Un pas en avant pour le personnel
La CCT de la vente neuchâteloise valait bien un élargissement modéré des horaires d'ouverture. Unia l'explique

Unia a réussi à négocier une Convention collective de travail pour tout le personnel de la vente du canton de Neuchâtel. En échange le syndicat a, avec l'aval de sa base, accepté une loi cantonale élargissant modérément les horaires d'ouverture des commerces. Une loi combattue par référendum. Dans une réunion avec le personnel, Unia a précisé pourquoi il ne soutient pas ce référendum.

Aboutissement d'une lutte syndicale de plus de dix ans et d'une négociation de trois ans, une Convention collective de travail (CCT) pour tout le personnel de la vente du canton de Neuchâtel a été signée l'année dernière entre Unia et les organisations patronales. Cette CCT devrait entrer en vigueur prochainement, lorsqu'elle sera déclarée officiellement de force obligatoire, ce qui ne devrait être qu'une formalité puisque le Seco (Secrétariat d'Etat à l'économie) a déjà donné son feu vert.

Eviter le pire
La mise en application de la convention est liée aussi à l'adoption d'une nouvelle loi portant sur l'horaire d'ouverture des commerces. Cette loi a été approuvée en février dernier par le Grand conseil neuchâtelois par 89 voix contre 8. Mais au début mars, un référendum a été lancé pour la combattre. Les référendaires s'opposent à un élargissement des horaires de travail. Pour mémoire ces heures d'ouverture passeront en semaine de 18h30 à 19h et le samedi de 17h à 18h.
Face à cette situation, Unia a tenu à clarifier les choses en organisant, la semaine dernière à Neuchâtel, une séance d'information et débat destinés aux vendeurs. «Cet élargissement est le résultat d'un compromis durement négocié», a expliqué David Taillard, responsable du tertiaire à Unia Neuchâtel. «Les patrons exigeaient une ouverture jusqu'à 22 heures! Pendant trois ans, ils s'en sont tenus à cette exigence, sans aucune contrepartie. Nous avons finalement obtenu non seulement une bonne convention mais encore le fait qu'elle soit de force obligatoire. Aujourd'hui, les employeurs non conventionnés peuvent imposer un horaire régulier de 45 heures par semaine alors que la CCT le limite à 42 heures. A noter aussi que la majorité du personnel de vente fait une demi-heure de plus que l'heure d'ouverture normale alors qu'avec la CCT, ce ne sera plus qu'un quart d'heure.»
Responsable du secteur tertiaire à la direction centrale d'Unia, Natalie Imboden a insisté sur l'importance des CCT et rappelé qu'Unia se bat sur tous les fronts contre les tentatives de libéralisation des horaires de travail à l'échelle nationale, notamment avec le référendum contre l'ouverture 24 heures sur 24 des shops de stations-service.

Gare au sabordage
La secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel, Catherine Laubscher, a réaffirmé que d'une manière générale, le syndicat se bat contre les extensions d'horaires. «Mais là, il y avait un risque énorme de se voir imposer par le parlement des horaires allant jusqu'à 19 heures et même bien au-delà. Il était nécessaire d'anticiper afin de parer cette pression et d'obtenir une forte contrepartie, la CCT. Celle-ci améliore non seulement les conditions de travail, notamment parce qu'elle supprime le travail sur appel et qu'elle offre des avantages en matière de congés, de vacances, et d'indemnités en cas de maladie. Elle permet des contrôles paritaires et garantit des salaires minimaux, ce qui permet de contrer la sous-enchère dans ce canton à fort taux de chômage où certaines personnes peuvent être tentées d'accepter des emplois trop faiblement rémunérés. Elle est aussi un rempart contre le dumping salarial qui peut s'exercer dans un canton frontalier comme le nôtre.»
Présent dans cette assemblée, un groupe de vendeurs a exposé également ses arguments selon lesquels l'ouverture prolongée serait une concession inacceptable et qu'il n'y a pas de garantie que la CCT soit reconduite au terme de sa validité contractuelle.
Catherine Laubscher reconnaît que le référendum est un droit démocratique fondamental. «Il n'est pas question de diaboliser ceux qui l'ont signé mais s'il passait la rampe du peuple, il faut savoir que l'on perdrait une CCT qui, je le rappelle, a été acceptée par la majorité des vendeurs qui ont bien voulu participer aux nombreuses assemblées où elle a été élaborée.»

Pierre Noverraz


L'avis de trois vendeuses présentes

Pour Cristina Constantinescu, vendeuse en parfumerie, la CCT est une priorité. «Elle est nettement plus importante que la question des heures d'ouverture, surtout que ces heures ne seront pas fortement prolongées. Le problème, aujourd'hui, c'est que nous ne sommes pas protégées. On nous impose des conditions de travail insupportables, sans que nous ayons les moyens de nous défendre. Avec une CCT, on aura enfin une protection solide et un bon nombre d'avantages, par exemple sur le plan des salaires, des vacances, de la planification du travail et de l'assurance perte de gain.»

Une gérante qui souhaite garder l'anonymat déclare que la demi-heure d'ouverture supplémentaire ne la «dérange pas». «Dans notre magasin, de toute façon, on a des horaires de travail de folie. C'est souvent 50 heures par semaine et même parfois jusqu'à 62 heures. Et il faut se battre pour que nos heures supplémentaires soient payées. Pour les vacances, on nous les impose, parfois quelques semaines à l'avance. On nous met des objectifs très élevés et lorsqu'on parvient à les atteindre, on nous place la barre encore plus haut. Et cela pour un salaire très bas. Comme gérante, je ne gagne que 3800 francs par mois. Cette CCT, il nous la faut!»

Sa collègue vendeuse abonde dans son sens. «Les horaires élargis, franchement, ça ne changera pas grand-chose. Souvent, on reste jusqu'à 19h30 ou 20 heures pour ranger et boucler la journée. On n'a pas le choix. Avec cette CCT, on aura une durée de 42 heures de travail par semaine et c'est déjà un sacré pas. J'aurai un meilleur salaire. Et puis aussi davantage de droits et de respect. Et ça c'est important. Parce que les conditions de travail qu'on a aujourd'hui, c'est juste pour te dégoûter. La vente, c'est un beau métier, mais pas comme ça!»

PN

 

 

 

 

Edition n° 18 du 1 mai 2013

 
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