Vaud: les ouvriers agricoles plantent le décor d'un meilleur contrat type de travail
Les ouvriers agricoles du canton de Vaud réclament un contrat type de travail amélioré avec une hausse du salaire minimum....

Unia et L'Autre syndicat ont présenté la semaine passée les revendications 2014 des ouvriers agricoles du canton de Vaud, objet de discussions actuelles avec les associations patronales et le Service de l'emploi. Les travailleurs de la branche réclament notamment une diminution des heures de travail hebdomadaires de 50 à 45 heures en moyenne et une augmentation des salaires minimums de 130 francs, encouragés par les succès obtenus par leurs homologues à Genève. Explications.

«Les ouvriers agricoles du canton de Vaud veulent de meilleures conditions de travail.» Unia et L'Autre syndicat ont organisé le 2 décembre dernier à Lausanne une conférence de presse afin de présenter les principales revendications des travailleurs de la branche. Ces dernières ont été discutées à la fin de la semaine passée avec des représentants des associations patronales et du Service de l'emploi. Elles portent en particulier sur la question des salaires et la durée du travail. «Les ouvriers réclament une réduction de l'horaire hebdomadaire de 50 à 45 heures en moyenne, comme c'est aujourd'hui le cas à Genève», a précisé Amilcar Cunha, responsable de l'agriculture à Unia Vaud. «Ils demandent également une augmentation de 130 francs du salaire minimum, s'élevant à 3320 francs, et la remise d'un décompte des heures travaillées. Ils doivent aussi bénéficier d'une meilleure information sur les possibilités d'aide pour payer l'assurance maladie.»

Conditions bien meilleures dans le bâtiment
Autant de requêtes formulées lors de deux réunions tenues en octobre par plus d'une trentaine d'employés du secteur. Des attentes qui s'inspirent des améliorations obtenues dans le canton de Genève où la Chambre des relations collectives de travail (CRCT) a procédé à une refonte complète du contrat type de travail dans l'agriculture (CTT-Agri). Avec, à la clef, une cinquième semaine de vacances pour les ouvriers de 50 ans et plus, des salaires qui augmentent au fil des ans et une durée de travail hebdomadaire de 45 heures en moyenne annuelle et de 50 au maximum, selon les saisons. Un dernier point contre lequel s'étaient battus AgriGenève et 64 employeurs, saisissant le Tribunal fédéral. En vain, ce dernier ayant rejeté le recours, tenant notamment compte de la pénibilité du métier. «Le TF a estimé ces 45 heures légitimes en raison des risques accrus de détérioration de la santé des travailleurs du domaine», a relevé Philippe Sauvin, de L'Autre syndicat, qualifiant de «pas historique» le contrat type signé à Genève. Et les intervenants de faire un comparatif entre les conditions de travail en vigueur dans le bâtiment et celles dans l'agriculture. «Les deux métiers sont comparables: très physiques, soumis aux intempéries et ont un haut taux d'accidents... Pourtant, les différences sont abyssales. Les conditions dans la construction sont deux fois meilleures que dans l'agriculture. Les autorités ont un devoir moral et politique de changer la donne.» Pour appuyer encore leurs dires, un travailleur du domaine a témoigné de la situation, et en particulier de la dureté du travail (voir ci-après).

Changements attendus
Dans ce contexte les représentants des deux syndicats comptent sur une ouverture des patrons vaudois de la branche et des autorités compétentes. «La discussion est lancée... On espère que des améliorations seront apportées l'an prochain. Mais ce dossier ne doit pas seulement être réglé au niveau cantonal mais national», a souligné Jean Kunz, responsable d'Unia Vaud. Une remarque d'autant plus pertinente que la Confédération soutient l'agriculture pour les années 2014 à 2017 par un montant de 14 milliards de francs. Sans compter les aides des cantons et communes en matière de paiements facilités d'impôts, d'allègements fiscaux... «Les travailleurs n'en profitent pas.»
Selon les statistiques 2012, le canton de Vaud compte 3945 exploitations agricoles. Plus de 4500 personnes, dont une proportion d'environ 2/3 d'étrangers et un tiers de Suisses, sont salariés du domaine. En comparaison européenne, les travailleurs de la branche font nettement plus d'heures par semaine que dans les pays voisins. «A titre d'exemple, la durée de travail hebdomadaire s'élève en France à 35 heures, à 40 heures en Espagne ou encore entre 38 et 40 heures en Allemagne», a chiffré Amilcar Cunha, se demandant pourquoi la loi sur le travail ne s'applique pas à l'agriculture.

Sonya Mermoud

 

 

«On est dehors par tous les temps»

Haxhi Hajdari, employé depuis 37 ans chez TCB, producteur de légumes à Noville, se bat pour ses collègues

Originaire du Kosovo, Haxhi Hajdari est arrivé en Suisse en 1976. Depuis, il n'a jamais cessé de travailler pour le même employeur, qu'il qualifie de «gentil». Au début, l'homme qui gère aujourd'hui une équipe de 23 personnes - dont essentiellement des Kosovars, Polonais, Portugais mais aussi des Suisses - gagnait 1300 francs par mois et travaillait 60 heures par semaine. «Les conditions étaient autrefois plus dures, notamment parce qu'on n'avait pas toutes ces machines, mais le travail reste pénible. On est dehors par tous les temps, qu'il neige, pleuve ou gèle. Mon épouse, qui œuvrait à mes côtés, est aujourd'hui à l'AI, le genou gauche foutu», témoigne cet homme qui, bien que robuste, a lui aussi, pour sa part, des prothèses aux genoux, héritage de la pénibilité du job. Et qui cite encore le cas d'un collègue souffrant terriblement du dos... «Mais aujourd'hui, en tant que chef, ma tâche est allégée. Je me bats néanmoins pour les autres», relève cet homme de 59 ans, père de trois enfants qui, aimant son métier, n'a jamais voulu en changer. Mais mise sur des améliorations. Haxhi Hajdari s'engage pour une réduction des heures de travail et une retraite à 60 ans. Il estime aussi que le salaire minimal doit être relevé, lui qui gagne actuellement 5700 francs par mois. «Un minimum de 3500 francs pour 45 heures par semaine serait un montant acceptable», chiffre le chef d'équipe, concluant encore qu'un contrat type de travail à l'image de celui en vigueur à Genève le satisferait dans un premier temps même s'il estime que le dossier doit être traité au niveau national.

SM

 

Edition n° 50 du 11 décembre 2013

 
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