Aubert Complications: lutte payante
Les employés d'Aubert Complications verront leur salaire augmenter de plusieurs centaines de francs ...

Heureux dénouement dans le conflit opposant les travailleurs d'Aubert Complications, soutenus par Unia, et la direction de l'entreprise. Au terme de plusieurs mois de discussions et sous la pression d'un préavis de grève, la société, sise au Lieu (VD) et effectuant de la sous-traitance pour l'industrie horlogère, s'est engagée à signer la Convention collective de travail de la branche. Avec, à la clef, une augmentation des salaires des employés, principal motif du litige.

Satisfaction pour le personnel d'Aubert Complications, au Lieu, aidé par Unia. La direction de l'entreprise, spécialisée dans la conception de mouvements compliqués pour l'horlogerie, s'est engagée, au terme d'une bataille soutenue, à signer la Convention collective de travail (CCT) de la branche d'ici à la fin de l'année. «C'est une victoire», tonnent d'une même voix Isabelle Smekens et Noé Pelet, secrétaires syndicaux chez Unia, en charge du dossier. «Les salaires seront progressivement rehaussés pour atteindre ceux fixés par la CCT. Une première augmentation sera effectuée en août, une seconde en octobre et la dernière à la fin décembre.» De quoi réjouir les travailleurs, au nombre de 50 dont une majorité de frontaliers, sachant que certains étaient payés moins de 3000 francs par mois. «Nous avons même connaissance de cas à 2600 francs alors que la CTT prévoit un salaire minimum de 3500 francs x 13», précisent les syndicalistes. En intégrant la convention, la direction devra aussi cotiser à l'assurance maladie à raison de 160 francs et verser une allocation de 60 francs par enfant. Participation patronale qui sera effective dès le 1er janvier de l'année prochaine.

Climat antisyndical
Ravis de cette issue, Isabelle Smekens et Noé Pelet relèvent qu'elle n'est toutefois pas allée de soi. Bien au contraire. L'histoire débute à la fin 2012. Deux personnes contactent le syndicat en raison des bas salaires pratiqués chez Aubert Complications. Unia ouvre un dossier, collecte des informations et organise, le 24 avril dernier, une opération de tractage devant l'entreprise. But poursuivi: sensibiliser les employés au dumping salarial qui sévit et les inviter à participer à une séance d'information. La réaction de la direction ne se fait pas attendre... «Des travailleurs nous ont téléphoné le lendemain en catimini. Ils étaient soucieux. Ils nous ont parlé des menaces faites à l'encontre de ceux qui envisageaient d'assister à la réunion. Le climat était clairement antisyndical et tendu.» Unia décide alors d'ouvrir la discussion avec le patron. Ce dernier ne veut pas entendre parler des revendications des ouvriers. La tension augmente à l'intérieur de l'entreprise... mais n'ébranle pas la motivation de personnes désireuses de faire changer les choses et qui continuent à informer Unia de la situation. Une nouvelle rencontre avec la direction est organisée. «Nous lui demandions d'intégrer la CTT et de respecter les droits syndicaux. Sans succès.» Le personnel, sous l'impulsion d'Unia, multiplie alors les assemblées et finit par lancer un préavis de grève.

Une équipe formidable
«La direction a alors promis, dans un délai déterminé, de nous fournir les données économiques relatives à l'entreprise.» Parole non tenue... Le 28 mai, les syndicalistes obtiennent néanmoins un rendez-vous avec le responsable qui accepte cette fois de s'engager, par écrit, à soumettre Aubert Complications à la CCT. «Une signature arrachée au forceps... L'entreprise a mesuré la force des travailleurs qui faisaient bloc.» Unia devra encore néanmoins intervenir plusieurs fois auprès de la direction pour obtenir, comme convenu, un échéancier en vue de l'introduction et de l'application de la convention...
Quoi qu'il en soit, Isabelle Smekens et Noé Pelet estiment que cet heureux dénouement n'aurait pas été possible sans la détermination et la solidarité des travailleurs. «Le groupe s'est construit au fil du conflit. Il s'est montré de plus en plus soudé. Une équipe formidable. Les travailleurs ont surmonté leur peur en dépit des menaces. Lutter ensemble les a aussi aidés à renforcer leurs liens... Ils espèrent désormais pouvoir dialoguer avec la direction et créer une commission du personnel.»
A noter que dans le canton de Vaud, seulement 10% des entreprises horlogères ne sont pas soumises à la CCT.


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 31/32 du 31 juillet 2013

 
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