J'espère rendre le monde un peu meilleur
Titulaire d'un master interdisciplinaire en études du développement et géographe, P. Briod fait de l'engagement son moteur

De l'énergie à revendre, un grand cœur et des idées plein la tête... Une passion pour les voyages et une forte sensibilité aux problèmes de développement dans les pays du Sud... A 24 ans, Pascal Briod a déjà souvent roulé sa bosse à l'étranger. Et eu l'occasion, à plusieurs reprises, de concevoir ou de participer à des projets solidaires. Une vocation humanitaire qui plante ses racines dans l'enfance. Gamin, Pascal Briod est touché par le récit d'une tante qui travaille alors dans un foyer d'accueil à N'tolo, un village du Cameroun. Sa parente raconte que les pensionnaires prennent leur premier repas seulement en milieu de l'après-midi, de retour de l'école, faute de moyens. «Avec mon frère puis des cousins et amis, on a décidé de mettre de l'argent de poche de côté pour offrir des petits déjeuners à ces enfants. Nous économisions 20 centimes par semaine et sollicitions aussi la famille pour les aider», se souvient Pascal Briod.

Initiatives solidaires
Au fil des ans, la démarche prend de l'ampleur. La récolte de fonds élargie va ainsi permettre à Direction N'tolo - nom donné à l'ONG créée en 1998 - de financer la construction d'un foyer culturel que Pascal découvrira lors d'un séjour sur place. «Ce qui m'a alors le plus frappé? Les différences au niveau de l'organisation, des transports, compliqués, et la question de la ponctualité. Mais aussi les points communs que nous avions avec ces jeunes, en dépit d'un contexte sans rapport avec le nôtre. Nous sommes devenus des amis», relate Pascal Briod relevant que depuis, l'ONG finance aussi des systèmes de microcrédit pour soutenir des initiatives entrepreneuriales et des bourses d'études. De son côté, le jeune homme a poursuivi ses visées solidaires à travers de nouvelles entreprises. Parmi celles-ci, la création avec son frère et un ami d'un site Internet, TawiPay, qui a pour vocation de faciliter le choix de prestataires lors de transfert d'argent à l'étranger.

Faciliter la vie des migrants
«Cette idée a germé lors d'un week-end organisé par l'EPFL et consacré au lancement de start-up. Nous avons décidé de mettre au point un comparateur en ligne clair, transparent, pour aider les migrants qui envoient de l'argent dans les pays du Sud à choisir la meilleure option pour cette transaction, en évitant des taxes trop lourdes, les frais cachés... Des milliards de francs transitent chaque année via des sociétés spécialisées sur ce marché. Des sommes énormes sont prélevées pour ces opérations», déclare Pascal Briod qui déplore ce manque à gagner pour les destinataires. «Selon plusieurs études, ces derniers utilisent ces capitaux pour la santé, l'éducation, les petites entreprises et 20% pour des cas d'urgence. En réduisant les frais, on augmente d'autant les montants reçus.» En marge de cette activité, Pascal Briod est assistant de projet à la fondation genevoise Antenna, spécialisée dans le développement et la diffusion de nouvelles technologies pour les pays du Sud.

Utopiste pragmatique
«Je travaille actuellement sur un prototype de kit solaire destiné à l'éclairage de pièces et au chargement de téléphones portables. Il s'agit là d'une bonne alternative aux lampes à pétrole, chères, dangereuses et polluantes de surcroît.» Un produit qui ne s'apparente pas à du luxe pour Pascal Briod, estimant que l'énergie fait partie des besoins primaires des personnes. «Ce kit permettrait par exemple d'étudier le soir dans les lieux privés d'électricité ou de prolonger les heures de productivité d'un commerce. Il pourrait aussi constituer une source de revenus pour son détenteur qui chargerait les téléphones portables du voisinage», s'enthousiasme le jeune homme qui voit un fort potentiel dans l'entrepreneuriat social, s'interrogeant aussi sur la cohérence des politiques publiques Nord-Sud. «Quelle part de notre prospérité se fait au détriment du développement des pays du Sud?» Des questions où s'immiscent aussi largement celles liées à l'environnement et le développement durable qui n'empêchent pas cet utopiste de se montrer optimiste, lui qui affirme avoir foi en l'être humain. Et rêve d'apporter sa pierre à la construction d'un monde meilleur en usant de moyens pragmatiques.

Eloge de la lenteur
En marge de ces activités professionnelles, le titulaire d'un bachelor en géographie et sciences de l'environnement et d'un master interdisciplinaire en études du développement se passionne aussi pour les voyages - qui le ressourcent - et l'écriture, support à ceux-ci. En 2011, il s'est rendu en Turquie avec un ami à vélo. «Le monde bougeait lentement, à chaque tour de roue, avec une vue continue et sans le choc d'une arrivée brutale», relate ce fan de la petite reine qui s'est déjà pas mal baladé sur la planète mais pas encore en Amérique du Sud. «A la fin de mon contrat à Antenna, ce mois-ci, et après mon service civil à l'Office cantonal de l'énergie, je jetterai quelques épingles sur ce continent et départ...» se réjouit cet aventurier dans l'âme. Qui mise sur sa botte secrète, en d'autres termes son interdisciplinarité, pour trouver à son retour un travail faisant sens dans les problématiques lui tenant à cœur. Gageons, même si le jeu de mots est facile, qu'il y parviendra avec brio...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 41 du 9 octobre 2013

 
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