L'art de communiquer à travers le dessin
Artiste autodidacte Jean-Philippe Kalonji aime repousser sans cesse ses limites

Décrire Jean-Philippe Kalonji en un seul mot? Impossible! Cet artiste genevois aux multiples casquettes est à la fois auteur de bande dessinée, illustrateur, peintre et éditeur. Ça, c'est pour le côté professionnel du personnage. Dans la vie, l'homme, qui a tout juste 40 ans, est un passionné de voyages, de musique, d'arts martiaux et de la vie en général. Avenant, le sourire aux lèvres et bourré d'humour, Jean-Philippe Kalonji respire la sympathie. Il nous accueille dans son atelier qu'il partage avec son épouse, Katia. Ambiance décontractée.
Né à Genève d'une famille originaire de la République démocratique du Congo, Jean-Philippe a su très tôt qu'il voulait évoluer dans le monde du dessin, plus spécialement dans la BD, mais ses plans d'avenir restaient flous. En 1989, il rentre à l'Ecole des arts décoratifs de Genève mais n'y fera qu'un bref passage. «Mon prof m'a conseillé de quitter l'école. Il m'a dit: "Il faut que tu apprennes par toi-même, sans être formaté."» A l'époque, raconte-t-il, la BD n'avait pas la cote. C'est alors qu'il fait la rencontre de Rodrigo Antunes, «un dessinateur hors pair très important pour moi». «Il m'a fait comprendre qu'il fallait être curieux et aimer tous les arts pour être un bon dessinateur, nourrir son quotidien visuel, s'imprégner de son environnement.»

Inspirations diverses
Sa première bande dessinée, Street Nation, sort en 1992 et s'inspire de la scène urbaine, du hip-hop. Cela dit, Jean-Philippe Kalonji ne voulant pas se cantonner à un thème ou à un style, touche à tout, de la science-fiction à la création de son personnage samouraï en passant par une déclaration d'amour au jazz dans son album Jungle Blues. «L'un de mes sujets de prédilection reste les femmes.» Une féminité qu'il aime mettre en scène avec le chat, un animal qui l'a accompagné tout au long de sa vie. «Les chats vont très bien avec les artistes.»
Deux autres références sont récurrentes dans les œuvres du Genevois: l'Asie et l'Afrique. «Je suis issu de la génération Bruce Lee. J'ai baigné dans la culture asiatique: mon père m'a initié aux films japonais et j'ai pratiqué les arts martiaux pendant plus de sept ans: kung-fu, boxe chinoise et l'iaido, soit l'art de dégainer le sabre.»
L'Afrique est, quant à elle, une inspiration venue sur le tard. Un déclic grâce à un voyage en Afrique du Sud organisé par Pro Helvetia il y a dix ans. «Pour moi, ce voyage a été un vrai retour aux sources, se rappelle Jean-Philippe, ému, qui explique qu'il n'était pas allé sur le continent depuis ses 12 ans. J'appréhendais beaucoup ces retrouvailles et j'avais plein de clichés, qui sont tous tombés un par un...» Une aventure qui a poussé l'artiste à travailler sur ses origines, son histoire. «J'ai besoin de faire ce devoir de mémoire et la BD s'y prête très bien! C'est un moyen de communication incroyable.»

Besoin de peindre
Après avoir publié une dizaine d'albums - dont son dernier 365 samouraïs a été édité aux Etats-Unis - et collaboré avec des noms prestigieux en tant qu'illustrateur (Vanity Fair France, le Parlement d'Edimbourg...), l'autodidacte a récemment décidé de laisser la BD de côté - sans l'abandonner! - pour se lancer dans la peinture. «J'aime tout tester, pousser mes limites, sortir de ma zone de confort. Il faut éviter de se scléroser et de se complaire dans son art. J'ai besoin et envie de peindre donc je m'écoute. Parfois il est important de s'arrêter et de se remettre en question, d'être capable de se renouveler.» Et pour le coup, le changement est là. Celui qui avait «une peur bleue» des couleurs et dessinait énormément en noir et blanc s'y est mis. Dans une approche minimaliste. «J'ai créé un style: l'afro pop art.» Il exposera une partie des travaux de sa collection «Féline» prochainement à Lausanne1 aux côtés de 5 autres artistes, réunis dans le collectif Mixed Arts Media (MAM). Un projet qui lui tient à cœur et qui rassemble différents supports, de la vidéo à la photo en passant par la sérigraphie et l'art paper.

Passion et travail
L'autre actualité de Jean-Philippe Kalonji, c'est sa BD Les autres2, pour laquelle l'association Stop Suicide l'a mandaté. «C'était un vrai challenge. Cette BD m'a demandé de gros efforts. Travailler sur des sujets délicats comme le suicide a été une étape de maturité: c'est mettre mes dessins au service d'une cause réelle.»
Fier et reconnaissant de son parcours, l'artiste touche-à-tout prend son métier avec passion mais surtout avec sérieux: «Il faut s'en donner les moyens. Dans le dessin, il y a une recherche de l'excellence et une souffrance qui sont nécessaires.» Et des regrets? Le sage Jean-Philippe Kalonji n'en a pas. «Les bonnes comme les mauvaises expériences m'ont amené là où j'en suis. Elles n'arrivent jamais par hasard, il y a toujours quelque chose à apprendre de celles-ci.» 


Manon Todesco

1 Festival BD-FIL à Lausanne du 12 septembre au 5 octobre
Plus d'infos sur: http://www.kalonjiart.com/,
http://www.behance.net/jpkalonji, http://jpkalonjiart.tumblr.com/

 

 

 

Edition n° 36 du 4 septembre 2013

 
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