La fin du remboursement de l'avortement: un dangereux recul
De nombreux partis et organisations dont Unia appellent à rejeter l'initiative

Le peuple est amené à se prononcer sur une initiative des milieux conservateurs qui demandent la fin du remboursement de l'avortement par l'assurance maladie. Pour défendre le droit, acquis de longue lutte, à l'accès à l'avortement, deux manifestations sont organisées samedi, à Lausanne et à Genève

Face à l'énième attaque de milieux conservateurs - notamment de l'UDC, et de certains mouvements catholiques et évangéliques - du droit à l'autodétermination des femmes et des acquis du régime du délai, des partis, des syndicats (dont Unia) et des organisations se sont regroupés au niveau national dans l'association «Non à toute attaque du régime du délai». Celle-ci dénonce l'initiative «Financer l'avortement est une affaire privée» qui veut «alléger l'assurance maladie en radiant les coûts de l'interruption de grossesse de l'assurance de base» et sera soumise à votation le 9 février prochain. L'association souligne que cette initiative ne permet aucune économie, mine le principe de solidarité, pénalise les femmes - surtout celles défavorisées financièrement et socialement -, et dégage les hommes de toute responsabilité.
Pour le droit à l'accès à l'avortement, deux manifestations cantonales sont organisées ce samedi 18 janvier, dès 14 heures. Celle organisée par le Collectif pour la liberté de l'avortement et de la contraception! (CLAC!) partira de la place St-François à Lausanne à 14h30. Le Comité pour l'avortement libre et gratuit (ALG) appelle, quant à lui, à la mobilisation dès 14h à la rue du Mont-Blanc à Genève, avec des aiguilles à tricoter. Tout un symbole.

Coûts dérisoires
Si les milieux antiavortement, dont des membres de l'UDC et du PDC - à noter que les femmes PDC s'opposent à cette initiative, ainsi que la Fédération des Eglises protestantes de Suisse - brandissent le spectre des coûts de la santé, il faut rappeler que les interruptions volontaires de grossesse (IVG) représentent moins de 0,03% des coûts de l'assurance maladie, sans compter que nombre de femmes doivent déjà financer elles-mêmes leur avortement, en raison de franchises souvent élevées. Surtout, cette initiative limite l'accès à une intervention médicale sûre et met ainsi la santé des femmes en danger. Unia, dans un communiqué, souligne que «les coûts occasionnés par de tels procédés "d'arrière-cour" seraient bien plus élevés que les coûts actuels de l'interruption légale de grossesse».
La passionaria du droit à l'avortement, Anne-Marie Rey, dénonce dans un argumentaire détaillé (www.svss-uspda.ch) l'initiative des milieux conservateurs qui «promet une baisse trompeuse des coûts de la santé, mais vise en réalité une stigmatisation de l'interruption légale de la grossesse et la culpabilisation des femmes concernées». Et de pointer le paradoxe des initiants qui sont les mêmes à s'opposer aux mesures - telles l'éducation sexuelle ou la prise en charge des contraceptifs par l'assurance maladie - susceptibles de réellement réduire le nombre d'avortements.

Diminution des avortements
Pour mémoire, depuis 1981, l'IVG est prise en charge par l'assurance maladie de base. «L'avortement n'était légal qu'en cas de raisons médicales», précise Vanessa Monney, membre de l'association Feminista! et du CLAC! «Cette possibilité était appliquée de manière plus ou moins souple par les médecins.»
En 2002, 72% des votants ont accepté le régime du délai rendant l'avortement légal durant les 12 premières semaines. Depuis, le nombre d'IVG n'a pas augmenté, et est même en diminution chez les plus jeunes femmes. Selon certaines estimations, 60% des avortements sont pratiqués en raison d'un échec contraceptif. Et les interventions se font majoritairement par voie médicamenteuse, et de plus en plus tôt (en 2012, 72% des IG ont été pratiqués au cours des huit premières semaines selon l'Office fédéral de la statistique). On peut encore ajouter que le taux d'avortement en Suisse est le plus bas en Europe avec 6,7 IVG pour 1000 femmes.

Aline Andrey

Pour plus d'informations: www.non-attaque-regime-du-delai.ch



Une vague réactionnaire
D'autres initiatives vont à l'encontre de la prévention dans le domaine de la santé sexuelle et des droits acquis de longue lutte. Des conservateurs, dont certains sont aussi partisans de la fin du remboursement de l'interruption de grossesse par l'assurance maladie, ont déposé le 17 décembre dernier l'initiative «Oui à la protection contre la sexualisation à l'école maternelle et à l'école primaire» qui veut interdire l'obligation des cours d'éducation sexuelle dans le cadre scolaire pour les enfants de moins de 9 ans. A noter encore qu'une autre initiative «Protéger la vie pour remédier à la perte de milliards» a aussi été lancée l'année passée et vise clairement l'interdiction de l'avortement. Un courant réactionnaire souffle donc sur la Suisse, et bien au-delà (lire «A poing levé», page 5).
AA

 

 

Edition n° 1/2/3 du 15 janvier 2014

 
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