Des médecins sensibilisés aux maladies dues à l'amiante
Le Service vaudois de la santé publique a distribué des dépliants d'information à 1500 médecins du canton

L'amiante tue. Pour sensibiliser les médecins du canton aux maladies professionnelles provoquées par ce matériau, l'Etat de Vaud a publié un dépliant les informant notamment sur les professions particulièrement exposées et les droits des personnes atteintes. Eclairage avec Catherine Lazor-Blanchet, responsable de la médecine du travail au CHUV.

Cet été, quelque 1500 médecins du canton de Vaud ont reçu un dépliant d'information intitulé «Amiante. Tout ce que vous devez savoir pour vos patients». Les maladies liées à des expositions à la fibre meurtrière y sont répertoriées (plaques pleurales, asbestose, mésothéliome, carcinome bronchique, etc.), ainsi que les professions particulièrement exposées dans les domaines du bâtiment, de l'industrie, des transports et des déchets. Ce document didactique et synthétique élaboré par des médecins du travail du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et de la Suva rappelle aussi que «1500 personnes sont déjà décédées d'une maladie due à l'amiante» et que «chaque année en Suisse, environ 200 cas de maladies sont reconnus comme maladies professionnelles dues à l'amiante par les assurances accidents LAA» dont la moitié sont des mésothéliomes. Surtout, le document souligne qu'il existe de nombreux cas non déclarés, et qu'il est important que les médecins tiennent compte de l'environnement professionnel du malade, car cette reconnaissance peut avoir de nombreuses incidences financières (prise en charge des frais de traitement, indemnités journalières, rente invalidité...).
Catherine Lazor-Blanchet, responsable de la médecine du travail au CHUV, a participé à la conception de cet outil de sensibilisation, avec le soutien du canton de Vaud et de la Suva. Entretien.

Comment s'est mis en place ce travail de sensibilisation auprès des médecins sur les maladies liées à l'amiante?
Suite à l'interpellation au Grand Conseil du député Borel en 2010 sur la problématique de l'amiante, le Conseil d'Etat s'est engagé à prendre des mesures, notamment dans les domaines du repérage et de la gestion de l'amiante dans les bâtiments, de la formation des travailleurs des secteurs du bâtiment, et de la protection de ses employés. Une conférence amiante a été également organisée en 2011 pour partager l'expérience et les compétences des différents partenaires impliqués dans la gestion de cette problématique. Dans ce contexte, nous avons développé au CHUV, en collaboration avec un médecin du travail de la Suva, ce dépliant d'information pour sensibiliser les médecins aux maladies professionnelles, afin qu'ils puissent conseiller leurs patients sur les démarches à entreprendre qu'ils soient encore en emploi, ou le plus souvent retraités.

Comment les médecins ont-ils réagi, et à quel point les cas liés à l'amiante sont-ils reconnus comme maladies professionnelles?
Pour l'instant, les retours sont très positifs, car les médecins avaient besoin de ces informations réunies en un seul document. Dans la pratique, le lien entre le mésothéliome ou les plaques pleurales et l'exposition à l'amiante est généralement facilement fait. Pour d'autres affections, c'est parfois plus difficile. Et on peut dès lors suspecter qu'un certain nombre de cas de maladies respiratoires ou cancéreuses ne sont pas identifiés comme de possibles maladies professionnelles liées à l'amiante. L'anamnèse professionnelle des patients nécessite d'être très précise. C'est un travail de fourmi, car la maladie se déclare le plus souvent très tardivement (plusieurs dizaines d'années après l'exposition) et les expositions peuvent avoir été de courte durée.
Il faut aussi mentionner qu'il existe des cas de maladies dues à l'amiante qui ne sont pas liées à une exposition professionnelle. Des personnes ont été contaminées car elles vivaient à proximité de sites d'amiante, des épouses de travailleurs en nettoyant leurs vêtements, ou encore des bricoleurs en rénovant leur maison, etc.

Et qu'en est-il de la reconnaissance des maladies professionnelles dues à l'amiante par les assurances accidents?
Quelque 200 cas de maladies professionnelles liées à l'amiante sont reconnus chaque année en Suisse. Je ne connais pas le nombre de cas refusés comme maladie professionnelle, toutefois une étude européenne a montré que le taux de reconnaissance des maladies professionnelles par les assurances accidents en Suisse (nombre de cas reconnus rapporté au nombre de demandes de reconnaissance sur une même période) est de 80%, ce qui place la Suisse en deuxième position, derrière le Portugal.

Par rapport à l'amiante, de quels autres volets vous occupez-vous en tant que médecin du travail au CHUV?
Depuis plusieurs années, le CHUV se préoccupe de la question de l'amiante et les spécialistes en santé-sécurité au travail de mon service interviennent dans différents domaines liés aux bâtiments de l'hôpital (inventaires des bâtiments, évacuation des matériaux contenant de l'amiante, directives et procédures à l'intention du personnel technique, informations aux entreprises externes qui interviennent au CHUV) et offre une surveillance médicale du personnel technique du CHUV ayant été exposé professionnellement à l'amiante. Une cinquantaine d'entre eux, sélectionnés selon des critères de quantification d'exposition à l'amiante, font partie du programme de surveillance médicale préventif de la Suva. Cela permet d'améliorer le dépistage, mais il ne faut pas négliger l'aspect anxiogène de ce suivi. D'où l'importance d'informer le patient que la maladie ne touche pas toutes les personnes ayant été exposées à ce matériau, mais aussi que les examens effectués peuvent détecter d'autres types de maladies sans lien avec l'amiante. C'est délicat. Reste qu'en cas de cancer bronco-pulmonaire par exemple, un diagnostic rapide peut améliorer les chances de survie. Pour le mésothéliome, le pronostic reste malheureusement toujours très mauvais.

Propos recueillis par Aline Andrey

 

 

Edition n° 35 du 28 août 2013

 
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