La base d'Unia approuve la nouvelle CCT de l'industrie MEM
Pour la première fois les salaires minimaux s'ancrent dans la CCT. Un grand pas contre le dumping

Réunis vendredi à Berne, les délégués Unia de l'industrie MEM ont adopté à une forte majorité leur nouvelle convention collective. Pour la première fois de son histoire, cette branche se dote de salaires minimaux. Un pas qualifié d'«historique», même si les minimas ont été jugés trop faibles par une partie de l'assemblée. Le syndicat dispose d'un socle à partir duquel il pourra négocier des relèvements.

«Nous vivons un moment historique, qu'on le veuille ou non. Je suis fier d'Unia. Grâce à notre volonté, nous avons fait plier l'association patronale Swissmem». Daniel Heizmann, président de la branche de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) n'a pas caché sa satisfaction dans son allocution d'ouverture de la conférence de la branche qui a adopté la nouvelle convention collective, vendredi dernier à Berne. Et pour cause, cette CCT contient pour la première fois en 75 ans la mention de salaires minimaux. Ils sont destinés à combattre le dumping salarial et à éradiquer les poches de salaires de misère qui subsistent encore dans ce secteur, en particulier chez le personnel féminin.

Débat très nourri
Président de l'Union syndicale suisse, Paul Rechsteiner a souligné en préambule l'importance de ce résultat. «Votre convention est un fer de lance pour tout le mouvement ouvrier. C'est une percée capitale, un progrès décisif». Principal artisan de ce résultat, Corrado Pardini, responsable du secteur industrie d'Unia a souligné qu'il a «fallu se battre contre un bastion idéologique du patronat». Il a relevé que les montants de ces minima différenciés en trois régions n'étaient pas définitifs mais constituaient «une base solide à partir de laquelle on pourra lutter pour des augmentations». Il a également rappelé que l'ancrage des salaires minimaux dans la CCT ne servira pas seulement à combattre le dumping mais «se traduira par une augmentation de salaire effective pour 10% à 20% de personnes occupées dans la branche».
Au vote final la nouvelle CCT a recueilli 76 oui, 15 non et 9 abstentions. Ce résultat a été précédé par un large débat dont Jakob Auer, délégué de Suisse orientale, a ouvert les feux:
«Il serait facile de dire non. Mais si nous le faisions, Unia serait éjecté de la convention collective et nous le paierions très cher. C'est vrai, nous n'avons pas gagné sur tous les points. Nous aurions par exemple voulu une meilleure protection des militants syndicaux et moins de flexibilité. Mais ce n'est pas une raison pour tout jeter. Ne jouons pas avec le feu, au risque de tout perdre.» Le délégué d'Unia Transjurane Pierre-Alain Girard a salué le travail des négociateurs en précisant que son comité «a émis un certain nombre de remarques, notamment la déception que la région soit classé dans la zone C (salaires inférieurs) et que la mise en application des minima puisse être retardée. Mais malgré cela, nous estimons que cette CCT représente une avancée significative et nous préconisons de l'approuver». Une approbation partagée par le comité neuchâtelois. «Nous avons mis le pied dans la porte: si on ne saisit pas cette chance aujourd'hui, on ne la saisira jamais», a plaidé son délégué Claude-André Schneider. Même discours pour la région valaisanne représentée par le secrétaire syndical Blaise Carron: «Prenons de la hauteur, ce n'est qu'une étape».

Opposition marquée
Dans le camp des réfractaires, Beat Keller, délégué de Zurich-Schaffhouse s'est dit gêné par un ton jugé triomphaliste: «J'ai reçu une lettre présentant les salaires minimums comme une grande victoire. Cela me dérange. Nos membres sont critiques et n'acceptent pas n'importe quoi. J'aurais préféré qu'on dise simplement qu'il s'agissait d'un premier pas contre les abus, contre le dumping. Ce n'est pas une critique contre les négociateurs. Ils ont fait le maximum. Mais c'est contre la manière de présenter le résultat.» Les Vaudois ont également marqué leur refus par la voix du délégué Roland Pandolfi. Le principal grief est que le canton soit divisé en trois zones de salaires différents. Pour sa part, son collègue Mike Nista a dit partager totalement les critiques portées contre certains points de la CCT, mais il a lancé un avertissement très applaudi: «Si nous disons non, tout s'écroulera. Unia sera éjecté de la convention et nous laisserons la place à ceux qui nous ont massacré, en particulier Employés Suisse». Il a souligné que le salaire minimum sert à faire rempart au dumping et que toute tentative de l'utiliser pour faire baisser les salaires d'usage se heurterait à une lutte syndicale sans merci.
Corrado Pardini a annoncé que le syndicat s'emploiera à l'avenir à rendre plus homogènes les zones salariales vaudoises. A l'issue de l'assemblée, il a lancé un sec avertissement aux dirigeants d'Employés Suisse qui se sont acharnés dans les négociations à court-circuiter les revendications d'Unia. «Nous ne tolérerons plus qu'ils trahissent le mouvement ouvrier».

Pierre Noverraz

 

Le cas particulier de Genève
La région de Genève a présenté une motion portant sur la défense des particularités de la convention cantonale, motion défendue à la tribune par Alain Perrat, responsable du secteur industrie à Unia Genève: «La CCT UIG-Unia prévoit déjà depuis plusieurs années des salaires minimaux et ceux-ci sont supérieurs à ce qui a été négocié sur le plan national. La différence est minime pour les non qualifiés mais elle est de 300 francs pour les qualifiés. Dans le pire des cas, des entreprises feront le choix de sortir de la CCT genevoise pour appliquer les salaires MEM. Et dans le meilleur des cas, les augmentations seront bloquées pour les 10 prochaines années». Du coup, les délégués genevois ont demandé soit d'exclure les salaires genevois du champ d'application de la CCT, soit d'intégrer dans la convention MEM un article permettant l'intégration de la particularité genevoise. Corrado Pardini a répondu notamment que la CCT doit rester de portée nationale. «Faire une exception reviendrait à ouvrir la porte à une dangereuse dérégulation». Au vote, la motion genevoise a été massivement rejetée.
PN

 

Edition n° 26 du 26 juin 2013

 
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