Casino du Lac les droits du personnel doivent être respectés
Unia dénonce des salaires extrêmement bas et le non-respect de deux CCT par la société installée à Meyrin

Mandaté par des employés du Casino du Lac de Meyrin, Unia exige que la convention collective de l'hôtellerie-restauration et celle de la sécurité soient appliquées aux employés de l'établissement. Le syndicat dénonce notamment des très bas salaires et le fait que les pourboires ne reviennent pas en totalité au personnel. De son côté, la direction réfute les accusations, estimant ne pas avoir à appliquer ces conventions.

C'est un ultimatum qu'Unia a lancé jeudi dernier, en convoquant la presse devant le Casino du Lac à Meyrin, à la direction de la quatrième plus grande maison de jeux du pays en termes de chiffre d'affaires. Le syndicat, mandaté par une partie du personnel de l'établissement, demande à la société d'entamer de vraies négociations afin que les droits des employés soient respectés et que la Convention collective nationale de l'hôtellerie-restauration (CCNT) et celle de la branche privée de la sécurité, toutes deux de force obligatoire en Suisse, soient appliquées.
Unia dénonce des salaires extrêmement bas payés au personnel. «C'est un des cas les plus graves de dumping constaté ces derniers temps», s'offusque Umberto Bandiera, responsable de l'hôtellerie-restauration à Unia Genève. «Des employés sont venus s'informer auprès du syndicat et nous avons constaté que leur salaire de base était de 2400 à 2600 francs brut pour un plein temps! A cela, s'ajoute une participation aux pourboires. Ceux-ci sont très importants dans ce type d'exploitation. Mais dans ce cas, ils sont plafonnés à un certain montant sur lequel la direction retient encore 15%. Selon le taux d'activité, les employés touchent entre 1500 et 2500 francs de plus par mois», explique le syndicaliste, ajoutant que le personnel n'a pas de 13e salaire et seulement 4 semaines de vacances.

Liste des employés demandée...
«Nous avons tenu une assemblée du personnel en août, poursuit Umberto Bandiera. Dès le 27 août, nous avons demandé à la direction d'appliquer avec effet immédiat les CCT. Nous nous sommes heurtés à un refus total de dialoguer. La direction nous a demandé de lui livrer la liste des employés venus au syndicat. Une exigence devenue ensuite un préalable à toute forme de discussion!» Umberto Bandiera évoque également une «atmosphère de peur et de pression absolue» qui aurait cours au sein du Casino du Lac depuis qu'Unia est intervenu. Le syndicat exige aussi que les pourboires reviennent exclusivement aux travailleurs et que les droits syndicaux soient respectés. D'autres griefs allongent la liste des revendications, comme l'usage qui serait fait, selon Unia, des caméras de surveillance à l'encontre d'employés ou encore le paiement du parking par les travailleurs, recrutés principalement en France et ayant besoin de leur véhicule vu l'éloignement et les horaires dans cet établissement ouvert 23h sur 24.

Pour le directeur, seul le CO s'applique
Contacté après l'action d'Unia, le directeur du Casino du Lac, Fabrizio Barozzi, réfute toutes les accusations estimant que les CCT de l'hôtellerie et de la sécurité ne s'appliquent pas au Casino du Lac, comme l'en attesterait un jugement du Tribunal des prud'hommes de 2006. «Nous ne sommes ni un restaurant, ni un hôtel. C'est le Code des obligations qui s'applique», relève-t-il, contestant également les niveaux des salaires avancés par Unia. Selon Fabrizio Barozzi, aux 2600 francs mensuels fixes, s'ajoutent des pourboires d'un montant variant entre 2200 et 2300 francs par mois. Soit en moyenne, dit-il, des salaires de 4800 à 4900 francs. Quant à la retenue des 15%, le directeur explique qu'il s'agit du prélèvement pour les charges sociales, vu que ces pourboires sont déclarés. Le directeur insiste sur le fait qu'après avoir été contacté par Unia fin août, des courriers ont été adressés à deux reprises au syndicat dans lesquels il mentionnait être prêt à une rencontre, mais qu'il n'a jamais reçu de réponse. Ce à quoi le syndicaliste Umberto Bandiera rétorque que le préalable à ces discussions était d'obtenir la liste des personnes s'étant adressées au syndicat. Interrogé sur cette demande de noms, le directeur ne souhaite pas répondre. Par contre, il dit ne pas contester le droit de se syndiquer, «mais mes employés savent que la porte de mon bureau est toujours ouverte», ajoute-t-il.

«Pratique d'un autre âge»
Le Parti socialiste de Meyrin a pour sa part exprimé, dans un communiqué, sa consternation d'apprendre que le Casino du Lac ne respectait pas les CCT «qui lui sont applicables». «Le casino participe ainsi à la sous-enchère salariale et sociale bien trop souvent constatée, alors même que, circonstance aggravante, son statut de concessionnaire fédéral dans une branche sensible lui commande un comportement exemplaire.» Le PS dénonce aussi une «pratique d'un autre âge», faisant dépendre les salaires des pourboires, et donc des gains des joueurs. Il juge également «choquante» l'insistance de la direction d'obtenir la liste des personnes en contact avec le syndicat, démontrant, écrit-il, une méconnaissance surprenante des pratiques légales et démocratiques. Le PS de Meyrin demande au Casino du Lac de se conformer aux règles et interviendra dans ce sens auprès des autorités communales.
Lundi en début d'après-midi, à l'heure où nous mettions sous presse, Unia attendait toujours une réponse de la direction et s'apprêtait à convoquer une nouvelle assemblée du personnel pour discuter des moyens de lutte à entreprendre pour être entendu.


Sylviane Herranz

 

Edition n° 39 du 25 septembre 2013

 
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