La Suisse est en danger
Membre du comité directeur d'Unia, Rita Schiavi explique pourquoi le syndicat s'oppose à l'initiative de l'UDC

Le 9 février prochain, la population sera appelée à se prononcer sur l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse». Ce projet vise à réguler le nombre d'autorisations de séjour délivrées aux étrangers et à réintroduire plafonds et contingents. Unia s'oppose fermement à ce texte et a lancé, le 18 décembre dernier, une campagne en ce sens. Explications.

Des personnes actives dans le secteur du nettoyage investissant la place Fédérale... Le 18 décembre dernier, journée internationale des migrants, Unia a organisé une action symbolique pour lancer sa campagne contre l'initiative de l'UDC, mettant en scène des nettoyeuses et nettoyeurs. De cette manière, le syndicat souhaitait rappeler que 90% des travailleurs de cette branche sont des immigrés. Des étrangers aussi représentés en force dans les domaines de la construction ou encore des soins. Pour Unia, les migrants sont non seulement nécessaires à notre économie mais apportent aussi à la société un enrichissement culturel. Dans ce contexte, le syndicat rejette fermement l'initiative de l'UDC qui sera soumise au vote le 9 février prochain. Les précisions de Rita Schiavi, membre du comité directeur d'Unia.

QUESTIONS/REPONSES

Pourquoi le syndicat combat-il l'initiative de l'UDC, «contre l'immigration massive»?
C'est une initiative xénophobe qui péjore la situation des migrants. Ce projet laisse croire qu'il sera possible d'arrêter l'arrivée d'étrangers dans notre pays, mais il n'en sera rien. C'est un mensonge. Il n'y en aura pas moins. Nous avons déjà vécu ce scénario dans les années septante... Le système des contingents ne freine pas l'immigration car l'économie fait venir le nombre de migrants dont elle a besoin. L'UDC n'a par ailleurs articulé aucun chiffre en la matière, celui-ci sera déterminé par les patrons qui recourent à la main-d'œuvre étrangère. Mais en revanche, les immigrés auront moins de droits.

Plus précisément?
Aujourd'hui, les personnes provenant de l'Union européenne disposent des mêmes droits que les travailleurs suisses. Elles peuvent s'établir dans notre pays avec leur famille - ce qui n'est pas le cas avec le statut inhumain de saisonnier que veut réintroduire l'UDC - et lancer leur propre entreprise. Avec le système des contingents, les migrants seront liés à un employeur. S'ils perdent leur travail, ils devront partir. L'acceptation de l'initiative entraînera l'abandon des mesures d'accompagnement liées à la libre circulation des personnes, qui visent à protéger les salaires et les conditions de travail en Suisse. Avec, pour conséquence, davantage de dumping salarial et une détérioration de la protection des travailleurs. Ce projet donnera ainsi carte blanche à des employeurs sans scrupules, qui recrutent de la main-d'œuvre à des salaires de misère. D'où des pressions accrues sur les conditions de travail de l'ensemble des salariés, avec ou sans passeport à croix blanche.

Le syndicat a néanmoins dénoncé à plusieurs reprises la faiblesse de ces mesures d'accompagnement...
Il faut nuancer. Ces mesures sont efficaces, en tout cas dans les branches couvertes par une convention collective de travail (CCT) rendue de force obligatoire. Et l'introduction de la responsabilité solidaire a permis de résoudre plusieurs cas de dumping et réclamer avec succès des arriérés de salaire. C'est en revanche plus complexe dans les métiers soumis aux salaires d'usage... Unia est convaincu de l'utilité des mesures d'accompagnement mais demande davantage de contrôles, de CCT obligatoires ainsi que des amendes plus salées en cas d'infractions et un accès sans restriction aux chantiers.

Quels types d'activité remplissent les migrants qui viennent travailler dans notre pays?
Nombre d'entre eux effectuent des tâches que les Suisses ne veulent pas faire, soit parce qu'elles sont mal rémunérées soit parce qu'elles sont trop dures physiquement. On trouve ainsi beaucoup d'étrangers dans le domaine du nettoyage, du gros œuvre et celui des soins. Il y a aussi des migrants hautement qualifiés comme des médecins ou des ingénieurs, notre pays en manquant gravement.

Quels arguments opposez-vous à l'UDC qui motive son initiative en laissant entendre que les migrants sont source de nombre de nos problèmes: trains bondés, routes encombrées, hausse des loyers, perte de terres cultivables, pression sur les salaires...
C'est la conjoncture qui régule la venue des migrants. Haute, elle génère l'arrivée de plus de personnes qui concourent à davantage de bien-être, de prospérité et de croissance dans notre pays. Il faut donc adapter les infrastructures en conséquence. Les problèmes évoqués par l'UDC ne doivent pas être niés mais les solutions proposées sont erronées. Les migrants n'en sont pas à l'origine. Il faut plutôt se tourner vers les politiques d'aménagement du territoire, de la formation... qui ont été menées.

Quelles seraient les conséquences de l'acceptation de l'initiative dans les rapports qu'entretient la Suisse avec l'Union européenne?
L'UE ne conclura pas d'accords bilatéraux sans la libre circulation des personnes. En crise, les pays du sud de l'Europe ont besoin que leurs ressortissants puissent venir travailler dans nos frontières.

Vous êtes inquiète pour le 9 février?
Oui. Le discours des auteurs du projet est très démagogique. Mais si certaines craintes sont légitimes, une fois de plus, on n'apporte pas les bonnes réponses. Avec cette initiative, la Suisse est en danger. 30% des postes de travail sont occupés actuellement par des migrants. Que ferait-on sans eux?

Propos recueillis par Sonya Mermoud


Pas question de revenir des années en arrière!
Alors que ce journal était déjà sous presse hier, mardi 14 janvier, le Comité des travailleurs et travailleuses «Non à l'initiative isolationniste de l'UDC» a présenté à la presse les raisons pour lesquelles cette initiative, qui réintroduirait l'inique système des contingents, doit être rejetée. Le comité a également proposé un programme de protection efficace des travailleurs.
Ce comité est constitué des plus grandes organisations de salariés de Suisse. Lors de la conférence de presse devaient prendre la parole les présidents des deux faîtières syndicales, Paul Rechsteiner de l'USS et Martin Flügel, de Travail.Suisse, ainsi que Vania Alleva, coprésidente d'Unia, Kurt Regotz, président de Syna, et Pierre Théraulaz, président de l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI). Nous reviendrons dans notre prochaine édition sur cette importante conférence de presse.
L'ES

 

 

 

 

Edition n° 1/2/3 du 15 janvier 2014

 
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