Bangladesh six mois après
Après l'effondrement de l'immeuble du Rana Plaza les conditions sont encore loin d'être améliorées dans les ateliers textiles

Le 24 octobre marquait le triste anniversaire du sixième mois de l'effondrement meurtrier du Rana Plaza à Dacca, tuant plus de 1100 ouvrières et ouvriers et en blessant plus du double. Depuis, un accord avec les marques a été passé par les syndicats mondiaux. Au Bangladesh, une fédération syndicale nationale appelle le gouvernement à ratifier la Convention 155 de l'OIT sur la sécurité au travail.

Il y a six mois, le 24 avril 2013, l'immeuble Rana Plaza abritant des ateliers textiles à Dacca s'effondrait, tuant 1133 travailleurs et faisant 2438 blessés, en majorité des femmes. Depuis, rien n'est réglé au Bangladesh. De nouveaux accidents ont eu lieu dans ce pays où 4 millions d'ouvrières et d'ouvriers s'activent dans 4500 ateliers pour fabriquer les vêtements des multinationales de l'habillement. Dans la nuit du 8 au 9 octobre dernier, un incendie s'est produit dans une usine du district de Gazipur près de Dacca, la capitale, tuant au moins 9 personnes et faisant une cinquantaine de blessés. Cet atelier travaillait en sous-traitance pour des fournisseurs des grandes marques.
Après le drame du Rana Plaza, des milliers de travailleurs du textile avaient manifesté pour exiger l'arrestation et la condamnation des propriétaires de l'immeuble, des ateliers et des membres des autorités de contrôle, l'indemnisation des familles des victimes ainsi que des changements dans la législation sur le travail pour garantir aux travailleurs la sécurité sur leur lieu de travail, un salaire vital, le respect de la liberté syndicale et du droit de négocier collectivement. Ces manifestations avaient été réprimées par les tirs des forces de l'ordre.
Dans les semaines qui ont suivi, et face à l'indignation soulevée partout dans le monde par l'effondrement du Rana Plaza, les syndicats mondiaux Industriall et Uni Global Union ont entrepris des démarches avec les multinationales de l'habillement en vue de conclure un accord sur la sécurité. Cet accord est signé aujourd'hui par 100 marques et couvre la moitié des travailleurs du textile employés dans 1600 ateliers. Cautionné par des ONG et «présidé» par l'Organisation internationale du travail (OIT), cet accord engage les marques signataires à effectuer les changements nécessaires afin d'assurer la sécurité chez leurs fournisseurs. Cependant, cet accord n'implique pas le Gouvernement du Bangladesh, ni les syndicats locaux.

Loi sur le travail péjorée...
En juillet passé, le Gouvernement bangladeshi a modifié sa loi sur le travail. Une modification condamnée par toutes les organisations syndicales du Bangladesh car contraire aux intérêts des travailleurs et aux droits syndicaux. Ainsi, il ne sera possible de constituer un syndicat que si 30% du personnel de l'entreprise s'est prononcé pour sa constitution. D'autre part, les indemnités en cas de licenciement ont été gravement péjorées: du droit à un mois de salaire par année de travail après un an au sein de l'entreprise, les ouvriers n'auront droit qu'à un demi-mois après avoir travaillé durant 12 ans dans le même atelier! Une disposition qui fera le bonheur des exploitants du textile, branche où le taux de rotation du personnel est très élevé...
Du côté des salaires, extrêmement bas puisqu'ils sont d'environ 30 euros par mois (3000 takas), aucune véritable amélioration n'a été octroyée. Fin septembre, une vague de grèves a déferlé sur le pays. Les travailleurs du textile protestaient contre l'indigence d'une proposition des associations d'employeurs d'augmenter leur salaire de 6 euros par mois (600 takas), alors qu'ils exigent un salaire minimum vital d'au moins 8000 takas (environ 80 euros).

Pour une délégation à l'OIT
Ces salaires de misère ont permis au Bangladesh de devenir le 2e exportateur de vêtements après la Chine. Un triste classement, expliquant les drames à répétition ayant lieu dans les usines de textile, comme le résumait l'une des organisations syndicales du pays, la Bangladesh Jatiyo Sramik Federation (Fédération nationale des travailleurs du Bangladesh) peu après le drame du Rana Plaza: «Ce qui s'est passé n'est pas un accident. C'est un meurtre. C'est un meurtre au nom du maintien aussi bas que possible du "coût du travail", au nom de la compétitivité.» La fédération avait dénoncé le non-respect des règles de sécurité les plus élémentaires définies par la loi et par les conventions de l'OIT. Elle exige notamment que le Bangladesh ratifie et applique la Convention n°155 de l'OIT sur la sécurité et la santé des travailleurs. Dans ce but, elle a lancé un appel au mouvement ouvrier du monde entier pour soutenir sa revendication et permettre à une délégation syndicale du Bangladesh d'être reçue par les instances de l'OIT. Répondant à cet appel, des syndicalistes d'une trentaine de pays, réunis en juin dernier à Genève dans le cadre d'une rencontre mise sur pied par l'Entente internationale des travailleurs, ont constitué un comité international d'accueil de cette délégation*. Le comité lance à son tour un appel à soutenir la venue en Europe et à Genève, siège de l'OIT, des syndicalistes du Bangladesh.
Sylviane Herranz

* Informations auprès de l'Entente internationale des travailleurs et des peuples: eit.ilc@fr.oleane.com

 

Edition n° 45 du 6 novembre 2013

 
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