Ce vote est une très mauvaise réponse à de vrais problèmes
Déplorant le oui à l'initiative sur l'immigration, Unia veut combattre ses effets néfastes

Unia déplore l'acceptation de l'initiative «contre l'immigration de masse». Le syndicat considère que ce «oui» reflète en bonne partie les craintes liées aux salaires et à l'emploi. Il mettra tout en œuvre pour éviter que cette initiative ne débouche sur la précarisation des conditions de travail. En premier lieu en se mobilisant pour l'introduction d'un salaire minimum et pour des mesures de protection salariales et sociales plus fortes.

Au soir du 9 février, le monde syndical était consterné à l'annonce du résultat du vote «contre l'immigration de masse» dont on rappelle qu'il s'est soldé par une acception sur le fil, à savoir avec 50,3% des voix. «C'est comme si j'avais reçu un coup de massue», nous confiait le militant d'Unia Vaud Vincenzo Sisto. «J'ai un nœud à l'estomac. Je ne pensais pas qu'après 50 ans de vie dans ce pays, je revivrais un tel retour en arrière. Ce vote est non seulement humiliant pour celles et ceux qui ont connu l'époque honteuse des baraques de saisonniers mais il laisse aussi le champ libre au patronat pour faire ce qu'il veut, pour décider des conditions de travail qu'il entend appliquer à sa guise. C'est la raison pour laquelle nous devons poursuivre notre combat syndical avec encore plus de fermeté.»

Empêcher le pire
Coprésidente d'Unia, Vania Alleva souligne que ce vote «entraine des répercussions graves pour les migrants de ce pays mais aussi pour les travailleurs et travailleuses suisses.» Elle exhorte «le patronat et le Conseil fédéral de prendre toutes leurs responsabilités pour éviter une détérioration de l'économie, des emplois et des conditions de travail. Il s'agit maintenant de «lutter pour maintenir et renforcer les mesures contre le dumping salarial, en particulier en nous mobilisant pour l'initiative sur les salaires minimums sur laquelle nous voterons le 18 mai».
Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d'Unia rappelle également que nous sommes en face «d'une initiative trompeuse qui pose plus de problèmes qu'elle n'en résout. On peut désormais s'attendre à voir les milieux politiques ultralibéraux, UDC comprise, négocier des contingents de travailleurs immigrés en tentant de casser toutes les mesures de protection contre le dumping. L'ensemble du monde du travail en sortira perdant, Suisses comme immigrés. Nous courrons un grand risque de démantèlement des conditions de travail. Nous mettrons tout en œuvre pour empêcher cela».

Contrer le dumping
Dans un communiqué diffusé à l'issue de la votation, Unia constate que «le résultat du scrutin montre que jusqu'ici, le Conseil fédéral et le Parlement n'ont pas suffisamment pris au sérieux les craintes de la population. Ils ont ainsi négligé d'améliorer, comme le leur demandaient les syndicats depuis longtemps, les mesures d'accompagnement à la libre circulation des personnes. Or, il est certain que les instruments en place ne suffisent pas pour prévenir les abus comme le dumping salarial auquel se livrent des employeurs peu scrupuleux.»
Le «oui» à cette initiative isolationniste «est donc un vote de sanction contre l'inaction du Conseil fédéral, des partis bourgeois, d'Economiesuisse et des autres associations patronales». Unia annonce vouloir s'engager «de toutes ses forces pour que les travailleurs et travailleuses ne fassent pas les frais de cette initiative. Il serait inacceptable qu'elle affaiblisse la protection des salaires et qu'elle précarise la situation juridique des migrants et migrantes». Du coup, le syndicat «s'opposera à toute tentative de démanteler les droits des travailleurs et travailleuses, notamment le droit de vivre en famille et celui d'obtenir les même conditions d'emploi et de salaire que toutes les personnes travaillant en Suisse.»
Unia rappelle que pour contrer le dumping salarial et social, «il est nécessaire de préserver et étendre les moyens de contrôle des commissions paritaires et tripartites. De même, qu'il faudra faciliter la déclaration de force obligatoire des conventions collectives de travail. En outre, un salaire minimum légal pour tous, comme le préconise l'initiative des syndicats, est plus essentiel que jamais. Lui seul pourra mettre un holà au dumping salarial pratiqué par de nombreux employeurs, de garantir des salaires équitables pour tous et de protéger efficacement le niveau des rémunérations en Suisse».

Rendez-vous le 18 mai
Pour mémoire, la participation à ce scrutin s'est élevée à 55,8%, le taux le plus élevé depuis cinq ans. Tous les cantons romands ont rejeté l'initiative, Vaud à 61,1%, Genève à 60,9%, Neuchâtel à 60,7%, Jura à 55,9%, Valais à 51,7% et Fribourg à 51,5%. Sur les 17 cantons alémaniques, seuls trois ont dit non: Bâle-Ville, Zurich et Zoug.
Le Tessin se singularise pour sa part avec un taux d'acceptation de 68,2%. «Nous nous attendions malheureusement à un tel résultat», comment Saverio Lurati, ancien secrétaire syndical Unia et président du PS tessinois. Au Tessin en effet, le poids de la sous-enchère salariale et de la dérégulation sociale est particulièrement pesant, voire étouffant, comme peuvent en attester l'existence scandaleuse de nombreux salaires de 3000 francs et même dans certains cas de 2000 francs. «Nous avons tiré la sonnette d'alarme mais nous n'avons pas été entendus. La patronat aurait dû s'apercevoir que la libre circulation devrait profiter aussi aux travailleurs et pas seulement à ceux qui font des profits sans se soucier du sort des salariés. Le déséquilibre est trop grand, souvent insupportable. Les milieux politiques et patronaux de ce canton portent une lourde responsabilité dans l'adoption de cette initiative qui posera davantage de problèmes qu'elle n'en résoudra.»
A Genève où l'on pouvait nourrir de grosses craintes face à la pénétration du discours anti-frontaliers du MCG, le score en faveur de l'initiative, avec un peu moins de 40%, s'est révélé moins ample que prévu. «Je crois que notre campagne syndicale très offensive a bien été entendue», présume Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia et président de la Communauté genevoise d'action syndicale. «J'en veux pour preuve que même dans les zones populaires habituées à voter MCG, l'initiative a été rejetée. Je crois qu'il est faux de penser que tous ceux qui étaient attirés par le "oui" sont des xénophobes. Beaucoup avaient simplement peur pour leur emploi et leurs conditions de travail. Notre rôle était donc de leur monter que les responsables du dumping social n'étaient pas leurs collègues étrangers mais les patrons qui se livrent à de telles pratiques.»
Ainsi que le souligne Vania Alleva, ce résultat «incite le syndicat à mettre toutes ses forces dans les futures batailles pour préserver les salaires et les conditions de travail.» Et le prochain round se déroulera le 18 mai prochain, avec la votation sur l'initiative syndicale sur les salaires minimums.

Pierre Noverraz

 

 

Edition n° 7 du 12 février 2014

 
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