Appelez-le président
Militant au long cours, Willy Kohli revient sur son parcours syndical professionnel et politique

Willy Kohli n'est pas arrivé les mains vides à l'interview. Sur quelques feuilles volantes, il a noté d'une écriture soignée les principaux engagements syndicaux, professionnels et politiques qu'il a pris tout au long de sa vie. Et déroule sous ses yeux bleus cet aide-mémoire bienvenu au regard de leur multitude. Car l'homme, depuis l'âge de 18 ans, n'a eu de cesse d'œuvrer pour la défense des droits des salariés, passant d'une organisation des travailleurs à une autre, en fonction des différents métiers qu'il a exercés. Et cumulant différentes responsabilités.
Willy Kohli entre dans la vie active en effectuant un apprentissage de maréchal forgeron. Une activité qui ne l'intéresse «pas plus que ça» mais ses oncles, dans la cavalerie, possèdent des chevaux... Après un passage aux Ateliers mécaniques à Vevey, il est employé comme mécanicien à la Grande Dixence, à la Tour à béton de Blava. Une expérience qu'il n'est pas prêt d'oublier. Et pour cause. Il aura alors l'occasion de sauver la vie à un jeune collègue italien, en 1954. «J'ai remarqué qu'il avait disparu et donné l'ordre d'arrêter les machines.» Un geste éclairé, l'ouvrier, victime d'un accident, ayant été retrouvé blessé et inconscient sous un amas de pierres. «Sans cette interruption, il serait mort» raconte le retraité de 81 ans ému par ce souvenir qu'il classe au rang de ses plus belles actions. Ironie du sort, cette même année, il aura aussi porté secours à un autre travailleur tombé dans un trou de 20 mètres. Une chute néanmoins freinée par une grille... «Je l'ai entendu crier et l'ai sorti de cette mauvaise passe. Il s'en est tiré avec deux bras cassés.» Deux événements qu'il explique, humble, par son talent d'observateur.

Un engagement naturel
Au terme d'un nouvel emploi dans l'électrochimie, à Bex, l'homme rejoint les Forces motrices de l'Avançon pour lesquelles il travaille durant neuf ans. «Il faut dire qu'à l'époque, il était facile de changer de job.» Ce nouveau poste l'enchante pour la liberté qu'il lui offre. Mais son patron lui ayant refusé une augmentation de salaire, il démissionne et postule, avec succès, à la Ciba à Monthey comme serrurier-tuyauteur. Une entreprise qu'il ne quittera plus jusqu'à la retraite. Dans l'intervalle, Willy Kohli a milité au sein de la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l'horlogerie puis au SEV, le syndicat des cheminots. Aussi, entre-t-il naturellement à la Fédération du personnel du textile, de la chimie et du papier (FTCP, aujourd'hui Unia) et devient responsable de la section de Monthey pour la Ciba, la Raffinerie et Djeva avant d'être élu président de la commission des travailleurs et président du comité romand. «J'ai toujours été syndiqué depuis mon entrée dans la vie professionnelle. Pour moi, il est normal de vouloir s'engager pour les autres. Quand je rencontre des problèmes, je fonce pour trouver des arrangements.»

Dans la vie et sur la scène
Au chapitre de ses plus grandes victoires, figure une bataille menée dans les années nonante pour une hausse des salaires à la Ciba. «Nous étions 5000 à défiler à Bâle. J'ai pris la parole devant cette foule pour défendre ses droits. J'ai même discuté avec Ruth Dreifuss», se remémore, de l'émotion dans la voix, Willy Kohli qui aura aussi eu l'occasion, lors d'un entretien télévisé, d'échanger avec Lech Walesa. Son engagement inconditionnel s'est également soldé par un fort taux de syndicalisation de sa section: de 350 membres en 1979, le chiffre a progressé à quelque 800, en 1987. Le résultat d'une force de persuasion contagieuse et d'un bagout que Willy Kohli attribue aussi à sa passion du théâtre. «J'ai longtemps été membre d'une troupe. Le jeu de comédien entretient l'esprit et aide à prendre de l'assurance. Aussi lors de négociations», affirme le militant au long cours, d'une nature optimiste et combative, même s'il affirme n'avoir jamais transgressé les frontières de la diplomatie. Une qualité qui aura été utile dans le cadre de ses différents mandats politiques, l'homme ayant notamment occupé la fonction de président de la commune de Bex, en 1978 et 1979. Comme celle, dix ans durant, du Parti socialiste local et d'ancien juge assesseur ou encore de membre du Conseil de paroisse. «Ma foi a compté dans mon engagement», confie-t-il.

L'air et la chanson
On ne saurait présenter Willy Kohli sans mentionner aussi son goût des voyages, lui qui a visité de nombreux pays et garde notamment un souvenir lumineux du Canada. «La raison? La gentillesse et l'hospitalité des gens», relève le retraité qui estime néanmoins qu'il fait bon vivre dans nos frontières. Même s'il regrette que la Suisse ait refusé d'adhérer à l'Union européenne. On ne saurait non plus faire l'impasse sur la compréhension de sa famille - Willy Kohli est marié et père de deux enfants - et en particulier de son épouse qui, en dépit de ses fréquentes absences, l'a toujours encouragé à poursuivre ses visées solidaires. Et enfin, non des moindres, d'omettre de mentionner son amour du chant, lui qui a présidé, 35 ans durant, le chœur mixte de Fenalet-sur-Bex. Au fond, pour résumer, on pourrait se contenter d'appeler cet infatigable militant aux nombreuses casquettes... président au grand cœur. Chapeau bas!

Sonya Mermoud

 

Edition n° 45 du 6 novembre 2013

 
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