50 ans de soutien aux travailleurs émigrés italiens
Au service des expatriés l'Ital-Uil fête ses 50 ans d'existence en Suisse. Bilan avec son président Mariano Franzin

L'Ital-Uil fêtera en octobre ses cinquante ans d'existence en Suisse. Subventionné et contrôlé par l'Etat italien, cet organisme d'essence syndicale aide gratuitement les travailleurs émigrés italiens à résoudre leurs problèmes en matière d'assurances sociales. Ses 12 bureaux sur sol helvétique ont traité l'année dernière 15000 dossiers. Etat des lieux avec son président national, le syndicaliste biennois Mariano Franzin.

Le «patronato» est une institution italienne d'utilité publique dont la mission est d'épauler gratuitement les travailleuses et les travailleurs en Italie et à l'étranger dans les différents domaines des assurances sociales. Elle déploie ses activités dans plusieurs dizaines de pays, y compris hors de l'Europe. «Cette formule est une conquête des partis de gauche et des syndicats. Elle est née juste après la dernière guerre mondiale. Les trois grands syndicats d'Italie ont créé chacun des bureaux d'assistance aux citoyens et les ont fait reconnaître par l'Etat, à travers une loi promulguée en 1952», explique Mariano Franzin, président de L'Ital-Uil, l'une des trois institutions de ce type opérant sur sol suisse, les autres étant l'Inca (du syndicat CGIL, Confédération générale italienne du travail) et la CISL (Confédération italienne des syndicats des travailleurs). «La collaboration entre ces trois syndicats est bonne car les clivages entre eux se sont grandement atténués, en raison des grands changements politiques qui ont secoué l'Italie ces dernières années.»

Dans 30 pays
A l'origine, l'objectif était «d'aider les personnes de condition modeste, parfois illettrées ou peu lettrées, à affronter les complications d'une législation à la fois nouvelle et très compliquée». Puis il y a eu les grandes vagues d'émigration italienne des années 1960, en Suisse, notamment en Allemagne, en France, en Belgique. Et ces institutions ont alors décidé de suivre les émigrés, d'ouvrir des bureaux là où ils se trouvaient, pour les aider à faire face aux problèmes que posait leur situation de migrants. «Les saisonniers, en particulier, avaient vraiment besoin de nous. On ne faisait pas que de les épauler dans les assurances sociales, on leur remplissait aussi les formulaires pour le logement, les contrats, l'école, et ceci gratuitement.»
L'Ital, émanation du syndicat Uil (Confédération italienne du travail) est opérationnelle dans 30 pays avec plus de 1200 bureaux et 1800 collaborateurs. Elle a ouvert son premier bureau à Zurich en 1963 et dispose aujourd'hui de 12 bureaux à travers la Suisse, occupant 22 professionnels et une quarantaine de bénévoles. L'année dernière, elle a traité environ 15000 dossiers et davantage de cas non rémunérés. «Il faut savoir que l'Etat italien ne finance que les démarches abouties portant sur les assurances sociales. Or, le plus souvent, les gens qui nous consultent ont également d'autres problèmes à nous soumettre et des petits services à nous demander, comme écrire une lettre administrative, faire une démarche pour un enfant à l'école, ou remplir un formulaire pour le logement. Et nous nous efforçons de le faire, à titre bénévole. Cela fait partie de notre conception de la solidarité syndicale.»

Nouvelle émigration
Parmi les cas les plus fréquents traités par l'Ital-Uil, il y a les demandes de prestations complémentaires pour les retraités qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts et les démarches concernant la maladie et l'invalidité. «Nous nous occupons également d'un certain nombre de cas de travailleurs touchés par les maladies dues à l'amiante.»
L'institution travaille en étroite collaboration avec les syndicats, en particulier avec Unia. «Nous sommes complémentaires. Le syndicat peut notamment s'appuyer sur notre expérience en matière d'assurances sociales. Il nous sollicite également pour des conférences à ce sujet.»
L'Ital est confrontée depuis peu à une nouvelle forme de migration. «Avec la crise qui sévit en Italie, de plus en plus de jeunes gens cherchent du travail ici. Ils sont en général très qualifiés, souvent titulaires de diplômes universitaires et cherchent du travail dans toute l'Europe. Ils sont prêts à faire des nettoyages ou la vaisselle s'il le faut. Mais même s'ils sont bien davantage formés que nous ne l'étions à l'époque des saisonniers, ils ne connaissent pas forcément les législations et les systèmes d'assurances sociales des pays où ils sont. Ils ont donc eux aussi besoin de nos services.»


Pierre Noverraz



Mariano Franzin, fils de saisonniers
Ex-secrétaire syndical Unia à la section Bienne-Seeland, Mariano Franzin a été nommé président de l'Ital-Uil pour toute la Suisse en 2007. Il œuvre au siège de l'institution, à Bienne, dans un bâtiment abritant le secrétariat régional d'Unia. Ce Biennois de 60 ans est né à Trévise. Très jeune, il a quitté sa terre natale pour la France, histoire d'y rejoindre son père qui avait émigré dans le Vaucluse comme ouvrier agricole. La famille Franzin décide ensuite de quitter la France pour s'installer à Bienne, où vivent déjà deux oncles de Mariano. «J'avais huit ans. Les enfants devaient à cette époque attendre deux ans avant d'avoir le droit de rejoindre leurs parents en Suisse, au nom de la loi sur le regroupement familial. Mais mes parents n'ont pas voulu se plier à cette règle. Ils m'ont gardé avec eux et mis à l'école. J'étais donc ce qu'on appelait alors "un enfant illégal". A Bienne, ma mère travaillait dans l'horlogerie, à la Gruen Watch, puis chez Bulova. Mon père était ouvrier aux Tréfileries Réunies.»
A 16 ans, Mariano adhère au PS italien. A 19 ans, diplôme commercial en poche, il travaille à l'Ital-Uil de Genève. Puis en 1982, il devient secrétaire syndical à la FOBB (devenu SIB puis Unia). Pour un quart de siècle. «Mes parents m'ont transmis le sens de la solidarité et cela ne m'a jamais quitté.»

PN

 

 

Edition n° 20/21 du 15 mai 2013

 
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