Ouverture des magasins l'offensive continue
Moins de trois jours après le vote sur les shops une nouvelle motion du valaisan Yannick Buttet a été adoptée

Moins de trois jours après le vote sur les shops des stations-service, une nouvelle motion, du Valaisan Yannick Buttet, a été adoptée par le Conseil national. Et la droite prétend qu'il ne s'agit pas d'une tactique du salami...

Il n'aura pas fallu longtemps aux libéralisateurs des horaires de magasins pour lancer une nouvelle attaque contre la protection de la santé des travailleurs dont est garante la loi sur le travail. Moins de trois jours après la votation du 22 septembre sur la modification de cette loi permettant aux magasins des stations-service situés sur les grands axes routiers d'ouvrir 24h sur 24, la droite du Conseil national a frappé une nouvelle fois. Le mercredi 25 septembre, par 105 voix contre 67, les parlementaires ont accepté la motion du démocrate-chrétien valaisan Yannick Buttet demandant d'autoriser le travail du dimanche et des jours fériés dans les magasins situés dans les «zones périphériques». Le Valaisan argumente qu'en raison d'exceptions déjà existantes pour les commerces dans les gares, les stations-service, les boulangeries, les kiosques ou encore dans les régions touristiques, il faut étendre ces exceptions aux petits commerces de proximité situés dans les zones périphériques.
Cette motion a suscité de vives réactions dans les rangs des opposants à la déréglementation, au Conseil national d'abord, puis dans les rangs syndicaux.

Addition de petites flexibilités
«Monsieur Buttet, vous parliez du besoin du concitoyen habitant dans la périphérie de pouvoir aller faire ses courses le dimanche. Pourtant le Valais, canton périphérique, a dit non à la libéralisation des heures d'ouverture des shops des stations-service», a lancé la socialiste vaudoise Ada Marra dans l'hémicycle. Le canton du Valais avait en effet rejeté trois jours auparavant, par 56,7% des voix, la révision de la loi sur le travail. Au démocrate-chrétien niant vouloir davantage de libéralisation mais expliquant qu'il souhaitait contribuer au maintien des petits commerces dans les villages, le socialiste Jean Christophe Schwaab a rétorqué: «Monsieur Buttet, vous dites que votre motion n'a pour seul but qu'une petite flexibilité. Mais n'avez-vous pas compris que c'est l'addition de ces petites flexibilités - les motions Lombardi, Abate, la vôtre - qui nous mènent vers des horaires d'ouverture sans limites?»
Après le vote du Conseil national, l'Alliance pour le dimanche, rassemblant les syndicats, dont Unia, et une vingtaine d'autres associations, a dénoncé une remise en question «injustifiable du seul jour de la semaine réservé prioritairement aux activités sociales et familiales» qui, de plus, ne répond à «aucun besoin économique avéré». L'Alliance a également protesté contre ce pas supplémentaire dans «la tactique du salami qui vise à vider de son contenu l'interdiction du travail du dimanche étape par étape, tantôt en court-circuitant la démocratie (comme c'est le cas de la motion Abate qui permettra au Conseil fédéral de modifier l'ordonnance sans que le peuple n'ait son mot à dire, ndlr), tantôt en invoquant des prétextes fallacieux».

Mensonges éhontés
Par la voix de son responsable de l'information, l'USS a aussi vivement réagi contre le vote du Parlement. «La majorité de droite du Conseil national n'aurait pratiquement pas pu être plus rapide ni plus claire pour confirmer que nous avions raison avec notre thèse de la brèche. Un peu plus de 72 heures seulement après la votation, elle a en effet déjà entamé une nouvelle étape dans l'extension des heures d'ouverture des commerces», écrit Thomas Zimmermann dans le bulletin uss-infos. Avant d'ajouter: «Toutes les protestations émises par les dérégulateurs avant la dernière votation, selon lesquelles ils n'appliqueraient pas de tactique du salami, ne s'avèrent donc être que des mensonges éhontés destinés à calmer une population critique à l'égard des libéralisations. A elle seule, l'importante proportion de non (44%) lors du récent scrutin qualifié de "bagatelle" ou de "question de détail" par les dérégulateurs montre bien à quel point le peuple regarde d'un œil critique les nouvelles prolongations des heures d'ouverture des commerces.» Alors que le Conseil des Etats doit encore se prononcer sur la motion Buttet, une chose reste sûre: la lutte contre la déréglementation et les attaques contre la loi sur le travail va se poursuivre...


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 41 du 9 octobre 2013

 
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