Protéger les salaires pas les frontières
Samedi dernier Unia Genève a mené une action surprise contre l'initiative de l'UDC soumise à votation le 9 février

Face à l'initiative «contre l'immigration de masse», les fronts s'organisent au niveau national comme cantonal. A Genève, une action a eu lieu samedi, et une fête de solidarité est prévue le 1er février. Dans le canton de Vaud, le «Collectif vaudois de soutien aux migrants» a vu le jour pour lutter contre les diverses initiatives xénophobes qui font des immigrés des boucs émissaires.

«Derrière l'initiative de l'UDC se cache en réalité la volonté de supprimer les mesures d'accompagnement (salaires minimaux obligatoires, contrôles dans les entreprises et sanctions contre les employeurs fautifs). Cela n'étonne guère compte tenu du nombre de patrons sans scrupules gravitant dans les rangs de ce parti», a dénoncé Unia Genève dans un communiqué la semaine dernière qui annonçait l'action publique, sous forme de théâtre de rue, qui s'est déroulée sur la plaine de Plainpalais samedi vers 16h. Des militants d'Unia se sont ainsi mis en scène pour montrer les conséquences désastreuses de l'initiative de l'UDC «contre l'immigration de masse» sur les conditions de travail.
La réintroduction des contingents signifierait faire pression sur les salaires et fragiliserait les travailleurs étrangers.

Fragilisation des travailleurs
«Or, les statistiques le prouvent: plus le titre de séjour est limité dans le temps, plus le salaire est bas! Les titulaires d'un permis de courte durée (permis L) gagnent 25% de salaire en moins que les Suisses, contre 12% pour les permis B et C et 7% pour les frontaliers» dénonce le tous-ménages du comité unitaire à Genève, regroupant notamment les syndicats et les partis politiques de gauche. Ceux-ci s'insurgent contre les patrons qui utilisent les licenciements pour faire pression sur les salaires, et profitent du dumping salarial. Ils en appellent donc à la mise en œuvre de réelles solutions: le renforcement des protections contre les licenciements et des contrôles, des sanctions plus sévères, l'introduction d'un salaire minimum à 4000 francs (soumis à votation le 18 mai prochain) et l'application des contrats types de travail.

Pas une solution
L'initiative condamnée par tous les autres partis compromettrait en outre les accords de libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne. Tous les opposants s'accordent aussi pour dire que l'initiative de l'UDC n'apporte aucune solution aux problèmes tels que la pression sur les salaires, sur les infrastructures, les transports ou encore le marché immobilier.

Aline Andrey


«Fraternisons!»
«Suisses, Immigrés, Frontaliers, Fraternisons!» C'est avec cet appel que les milieux politiques, syndicaux et associatifs de Genève invitent à une grande fête solidaire «contre l'initiative raciste et xénophobe de l'UDC» samedi 1er février à la Maison des associations (rue des Savoises 15, dès 17h). Une manière solidaire de rappeler que les véritables problèmes ne sont pas les migrants, comme veut le faire croire l'UDC, mais les inégalités sociales, les délocalisations, la course au profit, l'enrichissement des plus riches, le trafic des capitaux, le pillage des matières premières par les multinationales dans les pays du Sud...
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Un nouveau mouvement pour les droits des migrants
«Les immigrés boucs émissaires, ça suffit!» C'est avec ce cri du cœur que le nouveau «Collectif vaudois de soutien aux migrants» (CVSM) invite toutes personnes intéressées à rejoindre le mouvement. En décembre, à l'appel du groupe des migrants d'Unia, des partis de gauche, des syndicats et des associations - telles que le collectif Droit de rester ou SOS Asile - ont répondu présents. «Suite aux déceptions, notamment l'échec du référendum sur l'asile (le 9 juin 2012, ndlr), il y a un réel besoin de rassembler les différents milieux actifs dans la défense des droits des immigrés», explique Hadrien Buclin, conseiller communal à Lausanne, membre de Solidarités et du collectif.
Informer, réunir, débattre, autant d'actions pour enrayer la montée de la xénophobie, la politique du «diviser pour mieux régner», et contrer les initiatives telles que celle de l'UDC du 9 février «contre l'immigration de masse» qui prévoit des contingentements des autorisations de séjour. Un retour au statut de saisonnier, et avec lui une détérioration de la protection des travailleurs.
Au-delà de cette votation, le collectif s'apprête déjà à militer contre l'initiative d'EcoPop «Halte à la surpopulation» ou encore contre l'initiative de l'UDC pour une loi d'application plus restrictive sur l'expulsion des criminels étrangers. Hadrien Buclin dénonce: «Ces initiatives font sauter les dernières digues de protection des droits fondamentaux et violent un certain nombre de traités internationaux.»
Ali Korkmaz, président du groupe d'intérêt des migrants d'Unia Vaud, conclut: «A chaque fois qu'il y a un problème économique, l'UDC utilise le migrant comme un bouc émissaire et fait peur aux gens. J'espère que ce collectif va agir dans la durée, pour montrer que la diversité, c'est notre richesse.»
Aline Andrey

Pour plus d'informations: collectif.migrant.e.s@gmail.com

 

Edition n° 5 du 29 janvier 2014

 
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