Prévoyance vieillesse 2020 bonnes questions mauvaises réponses
Le Conseil fédéral a présenté les axes de son projet de réforme globale des retraites. Le point avec Aldo Ferrari

Hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, nouvelle baisse du taux de conversion, augmentation du volume des cotisations et gonflement du 2e pilier, tels sont les principales mesures proposées par le Conseil fédéral et son ministre Alain Berset en vue de réformer, à l'horizon 2020, la prévoyance vieillesse. Les syndicats se préparent à combattre ces mesures antisociales.

Le 21 juin dernier, le ministre socialiste Alain Berset présentait les axes de la réforme «Prévoyance vieillesse 2020» adoptée par le Conseil fédéral. Cette réforme globale du 1er et du 2e pilier vise, selon le gouvernement, à maintenir le niveau des prestations tout en consolidant le financement du système. Un projet détaillé sera mis en consultation en fin d'année. Mais les syndicats ont déjà réagi de manière virulente contre certaines des mesures prévues.
Parmi elles, une nouvelle baisse du taux de conversion de 6,8 à 6%, soit 2 fois plus que celle refusée par 73% des votants il y a trois ans, et représentant une baisse des rentes de 12%! Pour contrer cette baisse, le Conseil fédéral propose d'augmenter la surface des cotisations au 2e pilier, avec la baisse du montant de coordination, l'augmentation de l'âge de la retraite anticipée à 62 ans contre 58 aujourd'hui dans les caisses de pension, ou le début de la cotisation avant 25 ans. Mesures qui auront pour effet de gonfler le capital épargné - il s'élève aujourd'hui à 750 milliards de francs - au détriment de l'AVS. Selon l'Union syndicale suisse (USS), 3,7 milliards supplémentaires seraient prélevés chaque année, soumettant ainsi davantage de cotisation à «l'imprévisibilité des marchés financiers».
Autre mesure inacceptable pour les syndicats: l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. En 1997 déjà, cet âge était relevé de 62 à 64 ans. Depuis, pratiquement rien n'a changé en matière d'égalité salariale - les femmes gagnent toujours, à travail égal, 18,4% de moins que les hommes - ni en matière d'égalité dans les tâches familiales, beaucoup de femmes sont obligées de travailler à temps partiel ou d'interrompre leur carrière, ce qui les pénalise lors de la retraite.
Parmi les nombreuses autres mesures, notons le remplacement de l'âge ordinaire de la retraite à 65 ans par un «âge de référence» faisant craindre à l'USS un premier pas vers une élévation générale de l'âge de la retraite.
Face à ce vaste chantier, le point avec Aldo Ferrari, membre du comité directeur d'Unia, en charge du dossier de la prévoyance vieillesse.

QUESTIONS REPONSES:

Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, l'AVS n'est pas en difficulté financière. Cette réforme globale est-elle vraiment nécessaire?
L'AVS est en effet en bonne santé. Toutes les prévisions faites jusque-là se sont révélées erronées. Mais il est vrai que l'allongement de l'espérance de vie est une réalité. Ce défi démographique nécessite une réflexion sur la durée et une adaptation du système. Mais là où je ne suis pas d'accord, c'est sur les mesures proposées, ce ne sont pas les bons qui paient!

Les femmes paient en effet le prix fort...
L'augmentation de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans n'est pas négociable tant qu'il n'y a pas l'égalité salariale. Dans cette réforme, il n'y a aucune mesure proposée pour obliger les entreprises à appliquer l'égalité. La seule petite chose en faveur des femmes est la diminution du montant de coordination dans le 2e pilier, et du montant d'accès qui passera de 20000 francs de salaire annuel à 14000 francs. Cette mesure permettra aux femmes ayant des bas salaires ou travaillant à temps partiel de toucher une retraite du 2e pilier. Mais c'est aussi une mesure qui augmentera le financement car une part plus importante du salaire sera soumise à cotisation. En aucun cas, cela peut représenter une contrepartie à l'inégalité salariale!

Concernant le 2e pilier, y a-t-il des difficultés prévues à l'horizon 2020?
Le défi démographique est le même que pour l'AVS, mais la baisse du taux de conversion ne coûte qu'aux salariés et de ce point de vue, elle n'est pas acceptable. Si le taux passe à 6%, la question du maintien du 2e pilier doit être posée, car cela veut dire que l'on estime que le tiers cotisant, c'est-à-dire le rendement du capital des assurés, n'est plus capable de rapporter suffisamment. Cela ne sert en effet à rien d'investir dans les marchés financiers, dans des sociétés cotées en Bourse ou dans la dette publique si au final ce gain n'est plus à même de garantir des rentes dignes de ce nom.
Je suis de ceux qui ont montré, dans les caisses de pension, qu'un taux de 6,8% est possible. Et je pense qu'il faut le bloquer à ce niveau. Si c'est nécessaire, le financement des rentes sera possible par une hausse des cotisations, payées paritairement par les employeurs et les salariés, et par une meilleure gestion. On ne peut pas sacrifier une génération et détruire un système qui fonctionne pour rassurer les experts dont le regard critique se limite au résultat de leur feuille Excel. Notre système des deux piliers a pour objectif de financer les retraites par deux sources de financement. Dans l'AVS, cela passe par une redistribution des cotisations des millionnaires, et dans la prévoyance professionnelle par le troisième cotisant (le rendement) sous la forme d'une participation au bénéfice de l'entreprise que les salariés récupèrent comme actionnaires au travers des investissements de leur caisse de pension. Plus de millionnaires ou une meilleure redistribution des bénéfices, il faudra choisir! Probablement un peu des deux, si l'on ne détruit pas la confiance dans le système.

L'âge de la retraite anticipée dans le 2e pilier devrait passer de 58 à 62 ans. Cela condamne-t-il par exemple la retraite à 60 ans des maçons?
Cela n'aura pas d'incidence pour la retraite anticipée des maçons car il est prévu de pouvoir déroger à cette règle par des accords collectifs.

Que représente pour vous le fait qu'un ministre socialiste soit à l'initiative de cette réforme?
C'est un projet politiquement habile. Tout le monde obtient quelque chose et tout le monde perd quelque chose. Le fait qu'il soit porté par un socialiste montre qu'à gauche on peut poser les bonnes questions, mais aussi apporter de mauvaises réponses. Un radical a échoué dans ces réformes, il fallait bien qu'un socialiste s'en charge!
La question de fond reste de trouver une solution basée sur un pacte entre générations, un pacte entre employeurs et salariés, et un pacte entre riches et pauvres. Et une chose est certaine, ce n'est pas aux femmes de payer à nouveau des solutions qui manquent de vision à long terme.

Quelle sera l'attitude d'Unia dans ce processus de réforme?
Nous allons mener ces prochains mois des discussions, en collaboration avec l'Union syndicale suisse car cela concerne l'ensemble des syndicats. Nous chercherons ensemble des solutions, y compris de savoir si le moment est venu d'en finir avec le 2e pilier. Le congrès d'Unia nous a donné mandat de poursuivre la discussion sur cette question. Je suis de ceux qui défendent le 2e pilier, pour autant qu'il apporte aux personnes que nous représentons des prestations dignes de ce nom tout en payant le moins possible.


Propos recueillis par Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 27/28 du 3 juillet 2013

 
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