculation sur les matières premières, la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire, la transparence des flux financiers et l'abandon des privilèges fiscaux octroyés à ces multinationales qui se doivent de respecter les droits humains et environnementaux. Pour ce faire, le collectif demande au Parlement, au Conseil fédéral et aux autorités cantonales de créer des bases légales. Et se fait ainsi l'écho d'autres démarches telles que l'initiative fédérale «Pas de spéculation sur les denrées alimentaires» dont les signatures sont en cours de récolte, ou encore la campagne «Droit sans frontières» pour soumettre les multinationales à respecter les droits humains et l'environnement partout dans le monde.

La malédiction des matières premières
«Sur le terrain, nombre d'ONG doivent réparer les dégâts commis par ces multinationales, proches des dictateurs des pays dans lesquels elles extraient des matières premières et accaparent les terres, au détriment des populations. Et pourtant, ces multinationales bénéficient en Suisse d'une fiscalité merveilleuse», s'insurge Rémy Gyger, secrétaire national d'Attac Suisse. Pas étonnant dès lors qu'elles soient de plus en plus nombreuses à s'installer en territoire helvétique.
Comble de l'hérésie: alors que deux tiers des matières premières énergétiques et métalliques proviennent de pays en développement, elles ne font que créer davantage de pauvreté, de conflits et de corruption, au profit d'une très petite minorité. Résultat, on pille d'un côté, pour redonner des miettes de l'autre. «Les exportations africaines de pétrole, de gaz et de métal représentent le septuple de l'aide au développement versée au continent», souligne la DB. L'association ne manque pas d'exemples de violation de droits humains et d'attaques contre l'environnement: Glencore s'est vu notamment reprocher de profiter indirectement du travail des enfants et d'avoir rejeté des eaux polluées en RDC; Trafigura a été jugé coupable d'exportation illégale de déchets en Côte d'Ivoire; Vitol s'est retrouvé devant les tribunaux parisiens pour son rôle dans le scandale «pétrole contre nourriture» en Irak...
Rémy Gyger ne perd toutefois pas espoir: «La faim n'est pas une fatalité. Malgré l'hypocrisie et la langue de bois ultralibérale, on peut changer le monde.»

Aline Andrey


Forum et manifestation
Le forum organisé par le «Collectif contre la spéculation sur les matières premières» se tiendra le samedi 13 avril, à la Maison de quartier sous-gare (50, avenue Dapples), à Lausanne. Plusieurs spécialistes parleront de «La Suisse, paradis des sociétés de négoce» (13h30-15h). Des paysans de Colombie et du Congo et un représentant de la campagne des autochtones canadiens Idle No More témoigneront de leurs luttes (15h15-17h45). Plusieurs intervenants présenteront les campagnes en cours, entre autres, l'initiative «Stop à la spéculation sur les denrées alimentaires», les campagnes «Droit sans frontières» ou encore «Publiez ce que vous payez» (18h-19h). Après un repas, un grand débat clôturera la journée avec Mónica Vargas, auteure de Impunidad SA, Gilles Labarthe, journaliste d'investigation, Jo Lang, historien, Victor Nzuzi, paysan du Congo RDC et Jean Ziegler, auteur de «Destruction massive».

AA


Entrée libre et traductions assurées. Plus d'informations sur www.stop-speculation.ch

Lundi 15 avril, le collectif appelle à une manifestation contre la spéculation sur les matières premières à 17h30 à la place St-François à Lausanne.

 

 

Edition n° 13/14 du 27 mars 2013

 
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