Non à une révision sur le dos des femmes
Contrairement à ce qu'affirme Alain Berset les femmes seront gravement pénalisées par la révision de la prévoyance vieillesse

Le projet Prévoyance vieillesse 2020 promet une révision des deux piliers de l'assurance vieillesse favorable aux femmes. A y regarder de plus près, c'est tout le contraire qui se prépare, avec de nouvelles inégalités à la clé, sans compter la hausse de l'âge de la retraite de 64 à 65 ans. Corinne Schärer du comité directeur d'Unia, donne le point de vue des femmes sur cette réforme.

Non à une révision de la prévoyance professionnelle sur le dos des femmes! Réunies en congrès à Berne les 15 et 16 novembre, les femmes de l'Union syndicale suisse (USS) ont clairement affirmé leur opposition à la réforme globale de l'AVS et du 2e pilier présentée par le Conseil fédéral et son ministre socialiste Alain Berset. Ce projet, intitulé Prévoyance vieillesse 2020, dont les grandes lignes étaient déjà connues, a été mis en consultation le 20 novembre jusqu'à fin mars 2014. Il propose d'abord le relèvement de l'âge de l'AVS des femmes de 64 à 65 ans, économies escomptées: 1 milliard de francs par an. Puis l'abaissement du taux de conversion du 2e pilier de 6,8 à 6%, qui fera baisser les rentes de 12%, l'augmentation des cotisations aux caisses de pension, une hausse de la TVA, ou encore une retraite flexible de 62 à 70 ans.
Les femmes de l'USS se sont engagées à combattre cette révision qu'elles jugent «absolument antisociale, choquante et scandaleuse» et qui, au lieu de résoudre les problèmes, créera de nouvelles difficultés.
Le point de vue des femmes sur cette réforme avec Corinne Schärer, responsable pour les femmes d'Unia au comité directeur du syndicat.

QUESTIONS/REPONSES

Alain Berset prétend que son projet Prévoyance vieillesse 2020 est avantageux pour les femmes. Est-ce juste?
C'est faux! Alain Berset et le Conseil fédéral disent que c'est une révision qui améliore les rentes pour les femmes, mais si on y regarde de plus près, il n'y a qu'un point positif pour elles: davantage de femmes, dont beaucoup travaillent à temps partiel, seront couvertes par le 2e pilier, car le montant du salaire assuré sera flexible et s'élèvera à 75% de leur revenu annuel alors qu'il est fixe aujourd'hui. Mais cela est loin de compenser toutes les autres mesures qui auront des conséquences négatives: les rentes vont baisser, les femmes devront payer plus de cotisations au 2e pilier, et travailler un an de plus... La baisse du seuil d'accès au 2e pilier par exemple, ne sera pas favorable à celles ayant des bas salaires. Nous avons fait les calculs: avec les cotisations qu'elles paieront en plus chaque mois, les femmes gagnant 4000 francs et en dessous auront encore moins d'argent pour vivre, maintenant et à l'âge de la retraite!
Il faut voir les choses globalement. Pour nous, les femmes, et pour tous les syndicats, une amélioration de l'AVS est nécessaire, et nous refusons d'investir davantage dans le 2e pilier qui n'est pas favorable aux assurés et fortement lié aux marchés financiers. C'est pour cela que nous avons lancé le projet AVSplus qui prévoit d'augmenter les rentes AVS de 10%. Avec cette initiative, toutes celles et tous ceux ayant des rentes trop basses en profiteront!

