Dans chaque personne il y a du bon
Issue d'un milieu modeste, Angeline Fankhauser s'est battue toute sa vie pour la justice sociale et l'égalité des droits

A plusieurs reprises elle a connu la notoriété. Pour son engagement en faveur des réfugiés, et en particulier des Kurdes de Turquie. En raison de son combat contre la construction d'une centrale nucléaire à Kaiseraugst, en Argovie. Lors de son implication dans le dossier des «Enfants de la grand-route» - des jeunes tziganes arrachés à leurs familles et placés auprès de parents nourriciers ou dans des orphelinats - poussant les autorités de l'époque à présenter leurs excuses aux victimes. En se battant pour une meilleure politique familiale... Rien ne prédestinait pourtant cette femme issue d'un milieu pour le moins modeste à occuper de la sorte le devant de la scène. Rien, hormis sa détermination à réagir aux questions qui la fâchent, ne comptant pas sur les autres pour le faire à sa place. Et cultivant un optimisme et une confiance jouant un rôle moteur sur son parcours. «Toutes les choses ont deux facettes. Je préfère me concentrer sur la meilleure. Il y a toujours des solutions», affirme Angeline Fankhauser qui siégea au Conseil national de 1983 à 1999 après avoir été membre du Grand Conseil de Bâle-Campagne et, auparavant, du Conseil communal de Binningen. Un sacré chemin ouvert à La Rippe, près de Nyon, où est née la socialiste, en 1936.

Manne du ciel
Fille d'un père handicapé - suite à un accident de travail - qui décédera alors qu'elle a 9 ans et d'une mère se battant pour survivre en faisant des lessives et en cultivant un bout de jardin, Angeline Fankhauser est dès son plus jeune âge confrontée à une réalité difficile. Pour ne pas dire misérable. Elle se rappelle aujourd'hui encore l'introduction de l'AVS perçue alors comme «une manne du ciel». «J'avais 12 ans. Ce fut mon premier contact avec les assurances sociales et la notion de solidarité», raconte Angeline Fankhauser qui, bénéficiant d'une bourse, suivra l'Ecole pédagogique Curchod, à Lausanne. Son diplôme en poche, elle travaille quelques années comme éducatrice avant d'épouser un douanier qui lui donnera deux filles et dont elle s'est, depuis, séparée. Le couple déménage alors à L'Auberson. Et, un an et demi plus tard, en Suisse allemande suite au changement de profession de l'homme, entrant dans la police. Installée à Rapperswil puis à Binningen et enfin Oberwil où elle réside actuellement, Angeline Fankhauser contribue alors au budget du ménage en faisant de l'accordage de boîtes à musique. Une activité effectuée à domicile qui, si elle réclame minutie et oreille, lui laisse tout loisir de penser. Privée de son droit de vote à Binningen qui refuse encore cette possibilité aux femmes, elle commence, avec des voisines et connaissances, à militer dans ce sens. C'est ensuite les commentaires acerbes de la responsable de l'école enfantine fréquentée par sa fille - critiques sur le goûter qu'elle lui prépare, soi-disant malsain, sur le fait de parler français à la maison, etc. - qui l'incite à s'impliquer davantage et à devenir membre du PS, proche de ses idées. Le pied à l'étrier politique, Angeline Fankhauser restera dans la course son existence durant.

Retraite active
Elle commence par réfléchir à un système de mamans de jour, système remarqué par Pro Juventute qui, en 1974, l'engage pour qu'elle puisse le développer. La douloureuse histoire des «Enfants de la grand-route» l'occupe ensuite, débouchant sur des excuses officielles du Conseil fédéral. En 1986, elle est nommée directrice de l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière (Oseo), où elle traite des questions d'aide au développement, de réfugiés, de chômeurs... jusqu'à sa retraite, en 1998. Entre temps, elle gravit les échelons politiques. «Jamais mes parents n'auraient pu imaginer que je puisse, un jour, prendre part aux décisions. Ma mère a été très fière de mon élection au Conseil national.» Parmi ses combats les plus marquants, celui mené en faveur des allocations pour tous les enfants, gagné au terme d'années de lutte, après une votation populaire. «Le fil conducteur de mes engagements? La justice et l'égalité des droits», déclare cette femme âgée de 77 ans qui continue à militer au sein des «Panthères grises». Un mouvement qui défend les droits des retraités. Le reste de son temps, elle le consacre essentiellement à jardiner. «J'aime être dans la nature. Et cette activité, aussi, me fait bouger», note Angeline Fankhauser qui classe au rang de ses atouts, une santé de fer. Confie son penchant pour le chocolat. Et sa capacité de rire souvent. Surtout d'elle même. Rêvant d'un monde sans guerre et offrant du travail pour tous, Angeline Fankhauser a la certitude que dans «chaque personne, il y a quelque chose de bon». Et si c'était à refaire, la militante ne changerait rien. «Je n'ai aucun regret et suis contente du chemin parcouru.» Une satisfaction qui explique certainement sa sérénité face à l'échéance de la mort, qui ne lui inspire aucune peur. «Après la vie, il y a la vie des autres... On sait qu'on doit s'en aller. J'ai déjà quitté beaucoup de choses. Et puis, personne n'est indispensable.» En l'occurrence, pas si sûr...


Sonya Mermoud


L'Association Films Plans-Fixes a réalisé un film sur Angeline Fankhauser. Ce dernier est présenté ce mercredi 12 juin à 18h30 à la salle Paderewski de la Cinémathèque suisse, allée Ernest-Ansermet 3, à Lausanne. Le DVD peut être obtenu au prix de 39 francs auprès de l'Association Films Plans-Fixes à Lausanne: 021 617 23 82 ou info@plans-fixes.ch.

 

Edition n° 24 du 12 juin 2013

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page