Les métiers de l'horlogerie doivent être mieux valorisés
Délégué syndical chez Nivarox le mécanicien chaux-de-fonnier Fabrice Domont plaide pour un syndicat fort

C'est un type costaud, aux idées bien trempées et qui a aiguisé son sens social au contact des épreuves de la vie. Fabrice Domont est depuis le début de cette année le nouveau délégué syndical Unia chez Nivarox. Responsable dans son entreprise des apprentis faiseurs d'étampes, et homme de confiance, ce mécanicien succède à Danièle Burgener. «C'est elle qui m'a proposé cette fonction. J'ai toujours eu un esprit combatif mais c'est la première fois que j'acceptais de le mettre au service des autres. Je me suis découvert cette fibre après m'être occupé d'une apprentie qui se trouvait en grande difficulté à quatre mois de ses examens finaux. Je l'ai motivée et responsabilisée. Elle a repris confiance et a réussi des examens plus qu'honorablement.» Dans la foulée, ce Chaux-de-Fonnier est également devenu membre du comité horloger du syndicat ainsi que de la commission paritaire de la formation.

Revaloriser le métier
La formation? Son cheval de bataille: «Je trouve que l'Etat ne remplit pas suffisamment son rôle dans ce domaine. Il y a de grosses lacunes alors que nos métiers sont une des principales richesses de ce canton. De plus, l'horlogerie n'est pas assez considérée. Dans les années 70, pendant la crise horlogère, les autorités fédérales n'ont rien fait pour aider les milliers de personnes touchées par les licenciements alors qu'elles n'hésitent pas à voler au secours de Swissair et des banques. Il s'agit maintenant de valoriser nos métiers, non seulement par rapport aux salaires qu'il faut rendre plus attractifs mais également du point de vue de l'image. Un exemple? Pendant ma scolarité à La Chaux-de-Fonds, les profs nous ont parlé du Corbusier et d'autres personnalités du canton, mais jamais des génies qui ont marqué l'histoire de l'horlogerie. Le savoir-faire n'est pas estimé à sa juste valeur. Dans l'entreprise où je travaillais précédemment, j'ai connu un trempeur qui avait une expérience extraordinaire dans la fabrication d'aiguilles de montres ultrafines. Un homme très doué. Or le jour de sa retraite, il est parti sans recevoir un seul mot de remerciement. Il a pris ses affaires et s'en est allé tout seul, comme s'il n'était rien. Deux jours plus tard, le chef du personnel m'a demandé où était ce travailleur. Il ne savait même pas qu'il avait pris sa retraite. C'est attristant sur le plan humain. Mais ça l'est aussi sur le plan professionnel. Cet homme avait un savoir-faire qu'on n'a jamais vraiment retrouvé. Et ce talent-là aurait dû être transmis aux plus jeunes.

Faire face à la vie
Fabrice Domont, 43 ans, est père de 2 garçons, l'un de 23 ans l'autre de 11 ans. «J'ai dû affronter très tôt les difficultés de la vie. Le décès de ma mère qui souffrait de dépression m'a laissé des traces, profondes. Je suis devenu père à 20 ans. Ma femme en avait 18. Il a fallu se battre pour faire bouillir la marmite.» Pour subvenir à l'existence de sa famille, le jeune papa quittera sa formation de mécanicien en 3e année d'apprentissage. «Par chance, j'ai trouvé du travail chez Quinche. On m'a engagé comme aide-mécanicien. Un maître d'apprentissage m'a pris sous son aile et m'a formé. Il était comme un père pour moi. C'était Claude Perret, un syndicaliste engagé. Il m'a fait entrer au syndicat et il est aujourd'hui avec moi dans le comité horloger.»
Pour Fabrice Domont, se syndiquer est une nécessité. «Il s'agit de se battre pour conserver et améliorer les acquis qu'ont obtenus nos parents. Même si l'on ne veut pas être actif dans le syndicat, cela reste important car le nombre fait la force. Se syndiquer est aussi un devoir de solidarité. Ce n'est pas très correct de profiter des avancées qu'ont obtenues les syndiqués sans en faire partie. Je souligne aussi qu'il est important que le syndicat reste indépendant des partis politiques».

Un Indien...
La prochaine étape dans les revendications de l'horlogerie? «Rendre la CCT de force obligatoire, sinon on risque de se faire grignoter ce que nous avons obtenu. Je souhaite aussi que l'on précise certains points de la CCT, comme ceux portant sur les certificats en cas de soins ambulatoires. Il faut être très vigilant dans nos formulations car en face, ils ont des juristes qui n'hésitent pas à profiter de la moindre petite faille.»
Le jeune mécanicien porte un regard critique sur la société actuelle. «Les gens sont en général devenus trop individualistes. Le monde peut s'écrouler autour d'eux, ils s'en fichent pourvu qu'ils aient leur iPhone. Ils se font bourrer la tête par la télé et les médias qui donnent de l'importance à ce qui n'en a pas. Nabila devient une vedette pour une petite phrase superficielle tandis que le respect et le sens de la solidarité se perdent. On est dans une société qui crée le besoin jusqu'à l'absurde. Au fond, je suis un Indien. J'aime les valeurs humaines, la beauté de la nature et l'authenticité.»


Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 40 du 2 octobre 2013

 
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