Non aux attaques contre les plus pauvres
Après Fribourg et Berne, la population neuchâteloise s'est mobilisée pour dire son refus du programme cantonal d'austérité

A La Chaux-de-Fonds, 600 personnes ont manifesté il y a 10 jours contre la politique d'austérité du gouvernement cantonal. Les coupures budgétaires touchant au social, à la santé, à l'éducation et aux conditions de travail se répandent partout en Suisse. L'Union syndicale suisse estime que cette politique est erronée et fondée sur des hypothèses trop pessimistes.

La lame affûtée de l'austérité budgétaire s'abat sur les budgets de nombreux cantons et suscite partout de vastes mouvements de mécontentement. Après Fribourg qui a décidé, entre autres, de baisser les salaires des fonctionnaires, et Berne dont les coupes programmées vont toucher dramatiquement la santé, le social et la formation (voir L'ES du 13 novembre), c'est maintenant le canton de Neuchâtel qui s'apprête à voter, les 2 et 3 décembre, un budget d'austérité frappant les plus pauvres. Un budget porté par le gouvernement à majorité socialiste élu ce printemps.
Il y a 10 jours, le samedi 16 novembre, 600 personnes manifestaient à La Chaux-de-Fonds, à l'appel des syndicats du canton, des partis socialiste, POP, Verts et Solidarités, et d'autres mouvements associatifs, contre les mesures d'austérité prévues. Celles-ci toucheront l'aide sociale aux jeunes jusqu'à 35 ans. Les prestations dans ce domaine diminueront de 4 millions de francs. Les salaires du personnel administratif et des enseignants vont baisser, avec l'imposition d'une indexation négative de 0,32%. Ceux du personnel de la santé et des établissements spécialisés seront bloqués pour deux ans, le Conseil d'Etat effectuant en plus un chantage au déblocage en 2015 en exigeant des partenaires sociaux la renégociation à la baisse de la CCT Santé 21 et de celle des établissements spécialisés. Rappelons que la CCT Santé 21 avait été résiliée, avec la bénédiction du Conseil d'Etat précédent, par l'hôpital de la Providence en vue de son rachat par le groupe Genolier. Cette dénonciation avait déclenché, il y a juste une année, la longue grève pour le maintien de la CCT dans cet hôpital subventionné par l'Etat. Grève ayant pris fin après le scandaleux licenciement des 22 grévistes début février 2013.

Ministre socialiste conspué
A La Chaux-de-Fonds, le 16 novembre, les manifestants ont vivement dénoncé les coupes budgétaires touchant la population la plus précarisée du canton et les attaques contre la CCT Santé 21. Lors des prises de parole, le président du Conseil d'Etat, le socialiste Laurent Kurth en charge des finances et de la santé, a tenté de justifier sa politique. Il s'est fait copieusement huer et chahuter par une foule en colère qui n'a pas hésité à rétorquer en chantant L'Internationale. Les manifestants se sont ensuite donné rendez-vous lors de la discussion et du vote du budget par le Grand Conseil lundi et mardi prochain*.

L'USS exige un changement de politique
L'austérité budgétaire était aussi à l'ordre du jour de l'Assemblée des délégués de l'Union syndicale suisse (USS) réunie le 8 novembre dernier. A cette occasion, les délégués ont «exigé des cantons qu'ils changent de politique financière et fiscale». Dans un communiqué, l'USS explique que la situation des cantons «est nettement meilleure que ce qu'en dit leur gouvernement». En dramatisant la situation, ces derniers se permettent ensuite de tailler dans les budgets. Une récente étude de l'USS montre qu'entre 1999 et 2012, les comptes des cantons ont chaque fois été meilleurs que ce qui avait été prévu. «Durant cette période, tous les cantons ont budgétisé un déficit pour chaque année. Or, pour neuf de ces douze années, ils ont finalement enregistré des excédents.» L'USS estime donc que les budgets et plans financiers ne doivent pas servir de base à des programmes d'austérité.
Elle ajoute que si l'on ne tient pas compte de la baisse provisoire des recettes due à la conjoncture, les rentrées et les dépenses sont équilibrées dans la plupart des cantons. Et s'il existe des déficits structurels, c'est là où le taux d'impôt est «extrêmement bas». Pour y remédier, revendique-t-elle, «ces cantons doivent revenir sur les baisses d'impôts décidées par le passé».


Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 48 du 27 novembre 2013

 
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