Une vie au service des autres
Fondateur de l'association d'aide aux sans-abri Carrefour-Rue, Noël Constant revient sur son engagement sans faille

Noël Constant est le genre de personnage dont l'engagement pousse à l'admiration. Un gars à part, qui a lutté toute sa vie pour que, justement, les plus démunis ne le soient pas. Figure genevoise incontournable, il fonde en 1986 l'association Carrefour-Rue pour venir en aide aux sans-abri. Au fil des années, plusieurs initiatives émanent en parallèle de l'association, à l'image de la Coulou, un lieu de vie communautaire pour les sans-abri, du Car Touche, un bus d'accueil et de solidarité, ou encore du Hameau des Chemineaux, aussi rebaptisé «Club Med pour SDF». Des idées, Noël Constant n'en manque jamais. Inépuisable source de créativité, il est sans cesse à la recherche de nouvelles solutions pour les gens dans le besoin. «La créativité permet d'exister», dit-il le sourire aux lèvres. Et à 73 ans, même si le président de Carrefour-Rue est officiellement retraité, il n'est pas question de quitter le navire. Celui qui a baroudé pendant plus de 40 ans dans les rues de la cité de Calvin à la rencontre des personnes en difficulté s'était fait une promesse: «Je me suis dit: Noël si tu t'engages, c'est pour la vie!» Un vœu marquant le début d'un parcours atypique, qu'il a voulu construire hors du moule du travailleur social lambda. D'ailleurs, pour Noël il n'a jamais été question de travailler mais de prendre du plaisir à aller à la rencontre de l'être humain, prendre le temps de discuter, marcher... Sa vision du social? Epauler les gens sans les assister, leur faire confiance, et surtout les accompagner. Ce que les services sociaux, selon lui, ne font pas. «Ma plus grande fierté est d'avoir mis en place une façon de faire du social envers et contre tout ce qui est officiel et structuré.»

L'Algérie, un déclencheur
Si le social s'est avéré être une vocation pour Noël, cela n'a pas toujours été le cas. Adolescent, ne sachant trop quoi faire mais devant choisir un métier, il se lance dans un apprentissage de carrossier près de Taizé, en Bourgogne, d'où il est originaire. Et puis les chemins successifs que lui a fait prendre la vie l'ont guidé petit à petit vers sa voie. D'abord un long voyage en Côte d'Ivoire à 18 ans puis le retour en France pour le service militaire. «Mais le gros déclencheur a été la guerre d'Algérie, une école de vie très difficile. Je me suis trouvé une grande sensibilité envers les gens, une période pendant laquelle j'ai aidé et porté beaucoup de personnes.»

Accorder sa confiance
Quelques années après son retour de la guerre, son métier de carrossier ne lui procurant aucun plaisir, il commence à visiter des prisonniers dans divers centres de détention français. Il pose ensuite ses valises à Genève pour intervenir au sein de la maison de détention pour mineurs de La Clairière. «Je me suis attaché à ces jeunes, mais quelque part, j'ai senti que c'était dehors que je devais agir, pas dedans...»
Noël commence dès lors sa quête de fonds privés tout en apprivoisant les rues de la ville, ses bistrots et ses lieux de rencontre. Il s'immerge dans les bandes de jeunes des différents quartiers et commence son œuvre. Il créera un club de moto-cross aux Eaux-Vives, et plus tard, une auto-école gratuite. Des projets qu'il a pu mener à bien grâce à des «perles rares» qui les finançaient. Mais aussi grâce à sa détermination. «En 1986, il y a eu une vague de grand froid avec beaucoup de neige. J'ai insisté jusqu'à ce que les pouvoirs publics nous donnent des locaux, et on nous a confié une usine désaffectée, devenue la Coulou.» Un lieu d'accueil différent. «Il faut savoir faire confiance et donner des responsabilités à ceux qui sont en marge de la société.»

Nid de trésors
Malgré l'explosion de la précarité ces dernières décennies, Noël Constant n'a, à aucun moment, perdu foi en son combat. «Même si je sais que le problème des sans-abri ne sera jamais complètement résolu, je ne me suis jamais découragé. La pauvreté est un nid de trésors, et notre rôle est d'aider ces personnes à les exploiter.»
Si son engagement lui prend une partie importante de son temps, Noël Constant tente de s'effacer afin de laisser la relève trouver ses propres solutions. «Il faut inventer, encore et toujours, et le faire avec plaisir, sinon ça ne fonctionne pas!» Et de conclure avec son positivisme inouï: «Chaque jour est une journée que personne n'a vécu, il faut le prendre comme un cadeau et aller de l'avant.»

Manon Todesco


Plus d'infos sur l'association:
www.carrefour-rue.ch

 

Edition n° 37/38 du 11 septembre 2013

 
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