Exploités, des ouvriers réclament 60'000 francs d'arriérés de salaires
Payés 8 euros de l'heure quatre travailleurs de l'entreprise polonaise oeuvrant sur le chantier des HUG ont arrêté le travail

Le syndicat Unia a découvert un nouveau cas de sous-enchère salariale sur le chantier du bâtiment BATLab de l'hôpital cantonal de Genève. Des ouvriers de l'entreprise polonaise Blato, un sous-traitant de l'allemande Lindner, sont payés 8 euros de l'heure au lieu des 24,68 francs conventionnels. Bien qu'ayant subi des menaces de la part de leurs supérieurs, quatre d'entre eux ont arrêté le travail et demandent plus de 60000 francs de créances salariales. Des démarches juridiques sont en cours et Unia appelle le Conseil d'Etat à prendre ses responsabilités.

C'est de bon matin que le syndicat Unia a convoqué les médias lundi 27 janvier afin de dénoncer un nouveau cas «choquant» de dumping salarial. Devant le chantier public du bâtiment BATLab des HUG, l'hôpital cantonal genevois, quatre travailleurs de l'entreprise polonaise de construction métallique Blato (sous-traitante de l'entreprise allemande Lindner) sont venus dénoncer leurs conditions de travail et réclamer leur dû, soit plus de 60000 francs d'arriérés salariaux. En effet, depuis leur arrivée sur le chantier en octobre dernier, ces ouvriers sont payés 8 euros de l'heure pour des journées de travail de 9 heures en moyenne, alors que le salaire horaire minimum conventionnel s'élève à 24,68 francs dans cette branche. «Il est rare que des travailleurs étrangers aient le courage d'arrêter le travail pour faire valoir leurs droits» a tenu à saluer Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia.
C'est lors d'une visite de chantier de routine que le syndicat a découvert ce cas. Et les abus vont beaucoup plus loin que la simple sous-enchère puisque, aperçus en train de discuter avec les syndicalistes, les salariés ont été envoyés dès le lendemain en Allemagne - où ils sont employés officiellement - pour les contraindre à signer des contrats de travail vierges, sous menace d'être licenciés. Mais de retour en Suisse, quatre des neuf salariés ont décidé de ne plus retourner au travail après avoir été attaqués physiquement par leur contremaître. Craignant pour leur intégrité physique, ils ont quitté leur logement «de fonction» situé en France et sont maintenant placés dans un lieu sécurisé grâce à Unia.
«Nous savions que peu importe où nous travaillerions en Europe, nous serions payés 8 euros de l'heure car il est impossible de négocier chez Blato, sous peine d'être mis à la porte», raconte Miroslaw, l'un des quatre travailleurs polonais. Fatigués, ces derniers pensaient, quoi qu'il en soit, quitter le chantier dans les semaines à venir, même s'ils savaient que s'ils rentraient au pays, leur dernier mois ne leur serait pas payé... Mais après avoir pris connaissance des conditions de travail légales en Suisse, ils se sont révoltés. «Nous nous sommes libérés grâce au mouvement syndical, continue Piotr. Nous n'en pouvions plus d'être exploités. Nous pouvons enfin respirer.»

Le Conseil d'Etat sommé d'agir
Aujourd'hui, Miroslaw, Piotr et leurs deux collègues espèrent rentrer le plus vite possible en Pologne et trouver du travail avec les meilleures conditions possibles. «En Pologne, nous touchons entre 3 et 5 euros de l'heure mais nous y vivons plus dignement qu'ici avec 8 euros car le coût de la vie est beaucoup moins élevé.»

Plusieurs démarches juridiques sont en cours pour récupérer les créances salariales. Unia a mis en demeure l'entreprise Blato, ainsi que l'entreprise contractante Lindner, cette dernière étant soupçonnée de ne pas avoir respecté les dispositions relatives à la responsabilité solidaire. En outre, des poursuites prud'homales ainsi qu'une une plainte pénale pour menaces sont en préparation. Mais les travailleurs ne pouvant pas attendre l'issue des poursuites pour être dédommagés, Unia appelle le maître d'ouvrage, soit l'hôpital cantonal et donc l'Etat, à prendre ses responsabilités et à régler rapidement ce cas de sous-enchère en indemnisant les travailleurs lésés. A l'heure où nous mettions sous presse, lundi après-midi, Unia avait demandé une rencontre urgente avec le Conseil d'Etat et l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail.


Manon Todesco

 

 

Edition n° 5 du 29 janvier 2014

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page