Oui à une CCT pour le commerce de détail neuchâtelois
Cette CCT passe par l'acceptation le 24 novembre de la loi sur les heures d'ouverture. Les syndicats appellent à voter oui

La Convention collective de travail (CCT) cantonale pour le commerce de détail de Neuchâtel permettra d'améliorer considérablement les salaires et les conditions de travail du personnel. Sa mise en œuvre dépend toutefois de l'acceptation par le peuple d'une loi prévoyant un élargissement modéré des heures d'ouverture des commerces. Unia et l'Union syndicale cantonale neuchâteloise appellent à voter oui car les avantages d'une CCT l'emportent sur le reste.

On est à bout touchant. Cela fait plus de dix ans que le personnel et le syndicat se battent pour une convention collective de travail cantonale dans le commerce de détail neuchâtelois. «En 2002, les employeurs demandaient des ouvertures des magasins allant de 5 à 22 heures tout en rejetant l'idée d'une CCT», rappelle David Taillard, syndicaliste à Unia et président de l'Union syndicale cantonale. Or aujourd'hui à l'issue de négociations serrées et de l'intervention de l'Etat, la convention est enfin sous toit. Mais elle n'entrera en vigueur que si la nouvelle loi sur les heures d'ouverture des magasins est acceptée en votation, le 24 novembre.

Fini le travail sur appel
Unia et l'Union syndicale cantonale mettent clairement la priorité sur la Convention collective. Certes, l'ouverture des commerces serait prolongée d'une demi-heure en semaine et d'une heure le samedi mais en revanche, les horaires de travail pour le personnel non conventionné seront largement réduits. «La CCT fixe la semaine de travail à 42 heures alors qu'elle est aujourd'hui de 45 heures, sans compter que dans certains commerces, les vendeuses doivent en plus rester tard le soir pour le rangement, les nettoyages ou les commandes. Je connais des collègues qui font plus de 50 heures par semaine», constate Isabelle Gouveia Alves, vendeuse en parfumerie. «Pour nous, ce léger élargissement des heures d'ouverture n'est qu'une toute petite concession comparée aux avantages qu'on obtiendra.» Cette CCT approuvée par les assemblées du personnel met également fin au travail sur appel. Elle prévoit en outre 5 semaines de vacances, un samedi de congé, des congés maternité élargis ainsi qu'une assurance perte de gain de 720 jours.
Côté salaire la CCT prévoit des minimas allant de 19 à 23 francs l'heure. «Dans le canton, plus de 75% des vendeuses non qualifiées (et 50% des vendeurs) gagnent moins que le minimum prévu dans la CCT», souligne Catherine Laubscher, secrétaire régionale d'Unia Région Neuchâtel. «Pour les qualifiés avec 5 ans d'expérience, cette proportion s'élève à presque 50% des vendeuses et 25% des vendeurs. Et n'oublions pas qu'il existe encore des salaires de 2200 francs. Cette convention représente donc un grand progrès et une protection contre le dumping.»

«Un bon compromis»
Ancien vendeur chez Coop, Daniel Droz ajoute que l'on pourra toujours rehausser ces salaires minimaux et améliorer cette CCT au fil du temps et des futures négociations: «Il s'agit d'une fondation solide. Ensuite, on pourra y ajouter des étages».
Co-présidente d'Unia, Vania Alleva salue cette convention collective. «C'est une étape importante pour l'amélioration des conditions de travail dans la branche. Il faut savoir que dans le commerce de détail en Suisse, 120 000 employés sur 300 000 travaillent sans protection contraignante. C'est par le biais de conventions comme celles-ci que l'on peut faire avancer le débat sur des négociations nationales.»
S'agissant des horaires d'ouverture, Vania Alleva note que dans la plupart des cas, elles ont été libéralisées de manière extrême et sans aucune contrepartie portant sur les conditions de travail. «Le modèle neuchâtelois est un bon compromis. Il démontre que des solutions alliant des ouvertures mesurées des magasins et des améliorations des conditions de travail sont possibles.»


Pierre Noverraz

 

Edition n° 44 du 30 octobre 2013

 
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