Migros et Coop ne respectent pas leur idéologie
Migros et Coop refusent de signer l'accord pour améliorer les conditions de travail au Bangladesh

Le 16 décembre dernier, le syndicat Uni Global Union, soutenu par Unia, IndustriALL ou encore la Confédération syndicale internationale (CSI), a organisé une action à Nyon devant le centre commercial de La Combe pour exprimer son incompréhension face au refus de Migros et de Coop de signer leur accord concernant le Bangladesh. Pour rappel, suite à l'effondrement d'une usine de textile de huit étages dans la banlieue de Dacca en avril 2013, faisant plus de 1200 morts, Uni Global Union et IndustriALL avaient lancé une campagne internationale afin de sécuriser les usines et garantir des conditions de travail dignes aux ouvriers du textile. Comment? En convainquant les marques faisant produire au Bangladesh de donner leur accord à des enquêteurs indépendants chargés de contrôler les conditions de travail dans leurs usines. «Nous sommes partis de rien, et en huit mois, nous avons obtenu 120 signatures, se félicite Philip Jennings, secrétaire général de Uni Global Union. C'est une grande avancée.» Cela dit, celui-ci déplore le fait que, entre autres enseignes*, Migros et Coop - qui vendent des vêtements produits au Bangladesh - refusent catégoriquement de signer l'accord. «Les deux géants suisses n'ont aucune raison valable de ne pas signer, poursuit le syndicaliste. Ils prétendent produire peu au Bangladesh, mais ce n'est pas une excuse justifiée et raisonnable. Alors qu'ils revendiquent leur engagement social et écologique dans leurs publicités, Migros et Coop ne sont pas fidèles à leur idéologie en agissant de cette manière.»

L'insuffisance de la BSCI
De leur côté, Migros et Coop se contentent d'avoir recours à des fournisseurs correspondant aux critères de la BSCI (Business social compliance initiative), un programme assurant, sur le papier, le respect des droits sociaux des ouvriers depuis dix ans. Insuffisant, selon Uni Global Union. «La BSCI n'affiche aucune transparence et n'a pas de rôle juridique, contre Philip Jennings. Il ne remplace pas notre accord, qui lui est soutenu par l'ONU, l'Union européenne et l'OCDE.» Le syndicat rappelle également que deux des usines hébergées au Rana Plaza étaient enregistrées en tant que fournisseurs de plusieurs entreprises membres de la BSCI: «Ces audits n'avaient pas mis à jour l'illégalité de la construction de plusieurs étages du bâtiment et n'ont pas été rendus publics.» En approuvant ces deux usines, souligne Uni Global Union, la BSCI a fourni une assurance trompeuse aux acheteurs, au gouvernement, aux travailleurs et aux consommateurs en estimant que cette usine répondait aux normes adéquates. Migros reconnaît d'ailleurs les lacunes des audits BSCI: «Jusqu'à maintenant, la sécurité et la stabilité des bâtiments mêmes n'étaient pas prises en compte, concède Martina Bosshard, porte-parole du géant orange. Mais cela est le cas pour tous les systèmes de standards sociaux, pas que pour la BSCI.»

Faire plier les géants orange
Uni Global Union l'annonce d'ores et déjà: d'autres actions auront lieu cette année afin de faire plier les deux enseignes. «Les syndicats sont en train de discuter pour décider des suites à donner à la campagne afin de récolter plus de signatures en Suisse.» Pour Philip Jennings, il est fondamental que Migros et Coop montrent l'exemple au niveau suisse. «Nous sommes prêts à rencontrer les dirigeants et à dialoguer à propos de cet accord.» Des lettres ont été adressées aux PDG de Migros et de Coop, mais les deux enseignes n'ont, pour l'instant, pas changé de position.

Manon Todesco

* D'autres marques résistent encore à la signature de l'accord syndical, comme l'américaine Gap, mais aussi le suisse Manor...

 

 

Edition n° 1/2/3 du 15 janvier 2014

 
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