Accord historique pour l'exercice syndical
Un protocole a été signé entre Unia et Domino's Pizza. Le syndicat peut désormais informer les travailleurs

Après des années de conflit, la nouvelle direction de la chaîne de livraison de pizzas et le syndicat ont signé un protocole historique, d'une durée de deux ans, pour les droits syndicaux dans la branche de la restauration.

Une fois n'est pas coutume, la direction d'un grand groupe de restauration tout sourire dans les locaux d'Unia à Genève. Venue en nombre, l'équipe de Domino's Pizza a voulu témoigner de son renouveau et offrir une image transparente de son enseigne lors de la conférence de presse organisée par le syndicat le 17 juillet. Après des années de litige, la nouvelle direction, en place depuis une dizaine de mois, semble donc vouloir changer de cap (Domino's Pizza GmbH a racheté les succursales suisses propriétés jusqu'alors de Global Brands SA). «Depuis plusieurs années, Unia a engagé une bataille avec Domino's Pizza pour l'application de la Convention collective de travail de l'hôtellerie-restauration, de force obligatoire. On est sorti de ce long conflit en automne 2012 grâce à la médiation du nouveau management qui a permis d'indemniser les travailleurs, a rappelé Umberto Bandiera, responsable du secteur hôtellerie et restauration à Unia Genève. Parallèlement au respect de la CCT, nous avons voulu régler la question des droits syndicaux...» Résultat, c'est la première fois qu'un groupe international dans la restauration reconnaît ces droits par écrit.

Entrée libre pour Unia
Après plusieurs mois de négociation, la signature d'un «protocole de partenariat sur l'exercice du droit syndical entre le syndicat Unia et les restaurants Domino's Pizza et ses succursales» représente donc une victoire importante. Cet accord règle les modalités d'exercice du droit syndical dans les établissements du groupe en Suisse. Soit, actuellement dix restaurants, à Genève (qui en compte 4 et 90 employés), Lausanne, Neuchâtel, Bâle et Zurich et au total quelque 210 travailleurs.
Le syndicat pourra donc y informer librement les salariés. Les secrétaires et les délégués syndicaux pourront se déplacer dans tous les locaux du personnel, voire participer à des réunions organisées par les employés sur le lieu de travail. Le syndicat s'engage cependant à ce que ces visites ne dérangent ni les activités ni la clientèle.
Cette reconnaissance du droit syndical implique également «le principe de non-discrimination liée à l'appartenance syndicale ou à l'exercice d'une activité syndicale».
Affiches, publications et tracts peuvent être distribués librement, un exemplaire devant toutefois être transmis au préalable aux Ressources humaines. Un panneau d'affichage placé dans un endroit fréquenté par le personnel est dédié aux communications d'Unia. «Nous avons pu vérifier dans les succursales visitées que c'était bien le cas», assure Umberto Bandiera.

Accord «win-win»
Cet accord est entré en vigueur le 1er avril déjà. Depuis trois mois, le syndicat a ainsi pu vérifier l'application des différentes dispositions du protocole. Les parties vont ensuite se rencontrer une à deux fois par année pour faire le point. Au moins pendant deux ans, durée de l'accord qui pourrait alors être renouvelé.
Pour le responsable de la société en Suisse, Brian Trier, ce partenariat apporte de nombreux avantages: «C'est une opportunité pour nous de montrer que nous sommes une compagnie jeune et dynamique, transparente, qui crée de nouveaux emplois et qui promet à de jeunes talents un avenir brillant et passionnant. Dans le passé, la situation s'est dégradée en raison du manque de communication. On n'a rien à cacher, on n'a pas peur, et ce partenariat permettra si besoin de trouver des solutions rapidement.» Ses collaborateurs, lors de l'apéritif composé de pizzas, relèvent aussi de nombreux changements depuis la nouvelle direction: de nouveaux uniformes, qui offrent une meilleure sécurité et davantage de confort pour les livreurs, des possibilités de formation continue, une meilleure ambiance.
Brian Trier promet en outre un développement important de la chaîne de livraison de pizzas. Dans les cinq prochaines années, il espère multiplier par 4 le nombre de succursales en Suisse. «Que la compagnie soit attachée au partenariat social est d'autant plus important, alors qu'elle prévoit de s'étendre», estime Umberto Bandiera, qui espère également que cet accord aura «un effet domino»... Pour l'heure, des pourparlers sont en cours avec plusieurs autres entreprises.

Aline Andrey

 

 

Edition n° 31/32 du 31 juillet 2013

 
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