Les salaires minimums horlogers ne sont pas à l'heure du Swissmade
Le patronat ne concède que des miettes dans les négociations sur le salaire minimum alors que l'horlogerie affiche des bénéfices

La valeur des exportations horlogères a progressé de 10,9% l'année dernière, dépassant les 21 milliards de francs. Malgré ce boom accompagné de bénéfices florissants, les salaires minimums d'embauche stagnent à moins de 3600 francs par mois. Un seuil inacceptable. Unia réclame des augmentations substantielles mais le patronat s'obstine jusqu'ici à ne concéder qu'entre 20 et 40 francs. Le syndicat continue à mettre la pression pour remettre les pendules à l'heure de la raison.

A l'heure où nous mettions sous presse, ce lundi, les négociations salariales entre Unia et la Convention patronale de l'industrie horlogère suisse (CP) portant sur les salaires minimums d'embauche n'ont toujours pas abouti. Cela fait pourtant cinq mois qu'elles ont démarré. Le blocage est clairement le fait du patronat. «Les misérables augmentations consenties par les patrons ne sont tout simplement pas acceptables», s'est indigné Aldo Ferrari, négociateur de la délégation horlogère et membre du comité directeur d'Unia, lors d'une conférence de presse tenue la semaine dernière à Bienne, avec son collègue Pierluigi Fedele, responsable de la branche horlogère à la direction centrale du syndicat. Le camp patronal ne consent qu'à des augmentations gravitant autour de 20 francs, avec une ouverture possible à 40 francs dans les régions dont les salaires minimums sont les plus bas, autrement dit inférieurs à... 3500 francs!

Un fossé à combler
Pour comprendre la légitimité de l'indignation du camp syndical, il suffit de comparer les chiffres records de l'économie horlogère avec ceux des salaires d'embauche. La valeur des exportations horlogères a atteint l'année dernière 21,4 milliards de francs, ce qui représente un bond de 10,9% par rapport à 2011. Les bénéfices sont en hausse et les perspectives sont au beau fixe comme le confirme le développement de nombreuses unités de production dans l'Arc jurassien. Or, au moment où le salon mondial de l'horlogerie Baselworld s'apprête à ouvrir ses portes, sur fond de santé éclatante, les salaires d'embauche de ceux qui produisent cette richesse restent largement à la traîne. En Suisse romande, ils s'élèvent (... si l'on peut le dire ainsi) à 3300 francs dans le Jura et le Jura bernois, à 3346 francs en Valais, à 3430 francs à Fribourg et dans le canton de Vaud, à 3480 francs à Genève (3890 après 6 mois d'activité) et à 3580 francs dans le canton de Neuchâtel.
Les négociateurs syndicaux demandent un relèvement substantiel. «C'est une revendication plus que légitime», rappelle Aldo Ferrari. Et elle l'est d'autant plus que lors de la première étape des négociations, le camp patronal n'a pas accordé le moindre centime d'augmentation en lien avec l'indexation au renchérissement, alors que le syndicat revendiquait un relèvement des salaires à hauteur de 1%. Pour motiver leur refus, les patrons ont invoqué les clauses de la Convention collective de travail (CCT) se référant à l'indice des prix. Un formalisme étriqué, affiché «au mépris des efforts consentis par les salariés qui ont contribué pour une part importante aux résultats exceptionnels des entreprises.»

Des salaires dignes de la qualité suisse
Pour sa part, Pierluigi Fedele, juge «l'attitude des patrons irresponsable», en particulier face à la situation qui prévaut dans les régions frontalières. «Si d'un côté, on a des salaires minimums d'embauche très bas et, de l'autre, la réalité d'un marché du travail libéralisé qui s'étend bien au-delà de nos frontières, l'équation est rapidement résolue: l'engagement massif de main-d'œuvre frontalière se fera aux salaires minimums d'embauche!» Ainsi, «le patronat dévoile sa stratégie: profiter de la libre circulation des personnes pour engager de la main-d'œuvre étrangère à des tarifs aussi bas que possible». Cette logique fondée sur le seul profit financier est dangereuse. Elle accentue les risques de repli et de rejet lors des prochains votes portant sur l'ouverture européenne et la migration.
Les salariés des entreprises de l'horlogerie estiment à juste titre que l'immense richesse produite par les entreprises ces trois dernières années doit être redistribuée de manière plus juste», avertit Pierluigi Fedele. Unia attend donc du patronat un prompt retour à ses responsabilités.


Pierre Noverraz

 

Edition n° 17 du 24 avril 2013

 
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