Rideau noir sur Ilford
Après l'annonce de la faillite de leur société les employés d'Ilford ont été priés de rendre leurs badges et de rentrer chez eux

La longue agonie d'Ilford a pris fin le lundi 9 décembre, date de la faillite prononcée par le Tribunal civil de la Sarine. Quelque 130 employés se retrouvent au chômage, après une première restructuration cet été qui avait déjà débouché sur la suppression d'une centaine de postes.

Malgré les signaux d'alarme de cet été, l'annonce de la faillite d'Ilford a été un choc pour les employés réunis à 10 heures du matin le mardi 10 décembre. «Une faillite, c'est brutal pour tout le monde. Surtout pour ceux qui étaient là depuis 20, 30 ou 40 ans. Pour eux, Ilford, c'était leur deuxième maison. Nous avons dû rendre nos badges, ramasser nos affaires, et partir. Cela s'est fait rapidement...», raconte Frédéric Cudré-Mauroux, membre de la commission du personnel d'Ilford jusqu'à ce triste lundi 9 décembre, date à laquelle le Tribunal civil de la Sarine a prononcé la faillite de la société Ilford Imaging Switzerland. «C'est la suite logique de ce qui s'est passé cet été», ajoute-t-il. «Mais, jusqu'à la fin, on espérait l'arrivée d'un investisseur.» Qui n'est finalement jamais venu, malgré l'annonce d'Ilford cet automne de l'entrée dans le capital de la société japonaise Jet Graph.
Par conséquent, la direction de l'entreprise Ilford a annoncé le 25 novembre dernier se trouver une nouvelle fois en situation d'insolvabilité, avec l'impossibilité de verser les salaires de novembre de ses quelque 130 employés. «Le personnel a été prévenu de cette situation d'insolvabilité, mais je crois qu'au fond de nous on a voulu y croire jusqu'au dernier moment», souligne un des rares employés d'Ilford encore en poste la semaine dernière, pour régler les affaires courantes, et qui préfère garder l'anonymat ne sachant de quoi sera fait son avenir. «Je ne sais pas jusqu'à quand, ni par qui je vais être rémunéré, mais j'imagine par le chômage...», explique-t-il.
Si le site Internet de l'entreprise a été fermé le lendemain de la mise en faillite, la réception est restée ouverte, nécessaire aux autres sociétés occupant des locaux sur le site industriel de Marly. Il n'est d'ailleurs pas exclu que plusieurs personnes soient rappelées pour honorer les commandes. «Et permettre ainsi de faire encore rentrer de l'argent dans la masse en faillite. Mais c'est du conditionnel», ajoute Frédéric Cudré-Mauroux. Nous n'avons malheureusement pas réussi à obtenir des réponses de la part de la direction, malgré nos appels téléphoniques et nos messages électroniques.

Un sauvetage raté
Les deux employés contactés, il y a une semaine, espéraient que la promesse d'un versement des indemnités de la caisse d'insolvabilité dans les prochains jours allait être tenue, soit le salaire du mois de novembre et la partie non encore versée du 13e salaire. Tous deux estiment que les directeurs ont fait tout leur possible. Pour mémoire, en août, deux membres de la direction d'Ilford, Paul Willems et Jean Marc Métrailler, sauvaient l'entreprise sise à Marly après le lâchage par son propriétaire anglais Paradigm Global Partners. Leur rachat avait pour objectif d'éviter la faillite, et laisser le temps à un futur investisseur de se décider pour la reprise du fleuron du papier photo haut de gamme. Une réduction d'une centaine de postes - dont une soixantaine par licenciement - et la vente d'une partie des terrains devaient également permettre la survie de la société. «Je crois qu'ils ont tout essayé et qu'ils ont travaillé au plus près de leur conscience. C'est une histoire de marché...», estime l'employé d'Ilford encore en poste. La diminution de l'achat des cartouches d'encre et de papier photo par les particuliers est l'une des raisons avancées aux difficultés de la société. «Nous avons essayé de nous tourner vers d'autres produits que la photo, mais peut-être trop tard...» estime Frédéric Cudré-Mauroux. Pour ce dernier, la hausse des commandes ces derniers temps était sûrement liée à la crainte des acheteurs de la disparition d'Ilford. Pour son collègue, la faillite est peut-être arrivée trop tôt, l'entreprise étant sur la pente ascendante... Armand Jaquier, secrétaire régional d'Unia à Fribourg, a une tout autre lecture de l'agonie d'Ilford. «Je crois que, sans produits à haute valeur ajoutée, la faillite était inéluctable. En outre, il aurait été préférable qu'elle se fasse cet été déjà pour qu'elle soit accompagnée d'un véritable plan social, en partenariat avec les syndicats. La vente des terrains aurait pu alors bénéficier aux travailleurs et non pas à des promoteurs immobiliers qui vont pouvoir revendre ces terrains 5 ou 10 fois plus cher dans quelques années puisqu'ils auront été reclassés en zone habitable.»
La reprise de certaines activités n'est toutefois pas à exclure selon les propos de la direction relayés dans le journal fribourgeois La Liberté. «Une nouvelle société pourrait voir le jour avec la reprise des actifs qui pourraient être bradés lors de la faillite, estime également Armand Jaquier, et ainsi profiter à l'une ou l'autre personne bien au courant de la valeur de la société.»


Aline Andrey

Erratum: Notre délai d'impression ne nous a pas permis de rectifier notre article de la semaine dernière qui indiquait, à tort, que la faillite était proche, alors qu'elle était déjà prononcée. Avec toutes nos excuses.

 

 

Edition n° 51/52 du 18 décembre 2013

 
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