Tous solidaires avec le personnel de nettoyage
A l'occasion de la Journée internationale des nettoyeurs Unia a organisé plusieurs actions à Genève

A Genève, pour la Journée internationale de la justice des nettoyeurs, le syndicat Unia a appelé à plus de respect et de solidarité envers le personnel de nettoyage à travers trois actions. L'occasion d'informer les passants sur les conditions de travail dans la branche en Suisse et de la précarité qui y règne. Deux nettoyeuses originaires du Portugal livrent leur témoignage.

Le 17 juin dernier, dans le cadre de la Journée internationale de la justice des nettoyeurs, le syndicat Unia a mis sur pied trois actions à Genève en présence de travailleurs du secteur afin d'informer la population sur les conditions de travail et la situation du personnel dans cette branche. A la place du Molard, à l'aéroport de Cointrin ainsi que devant les Hôpitaux universitaires de Genève, des roses (et même des chocolats!) accompagnées de tracts ont été distribuées aux passants, invités eux-mêmes à les offrir à des nettoyeurs ou nettoyeuses en reconnaissance de leur travail. D'autres actions ont eu lieu dans toute l'Europe dans le but de faire prendre conscience à l'opinion publique des mauvaises conditions de travail et de la précarité qui règnent dans ce secteur et de demander plus de respect pour cette profession.

90% de migrants
L'occasion de faire le point sur la situation en Suisse. La Convention genevoise du nettoyage prévoit des salaires entre 18,20 et 19,80 francs de l'heure pour les employés d'entretien. Des salaires estimés trop bas, surtout que ces derniers ne travaillent que quelques heures par jour. «Il est très courant de voir des nettoyeurs travailler deux heures par jour ou pour trois ou quatre employeurs différents, complète José Sebastiao, secrétaire syndical. De fait, sur les 9000 nettoyeurs du canton, moins de 1000 travaillent à plein temps...» Un temps de travail qui ne permet pas un salaire décent à la fin du mois. Au-delà du temps partiel, le personnel de nettoyage est caractérisé par une forte représentation féminine et étrangère. En effet, en Suisse, 90% des employés n'ont pas de passeport suisse. «Les étrangers passent très souvent par le nettoyage en arrivant ici, explique le syndicaliste. Beaucoup ne connaissent pas leurs droits.»

De plus en plus d'abus
Le syndicat dénonce plusieurs dysfonctionnements dans le secteur. D'abord, le problème des caisses de pension (LPP), à laquelle de nombreux employés ne cotisent pas car ils n'atteignent pas le revenu minimum. «Il y a aussi un énorme problème concernant le contrôle de l'application de la CCT et des conditions de travail car les inspecteurs n'ont pas un libre accès sur leur lieu d'activité mais doivent prendre rendez-vous plusieurs semaines à l'avance avant d'effectuer un contrôle», regrette José Sebastiao. Unia pointe également les abus patronaux de plus en plus fréquents, comme la baisse du temps de travail quotidien pour que l'employé ne cumule pas plus de 18 heures par semaine et donc ne passe pas dans la classe salariale supérieure. Ou encore le refus de certains employeurs de laisser leur personnel se former pour ne pas avoir à le payer plus. «Dans ce cas précis, l'Etat et les collectivités publiques ont un rôle à jouer en donnant les marchés exclusivement à des entreprises formatrices, entend le secrétaire syndical. Il faut obliger les employeurs à jouer le jeu.»

Manon Todesco


TÉMOIGNAGES

Susana
«Je travaille comme nettoyeuse depuis 8 ans. Avant, je travaillais dans la restauration au Portugal. Le nettoyage, c'est la porte d'entrée dans le monde professionnel. J'ai deux employeurs et je travaille 5 heures par jour à deux endroits différents, 5 jours par semaine. J'aimerais avoir plus de travail mais les patrons ne donnent souvent pas plus de 2 heures par jour, ils préfèrent engager 2 ou 3 personnes à la fois. D'ailleurs mon horaire a été réduit de 15 minutes par jour pour que je ne passe pas dans la catégorie salariale supérieure. Dans l'emploi que j'exerce le matin, je ne cotise pas au deuxième pilier car je ne gagne pas assez. C'est une situation très précaire qui ne me permet pas de gagner correctement ma vie. J'aimerais vraiment pouvoir travailler à plein temps, mais les patrons disent toujours qu'il n'y a pas assez de travail...»

Maria
«Je travaille pour trois patrons: deux privés et un autre pour lequel je dois me déplacer à trois endroits différents. Cela représente 5 heures par jour, 6 jours sur 7. Je suis payée environ 19 francs de l'heure. Mais c'est fatigant, car étalé sur 14 heures par jour: je commence à 7h et je rentre à 21h, avec beaucoup de déplacements qui ne sont pas pris en charge. Avant d'arriver à Genève en janvier dernier, je faisais le même métier au Portugal, mais 8 heures par jour. Ce que je souhaiterais, c'est travailler toute la journée au même endroit, mais comme je suis nouvelle, je dois être patiente...»

Propos recueillis par MT

 

 

Edition n° 26 du 26 juin 2013

 
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