Après un souffle d'espoir Ilford restructure drastiquement
La nouvelle direction souhaite relancer la viabilité de l'entreprise fribourgeoise au prix de douloureux licenciements

Journées difficiles pour les salariés d'Ilford. Cette semaine, 66 d'entre eux devraient apprendre qu'ils font partie de la charrette de suppression d'emplois annoncée mercredi dernier par les deux directeurs du site. Ces derniers avaient racheté l'entreprise, en voie de faillite, début août, ce qui avait redonné de l'espoir aux employés de Marly. Sur ces 66 salariés, 39 seront licenciés et 27, âgés de plus de 58 ans, partiront à la retraite anticipée. 16 autres employés verront leur temps de travail réduit. En comptant les 26 personnes ayant déjà trouvé une place de travail ailleurs, l'entreprise fribourgeoise perdra une centaine d'emplois sur les 230 qu'elle comptait encore au début de l'été, moment où les difficultés ont été annoncées après l'arrêt du financement par son propriétaire, le groupe d'investisseurs britanniques Paradigm Global Partners.
Le 16 août, après l'annonce du rachat par les deux directeurs et les démarches entreprises en vue de vendre une partie des terrains d'Ilford pour trouver des liquidités et assurer le paiement des salaires, le président du Tribunal de la Sarine, qui devait statuer sur un éventuel dépôt de bilan, a repoussé l'audience au 16 septembre. Moins d'une semaine plus tard, la direction annonçait son plan de restructuration divisant presque par deux le nombre d'employés.

Entreprise déjà «fit»...
Un plan qui inquiète Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia Fribourg: «C'est clair, la situation est aujourd'hui bien meilleure qu'en juin. Mais ce dégraissage est énorme alors qu'Ilford était déjà une entreprise "fit". Ces dernières années, elle avait connu une cure d'amaigrissement drastique. En 2004-2005, il y avait encore 460 employés.» Le syndicaliste pense que c'est avant tout le secteur de l'emballage et du conditionnement qui fera les frais de la restructuration, même si tous les autres secteurs seront touchés. «Le conditionnement deviendra peau de chagrin. Ilford dit vouloir se concentrer sur les grands formats de papier à jet d'encre», note-t-il. Quant au quasi triplement du chiffre d'affaires qu'entend réaliser la nouvelle direction d'ici la fin de l'année, Armand Jaquier dit son scepticisme: «C'est extrêmement ambitieux de progresser de cette manière, d'autant plus lorsqu'on dégraisse!» Un tel accroissement pourrait survenir avec l'ouverture d'Ilford aux marchés asiatiques, grâce à une société japonaise qui pourrait reprendre 25% de ses actions.
«Pour ma part je pense qu'une entreprise comme Ilford, disposant d'un outil très performant et efficace, doit produire avec beaucoup de valeur ajoutée pour arriver à une situation saine. Personne ne va venir lui passer commande. Elle doit développer ses propres produits. Dans ce sens, je crains qu'un dépeçage de l'entreprise et de son savoir-faire, notamment au niveau de la recherche et du développement, ne lui soit fatale», analyse le syndicaliste.

Plan social sujet à caution
Armand Jaquier est aussi dubitatif sur le plan social proposé par Ilford aux personnes perdant leur emploi. «Ce plan n'a été discuté qu'avec la commission d'entreprise, la direction ayant refusé la présence des syndicats. Or il est difficile de négocier lorsque sa place est en jeu. C'est irrespectueux des salariés et cela ne peut qu'amener à un résultat soumis à caution», souligne le syndicaliste. Il s'étonne également du fait que le personnel n'ait pas connaissance des modalités de la vente des 100000 m2 de terrain d'Ilford, un patrimoine acquis grâce au travail de plusieurs générations de salariés. A ce sujet, la Caisse de prévoyance du personnel de l'Etat de Fribourg pourrait se porter acquéreur. La décision devrait tomber le 29 août. Affaire à suivre...


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 35 du 28 août 2013

 
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