Les militantes de l'USS sont particulièrement en colère contre le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans...
Oui, l'opposition est très forte. Une telle hausse a déjà été rejetée par 68% des citoyens lors de la votation sur l'AVS de 2004. Comme femmes d'Unia, notre position est très claire: il est hors de question d'augmenter l'âge de la retraite à 65 ans alors qu'il y a tant de choses qui ne sont pas réglées au niveau de l'égalité entre hommes et femmes, non seulement au niveau des salaires où l'écart est toujours de près de 24% dans les branches d'Unia, mais également sur le marché de l'emploi, l'aménagement du temps de travail, le travail non rémunéré pour les soins aux proches, l'éducation des enfants, le congé maternité de 14 semaines seulement, payé à 80% qui, même si c'est un progrès, est largement insuffisant, l'absence de congé pour les pères, l'accroissement de la flexibilité, le travail sur appel, etc. Nous sommes encore à l'âge de la pierre au niveau des droits des femmes. Il y a tant à améliorer que nous ne pouvons pas partager l'avis de Jacqueline Fehr, vice-présidente du Parti socialiste, qui serait d'accord d'augmenter l'âge de la retraite des femmes si des progrès étaient réalisés en matière d'égalité salariale.

L'opposition au projet Berset part divisée, le Parti socialiste défend l'approche de réforme globale de son conseiller fédéral et les femmes socialistes entrent en matière sur la hausse de l'âge de la retraite. Cette division entre PS et syndicats ne risque-t-elle pas de permettre au projet d'aboutir?
Non, nous allons mener le débat et nous battre, montrer que cette révision n'est pas moderne et que ses désavantages sont plus importants que ses avantages. Et dire clairement que l'avenir de notre système de prévoyance vieillesse c'est l'AVS. C'est une question de fond.

L'initiative AVSplus sera-t-elle suffisante pour faire contrepoids aux modifications dans le 2e pilier?
Cela ne suffira pas à résoudre tous les problèmes, mais c'est une revendication qui permet de montrer où nous voulons aller et d'offrir aux retraités 10% de rente en plus. Par ailleurs, nous proposons ce qui est exigé dans la Constitution: les rentes doivent garantir une existence et une vie digne à la retraite, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Une politique moderne et crédible est de respecter d'abord notre Constitution, base de notre coexistence et de notre démocratie.

Le paquet Berset remplace l'âge légal de départ à la retraite par un «âge de référence» de 65 ans, et introduit une retraite flexible de 62 à 70 ans. Ne va-t-on pas vers une hausse déguisée de l'âge de la retraite pour tous?
Il y a effectivement une incitation à travailler plus longtemps. Le gouvernement explique que la retraite flexible permettrait aux personnes ayant des lacunes dans le paiement des cotisations ou un revenu peu élevé de les combler en travaillant au-delà de 65 ans. Les femmes seront concernées en premier lieu, mais elles n'y gagneront pas au bout du compte, de même que les migrants et migrantes arrivés tard dans notre pays. Ce système bénéficiera à ceux ayant des salaires élevés. Les travailleurs ont déjà de la peine à trouver un emploi après 55 ans, et beaucoup de personnes, pas seulement sur les chantiers, mais aussi dans les soins, le nettoyage, ou travaillant la nuit par exemple, ont de graves problèmes de santé qui les obligent à cesser leur activité avant l'âge de la retraite.

Les inégalités subies par les femmes une fois à la retraite sont énormes. Ne vont-elles pas s'accroître avec le projet Berset?
Elles vont augmenter car la révision ne donne pas de réponses adéquates aux problèmes existants. Il y aurait une solution beaucoup plus facile: augmenter les rentes AVS et ne plus renflouer le 2e pilier. Cela permettrait d'assurer une vie digne au moment de la retraite. Encore une fois: cette exigence de la Constitution n'est pas remplie aujourd'hui. C'est étonnant que le Conseil fédéral ne propose rien dans ce sens, alors qu'il est de sa forte responsabilité de garantir la Constitution...

Finalement, cette révision ne profitera qu'aux assureurs et à la finance?
La baisse du taux de conversion et la hausse des cotisations au 2e pilier le montrent clairement. Cette révision aura de graves conséquences pour tous les travailleurs, et sera pire pour les femmes.


Propos recueillis par Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 51/52 du 18 décembre 2013

 
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