Les grévistes tiennent bon
Près de 100 jours après le début du mouvement, pas question pour les grévistes de Gate Gourmet de lâcher le morceau

L'Événement syndical est allé à la rencontre des grévistes de Gate Gourmet le 10 décembre, lors de leur 88e jour de grève. Date à laquelle, aussi, a eu lieu le renouvellement du Conseil d'Etat genevois: un espoir pour les employés qui comptent sur le nouveau gouvernement pour débloquer la situation. Déterminés, même si fatigués, les grévistes continuent à lutter pour des conditions de travail dignes et espèrent toujours une issue positive au conflit. Témoignages.

«On tient le coup, il n'est pas question de lâcher!», lance Edith, dans le chalet qui fait office de piquet de grève aux employés de Gate Gourmet. Depuis bientôt 100 jours, les grévistes revendiquent le maintien des acquis de leur ancienne CCT et l'annulation des licenciements de six d'entre eux. Autour du poêle, les discussions vont bon train. D'autres profitent de quelques rayons de soleil transperçant le froid pour aller faire quelques paniers dehors, sur un terrain de basket improvisé. En plein bricolage, Edith nous confie son état d'esprit. «J'attends que les choses avancent, et j'ai l'espoir que tout cela finira bien.» Après 35 ans de service à l'aéroport, Edith n'envisage pas de travailler ailleurs. «Il faut que la direction comprenne qu'on veut retourner à notre ancienne CCT. Elle nous pousse à bout pour qu'on parte d'ici mais il ne faut pas lâcher, même si on est épuisé par moment et que l'on aimerait que cela s'arrête.» En face d'elle, Melete, chez Gate Gourmet depuis sept ans, décore aussi des bougies, distribuées aux passants du centre-ville lors d'une action pour «montrer qu'on existe encore, qu'on est toujours là». «Nous aimons notre boulot et ne demandons qu'à y retourner.» Les deux femmes se montrent toutefois sceptiques sur le sort qui leur sera réservé si elles réintègrent leur équipe. «Peut-être que nous serons mises de côté par les autres, les non-grévistes», s'interroge Edith. Pour sa part, Melete se dit optimiste en ce 10 décembre, jour de notre visite et jour de l'adoubement du nouveau Conseil d'Etat genevois: «J'ai confiance en le nouveau gouvernement pour qu'il corrige l'injustice dont nous sommes victimes. On compte sur lui!»
«Nous voudrions que le Conseil d'Etat fasse pression sur Gate Gourmet en le menaçant de lui retirer sa concession. En tout cas, c'est dans ses cordes», estime Dominique, délégué syndical chez Gate Gourmet. Selon lui, il se pourrait bien, en effet, que les choses bougent rapidement avec la prise de fonction du nouveau gouvernement, et notamment de Pierre Maudet, le nouveau président du conseil d'administration de Genève Aéroport qui reprendra le dossier derrière Isabel Rochat. A notre connaissance, plusieurs rencontres entre le conseiller d'Etat et le Syndicat des services publics (SSP) ont déjà eu lieu, et il serait fort probable que le premier propose un arbitrage ou une médiation pour venir à bout de ce conflit. Cette démonstration de volonté politique explique pourquoi les grévistes de Gate Gourmet ont renoncé à leur action lors de la cérémonie officielle d'investiture du nouvel exécutif. «Jusqu'au 20 décembre, on s'est engagé à ne pas faire de vague, ajoute Dominique. Si rien ne bouge d'ici là, on réactivera nos actions.» Cela dit, le délégué est confiant: «Il va se passer quelque chose rapidement, même si ce n'est pas sûr que cela nous plaise...» 


Manon Todesco


Fernand
«Aujourd'hui, on est déterminé à aller jusqu'au bout. On n'a plus rien à perdre. La grève est pesante car elle commence à être longue mais quand on voit que nos collègues qui ont signé les nouveaux contrats ont perdu 1000 francs de salaire par mois et que leur retraite passe de 1200 à 420 francs, on se dit qu'il est fondamental de résister. L'opinion publique commence à prendre conscience de notre mouvement. Ça prend de l'ampleur. Du coup, je suis plutôt confiant. On sera présent jusqu'à la dernière minute. Et si on trouve un terrain d'entente avec la direction, je serai évidemment prêt à retourner travailler pour Gate Gourmet.»


Nabil
«La grève n'est pas facile, mais on tient! On n'est pas "content" d'être là, mais il le faut. Même si nous n'aurons pas tout ce que l'on demande, nous espérons obtenir des améliorations de nos conditions de travail par rapport aux nouveaux contrats, tout en gardant nos salaires d'avant. Sans quoi, en tant que résidents suisses, on ne s'en sort plus financièrement. Au vu de la dégradation des conditions de travail de mes collègues, je cherche déjà du travail ailleurs. Et en parallèle, nous devons subir les plaintes pénales qui ont été déposées contre nous alors que nous n'avons rien fait. Ces accusations nous touchent car ce sont des mensonges*.»

* Lors d'une action des grévistes et du syndicat le 28 septembre dans les locaux de la direction, celle-ci a porté plainte pour violation de domicile et agression, et licencié six employés avec effet immédiat.


Dosito
«Nous sommes prêts à faire des sacrifices sur nos revendications, à laisser nos bonus d'ancienneté par exemple, mais on demande au moins de conserver nos salaires. Après 25 ans de boîte, il me manquait trois mois pour prendre ma retraite anticipée, mais Gate Gourmet m'a licencié et je me retrouve aujourd'hui au chômage.»

 

 

Soutenons les grévistes!
En solidarité avec les grévistes et le SSP, l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du catering, du tabac et des branches connexes (UITA) a lancé une campagne de soutien à la lutte contre la dégradation des conditions de travail chez Gate Gourmet et le mépris du partenariat social. Vous pouvez envoyer un message à la direction de Gate Gourmet par le site de l'UITA (www.iuf.org) ou exprimer votre soutien aux grévistes en passant au chalet, du lundi au samedi, devant Gate Gourmet (route de l'Aéroport 1, à Genève).
MT

Compte pour les dons: CCP 12-18077-3, mention grévistes Gate Gourmet.
Plus d'informations sous www.sspta.ch.

 

 

Edition n° 51/52 du 18 décembre 2013

 
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