Pas question d'abandonner
Secrétaire syndical à la retraite, Germain Varone se dit satisfait de son parcours et n'y changerait pas une virgule

Il a reçu des lettres anonymes et menaces de mort par téléphone... A été catalogué comme rouge, privé, avec une telle étiquette, dans un Valais conservateur, de certains contacts... A souvent dû déléguer l'éducation de ses enfants à son épouse, en raison des nombreuses assemblées tenues hors des horaires conventionnels... A été averti que les gens de sa trempe étaient voués aux enfers par certains représentants de l'église... Pas de quoi remettre en question le choix de vie de Germain Varone. Bien au contraire. Syndicaliste dans l'âme, la solidarité chevillée au corps, têtu bien que conciliant, l'homme de 71 ans, au bénéfice d'une formation commerciale, n'a eu de cesse de se battre pour les droits des travailleurs son existence durant. Un engagement pris après une visite, dans les années soixante, du chantier du barrage de la Grande-Dixence. Germain Varone est alors choqué par les conditions de travail des ouvriers.

Comme du bétail...
«Ils touchaient des primes d'avancement en fonction du nombre de mètres de tunnel creusés. Peu de précautions sécuritaires étaient prises, sans oublier les risques pour la santé, en particulier celui de contracter la silicose. Les hommes travaillaient 60 heures par semaine. Ils ne voyaient leur famille que tous les quinze jours», se remémore l'ancien secrétaire syndical de la section du Valais central de la Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment (FOBB). Un poste auquel il accède en 1975, après avoir travaillé dix ans à la caisse maladie de ce même syndicat.
D'autres chantiers d'importance attireront l'attention de la FOBB. «Le syndicat était alors un peu le Bon Dieu des tunnels», relève Germain Varone qui s'est aussi largement engagé dans la cause des saisonniers. «Ils vivaient dans des poulaillers. La cantine était dépourvue de plancher... Je me rappelle des bagarres homériques», relate le retraité racontant aussi les inspections sanitaires humiliantes à la frontière. «Ils étaient traités comme du bétail... Nous nous rendions à Brigue pour les recevoir et les inviter à se syndiquer.» Le statut des agriculteurs, une majorité alors de Portugais sous-payés et mal logés, a aussi figuré au rang des chevaux de bataille de Germain Varone. Comme il s'est fortement impliqué dans le dossier des caisses de retraite et de la retraite anticipée dans le second œuvre, cette dernière étant entrée en vigueur il y a quinze ans. «La première dans les métiers de la construction, qui a déclenché le processus.»

Triste individualisation
Ayant fait du mot d'ordre en patois «Pa Caponna» sa devise, qui signifie «ne jamais abandonner», Germain Varone n'a pas hésité à recourir parfois à des moyens plus musclés pour défendre les travailleurs. Comme dans le conflit lors du percement du tunnel du Lötschberg, à la fin des années nonante, qui n'a trouvé de résolution qu'en passant par la grève. «Les motifs de la discorde? Les questions de santé. Il y avait de gros soucis de chaleur, poussière et humidité mais la Suva, avertissant le maître d'ouvrage de ses visites, ne voyait ni ne reconnaissait le problème. La grève a permis de faire bouger les choses.» Reste que Germain Varone déplore la forte individualisation du monde du travail depuis le début des années 90 et, partant, la difficulté de mobiliser les ouvriers, et en particulier les Suisses. «On est dans le chacun pour soi et le phénomène empire. C'est triste», affirme cet homme qui avoue avoir pleuré à l'annonce de licenciements. «J'ai connu des périodes d'énorme découragement, surtout lors de la crise dans la construction où l'on supprimait des postes à tour de bras. Des travailleurs étaient contraints de rentrer dans leur pays... Mais j'ai toujours cru au mouvement syndical et à l'union», poursuit Germain Varone qui fut un fervent partisan de la fusion des syndicats ayant donné naissance à Unia. Et qui a aussi pris le parti de défendre la cause des salariés au Grand Conseil pendant seize ans.

Au service des siens
De nature optimiste - «sans quoi je n'aurais pu faire ce métier» - l'ancien secrétaire syndical et député consacre aujourd'hui son temps à ses six petits-enfants. «Je fais le taxi jour et nuit», sourit-il. Il aime aussi marcher et s'occuper de son bout de vigne. Une dernière activité parfaite pour «se vider la tête». Membre du PS de Savièse et de différentes sociétés, le retraité affirme ne jamais s'ennuyer. Et apprécie aussi le calme de son mayen dans la vallée de la Morge et la beauté du paysage qui l'entoure au quotidien. Inquiet de la tournure prise aujourd'hui par l'économie et craignant toutes les formes d'intégrisme et de radicalisation, il garde néanmoins foi en l'être humain. Et un allant jovial et bon vivant. Mais assez parlé de Germain Varone. Ce gaillard à l'imposante stature confie ne pas trop aimer occuper le devant de la scène. «J'ai l'impression de me vanter», dit-il alors même qu'il a plus d'une raison d'être fier de son parcours professionnel. Un chemin qu'il referait sans autre et qui ne lui inspire qu'un unique commentaire plus nuancé: «J'espérerais rencontrer davantage de motivation des salariés.» Et de confier le rêve que «le monde du travail prenne conscience de sa force et ne laisse pas l'économie lui dicter sa vie.» Pas gagné...


Sonya Mermoud

 

Edition n° 23 du 5 juin 2013

 
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