Unia obtient 700'000 francs d'arriérés de salaire pour des travailleurs lésés
Le syndicat a suspendu un chantier de la gare centrale de Zurich et exigé que les CFF règlent la situation de faux indépendants

Après avoir découvert le 17 octobre la présence de «faux indépendants» polonais sous-payés sur l'un des chantiers de la gare centrale de Zurich, et face à l'inaction du canton et des CFF, Unia a décidé d'interrompre les travaux. Le syndicat, qui exigeait que les travailleurs concernés, depuis renvoyés en Pologne, soient indemnisés pour le travail accompli depuis des mois, a obtenu gain de cause. L'entreprise sous-traitante s'est engagée à leur verser rétroactivement 700000 francs d'arriérés de salaire d'ici début novembre. Récit d'une semaine agitée.

Le 17 octobre, un nouveau cas de sous-enchère salariale a été décelé sur l'un des chantiers de la gare principale de Zurich. Il s'est avéré lors du contrôle qu'un groupe de 20 à 30 travailleurs chargés de l'isolation et de la protection des incendies étaient en réalité de «faux indépendants» polonais, présents depuis plusieurs mois sur le chantier, œuvrant 60 heures par semaine, et payés entre 5 et 11 euros de l'heure. Soit environ 3000 francs par mois alors que selon Unia, ces derniers auraient dû être rémunérés plus de 30 francs de l'heure.
En réalité, les faux entrepreneurs travaillaient pour le compte d'un sous-traitant suisse, l'entreprise AB Brandschutz AG, basée à Winterthour. «Leur devis était un million de francs moins cher que ceux des concurrents, cela aurait dû mettre la puce à l'oreille aux CFF qui se sont montrés négligents», avait alors accusé Roman Burger, responsable d'Unia Zurich-Schaffhouse.

Ouvriers chassés
Après avoir dénoncé ce cas auprès des CFF - le maître d'ouvrage - et de l'Office cantonal zurichois de l'économie et du travail, le syndicat a menacé de fermer le chantier si aucune mesure n'était prise d'ici le 21 octobre. C'est-à-dire rétablir des conditions de travail acceptables et verser des salaires corrects. Entre temps, les travailleurs concernés ont été renvoyés en Pologne, sans toucher leur salaire, et remplacés par une nouvelle entreprise. Une attitude jugée «inacceptable» par Unia, qui a décidé de suspendre les travaux dès le 22 octobre face à l'immobilisme du canton et des CFF, qui n'avaient, sans surprise, pas donné suite à sa demande. «Nous exigeons que les arriérés de salaire soient versés aux travailleurs lésés, sans quoi les travaux du chantier resteront suspendus», rapportait alors Silva Müller-Devaud, porte-parole d'Unia.

Négociations ouvertes
L'interruption du chantier aura porté ses fruits puisque les CFF ont accepté, quelques heures plus tard, de reprendre les discussions avec le syndicat. AB Brandschutz AG s'est, quant à elle, engagée à fournir la liste exhaustive de ses collaborateurs, comme le réclamait Unia. Un accord a finalement été trouvé dans la nuit du 23 au 24 octobre. L'entreprise susnommée a accepté de verser rétroactivement les salaires dus à hauteur de 700000 francs: un premier acompte de 5000 francs est déjà parvenu à chaque travailleur et le solde des créances salariales sera versé d'ici à début novembre. «En acceptant de payer tous les arriérés de salaire, nous apportons la preuve de notre engagement pour les collaborateurs ainsi que notre souci de réparer les erreurs de nos sous-traitants» s'est exprimé Markus Hungerbühler, d'AB Brandschutz AG, dans un communiqué de presse commun.

Renforcer les mesures d'accompagnement
De son côté, Roman Burger se dit satisfait de l'issue du conflit et du fait que les travailleurs concernés soient correctement rémunérés, mais rappelle qu'il ne s'agit pas d'un cas isolé. «Cet exemple reflète parfaitement la manière dont les chaînes de sous-traitance permettent de contourner systématiquement les conditions de travail en vigueur en Suisse. D'où la nécessité d'un net durcissement des mesures d'accompagnement, afin d'empêcher que des incidents semblables ne se reproduisent. C'est l'unique manière de respecter la promesse faite de protéger les salaires en Suisse malgré la libre circulation des personnes.» Les travaux de protection contre les incendies ont pu reprendre sur le chantier. 


Manon Todesco

 

Edition n° 44 du 30 octobre 2013

 
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