De la mécanique à la musique
Ancien de chez Tornos le guitariste Sébastien Fulgido sort un nouvel album avec le batteur Billy Cobham

«Soul Tango Invasion». Le titre du nouveau CD signé par la pointure internationale du bandonéon bernois Michael Zisman et du talentueux guitariste de Reconvilier, Sébastien Fulgido, a de quoi attiser la curiosité. Que vient faire le tango avec la soul? A quoi doit-on ce mariage entre deux cultures? «Nous voulions sortir des sentiers battus, provoquer des rencontres entre des univers différents», répond Sébastien Fulgido. Et ces rencontres-là sont une réussite. D'autant que Billy Cobham, grande pointure mondiale de la percussion, y a apporté sa touche jazzy, en compagnie de musiciens de haut vol, William Evans, Matthieu Michel et Wolfgang Zwiauer. «C'est un rêve fou d'avoir pu jouer avec de tels talents» s'enthousiasme Sébastien Fulgido.

Emouvant!
L'album réalisé en coproduction avec la radio alémanique (RTS) est une refonte audacieuse de plusieurs styles à commencer par les classiques argentins, tels les incontournables «Libertango» d'Astor Piazzolla et «El dia que me quieras» de Carlos Gardel qui prennent ici des accents de jazz-funk ou de soul-jazz. Quatre des neuf titres ont été composés par Sébastien Fulgido et ce dernier a accepté pour la première fois de prêter sa voix dans l'interprétation de «Caruso», du compositeur Dalla. «Je connaissais depuis longtemps les compétences vocales de Sébastien mais pour une raison incompréhensible, nous ne les avions que peu mises à profit jusqu'alors dans notre duo», raconte Michael Zisman. «Lorsqu'il a entonné au studio la partie vocale de Caruso, j'étais tellement touché par l'émotion se dégageant de son interprétation que des larmes me coulaient déjà en régie dès la première phrase.»

De l'usine...
Sébastien Fulgido, 37 ans, est le fils d'un ouvrier de laiterie de souche italienne et d'une mère ouvrière, de nationalité française, établis à Moutier. «En famille, on baignait dans une ambiance de musique populaire colorée par l'origine de mes parents. Je me souviens avoir vu souvent ma mère pleurer d'émotion quand elle écoutait Edith Piaf ou de ma sœur qui chantait tout le temps dans notre voiture. Gamin, je me suis fait l'oreille en l'écoutant. Et puis mon frère m'a fait découvrir les années quatre-vingt, Benson, West Coast et les autres. C'était une belle atmosphère. A 13 ans, c'est le déclic. «J'avais un copain batteur. Dans son local de répète, il y avait une vieille guitare déglinguée qui n'avait plus que deux cordes. Cet instrument m'a littéralement fasciné. Je l'ai pris à la maison et j'ai gratté toute la nuit sur ces deux cordes. Cette passion ne m'a jamais plus quitté. A 14 ans, je suis allé travailler deux semaines dans une usine pour me payer ma première guitare, puis avec le temps, j'ai affiné ma manière de jouer et j'ai fini par former ou intégrer différents groupes.»
A la fin de sa scolarité, Sébastien Fulgido n'a qu'une idée en tête: devenir guitariste professionnel. «Mais mon père a voulu que j'apprenne d'abord un autre métier pour assurer mon avenir. Du coup, j'ai fait un apprentissage de polymécanicien chez Tornos à Moutier. En même temps, je continuais à faire de la musique. J'ai bien failli quelquefois lâcher mon apprentissage. Mais heureusement, je suis allé jusqu'au bout et je ne le regrette pas. La mécanique m'a appris la rigueur, la concentration et le sens des réalités sociales.»

... à l'école de jazz
Son CFC en poche, Sébastien Fulgido s'inscrit à l'école de jazz de Berne et y étudie pendant six ans. Pour payer ses études, il travaille de nuit comme metteur en train dans l'usine de décolletage Burri à Moutier. «J'avoue que c'était très dur. Tu sors du boulot, tes habits sentent l'huile, tu prends ta douche, tu te changes et tu prends le train du matin pour Berne où en plus, tous les cours sont en allemand, une langue que je ne comprenais guère, au début.»
C'est à l'école de jazz que le musicien rencontre Michael Zisman. «Un bandonéoniste exceptionnel avec qui j'ai la chance de jouer depuis plus de douze ans. Au début je me demandais comment être à la hauteur. Mais il m'a tout de suite mis à l'aise. Nous avons aujourd'hui une belle complicité.» En plus du jazz, Sébastien Fulgido se frotte à d'autres styles, y compris le classique, Bach, Mozart, Bartók. «Je ne catalogue pas les musiques. Qu'elles soient populaires ou académiques, elles peuvent toutes être belles si elles sont bien faites et porteuses d'émotions.»

Pierre Noverraz

Informations sur www.zisman-fulgido.com et www.michaelzisman.com
A noter le concert carte blanche de Sébastien Fulgido au Royal à Tavannes le 26 avril.

 

Edition n° 6 du 5 février 2014

 
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