Protéger les salaires au lieu des frontières
Les syndicats genevois ont lancé leur campagne contre l'initiative UDC contre l'immigration massive

Alors qu'en février le peuple devra se prononcer sur l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse», la Communauté genevoise d'action syndicale a lancé le 26 novembre sa campagne pour la contrer. Pour la faîtière, cette mesure «xénophobe» induirait un retour au statut de saisonnier et à une précarisation des immigrés. Selon les syndicats, le seul moyen de combattre les abus patronaux, ce n'est pas le contrôle des frontières mais celui des conditions de travail dans les entreprises. Dans ce contexte, une pétition a aussi été adressée au Grand Conseil afin qu'il accélère le traitement de l'initiative 151, bloquée par un recours patronal.

«La Suisse n'a pas un problème d'immigration mais de pression sur les salaires dont les responsables ne sont pas les travailleurs immigrés mais les patrons qui abusent de la mise en concurrence», a déclaré Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia et président de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS) lors d'une conférence de presse le 26 novembre, marquant le lancement de la campagne des syndicats genevois contre l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse». Alors que cette dernière sera soumise au peuple suisse en février 2014, la stratégie pour contrer cette mesure jugée «xénophobe» est en marche. Le ton est donné.
La CGAS s'érige d'abord contre le retour au statut de saisonnier - que les syndicats ont combattu pendant des décennies - que ces contingents pourraient créer et donc à la précarisation des travailleurs. Mais aussi contre les entraves au regroupement familial annoncées si le texte est accepté. Au-delà de la défense des droits humains, capitale, la CGAS insiste sur l'enjeu syndical de ce dossier. «C'est une initiative anti-immigrés car elle vise à réduire leurs droits mais c'est aussi une mesure antisalariés, a soulevé Manuela Cattani, secrétaire centrale du SIT et vice-présidente de la CGAS. En mettant la pression sur les immigrés et donc sur tous les salariés, cette initiative vise à réduire à néant le peu de protection des travailleurs qui existe en Suisse.» D'après les syndicats genevois, le but de l'UDC à travers cette initiative est clair: abolir toute tentative de réglementer les conditions de travail en Suisse.

Renforcer les mesures d'accompagnement
«Le marché du travail, en Suisse et particulièrement à Genève, est soumis à de fortes pressions, à l'image du dumping, de la baisse du salaire médian ou encore de l'écroulement du salaire à l'embauche dans certains secteurs, continue Alessandro Pelizzari, mais ce ne sont pas les recettes de l'extrême droite qui vont apporter une solution.» Au lieu de fermer les frontières, la solution se trouve, selon la CGAS, dans le renforcement des mesures d'accompagnement. C'est-à-dire dans le durcissement des sanctions à l'encontre des patrons tricheurs et dans l'augmentation des contrôles sur les lieux de travail. En somme, ce que revendique l'initiative 151 (IN 151), déposée par la CGAS début 2012 et validée par le Grand Conseil le 30 novembre de la même année, mais dont le processus a été bloqué après que trois personnes issues du milieu patronal aient recouru contre le texte auprès du Tribunal fédéral (TF). Pour rappel, l'IN 151 propose de fixer un quota de 1 inspecteur pour 10000 places de travail à Genève, alors qu'il y en a actuellement 1 pour 20000, mais aussi de doubler le système d'inspection étatique d'un système d'inspection syndicale. «Le recours est pendant au niveau du TF, déplore Joël Varone, secrétaire syndical Unia et vice-président de la CGAS. Cela fait six mois que nous attendons des nouvelles.»

Remise d'une pétition
Dans ce contexte, la CGAS a adressé le 28 novembre une pétition à l'intention des députés du Grand Conseil les sommant, d'une part, de «s'enquérir auprès du TF des délais que ce dernier a encore besoin avant de rendre une décision sur le recours déposé par les représentants des milieux patronaux», et d'autre part, d'entamer immédiatement le traitement parlementaire de l'IN 151. La CGAS rappelle qu'au vu des dégâts causés par la sous-enchère salariale, il y a urgence à renforcer le dispositif de contrôle actuel. D'ailleurs, les conclusions de l'étude commandée par l'Etat genevois prouvant que plus les contrôles étaient efficaces, moins le dumping était présent dans le secteur ne font que le confirmer (voir L'ES du 11 septembre 2013). «Le parlement a deux options, résume Joël Varone. Soit il agit en renforçant les droits des salariés, soit il joue la montre...» Alessandro Pelizzari insiste lui sur l'urgence sociale. «Lors de la campagne électorale, aucun parti n'a nié l'existence du dumping: si ils le constatent, ils peuvent le combattre, au moins en ouvrant maintenant le débat.»


Manon Todesco

 

 

Edition n° 49 du 4 décembre 2013

 
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