Les droits des travailleurs piétinés à Sotchi
Alors que les jeux olympiques d'hiver ont démarré en Russie, l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois dénonce

Le 6 février, l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois a manifesté à Genève devant la mission permanente de la Russie pour dénoncer l'exploitation des travailleurs sur les chantiers des JO d'hiver de Sotchi, notamment les conditions de travail dangereuses, le non-paiement des salaires et les journées de travail de plus de 12 heures. Selon la fédération, plus de 60 ouvriers auraient péri pendant les travaux. Dans ce contexte, l'IBB lance une campagne sur les droits des travailleurs pour éviter de telles catastrophes sur les chantiers de la Coupe du monde de football 2018, aussi accueillie par la Russie.

Si la Russie peut se vanter d'accueillir en ce moment même à Sotchi les Jeux olympiques (JO) les plus coûteux de l'histoire, elle fait profil bas quant au record de morts sur ses chantiers. En effet, l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) estime que plus de 60 ouvriers auraient péri lors des travaux de construction, alors que les statistiques officielles font état, entre 2009 et 2011, de 71 accidents dont la moitié d'entre eux auraient été fatals. C'est afin de dénoncer l'impunité de l'exploitation de ces hommes que la fédération syndicale a manifesté le 6 février à Genève devant la mission permanente de la Russie auprès de l'ONU. En tenue de sport d'hiver, les militants syndicaux ont posé avec des médailles «de la honte» pour rappeler les décès, les blessures, les accidents et les conditions de travail scandaleuses qui se cachent derrière les JO de Sotchi. «Ce sont des coûts tragiques en vies humaines et l'impunité de l'exploitation des travailleurs dans les méga événements sportifs doit cesser», s'est exprimé Ambet Yuson, secrétaire général de l'IBB.

Dénoncer un «esclavage moderne»
«La situation à Sotchi est inacceptable, continue Marion Hellmann, secrétaire général adjoint. C'est une tragédie humaine.» Ce dernier nous dresse le tableau de l'exploitation des travailleurs: conditions de travail dangereuses, salaires impayés, journées de travail de plus de 12 heures, mauvaises conditions de logement ou encore travailleurs migrants (en provenance d'Asie centrale, d'Europe du Sud-Est et de Turquie) victimes de traite humaine. A ce jour, l'IBB a obtenu le rapatriement de 150 travailleurs.
Face à la violation «flagrante» des normes et des conventions internationales de travail par le Gouvernement russe mais aussi face à l'inaction du Comité international olympique (CIO) face à «l'esclavage moderne» ayant eu lieu pendant la préparation de ces JO, l'IBB en appelle à la communauté internationale. «Nous exhortons les Nations Unies et l'Organisation internationale du travail à enquêter sur ces pratiques et à tenir les gouvernements et les associations sportives internationales ainsi que leurs entrepreneurs-fournisseurs responsables de leurs actes», a revendiqué Ambet Yuson.
Alors que la Russie accueillera, quatre ans après Sotchi, la Coupe du monde de football en 2018, l'action du 6 février était aussi l'occasion pour l'IBB de lancer sa campagne mondiale sur les droits des travailleurs dans la préparation de l'événement de la Fifa. «Nous demandons au Gouvernement russe de mettre en place un dialogue social avec les syndicats afin d'accompagner les travailleurs pour les quatre années à venir et pour éviter que le chaos de Sotchi ne se répète», explique Marion Hellmann.

Abrogation de la loi FZ Fifa !
Et afin que la préparation de la Coupe du monde se passe dans des conditions décentes, l'IBB exige l'abrogation de la loi FZ Fifa N°108, une loi russe adoptée en juin 2013 qui priverait des droits et normes du travail les travailleurs œuvrant sur le chantier de la Coupe du monde 2018. Et donnerait libre cours aux employeurs sur la façon d'employer des migrants sans tenir compte des normes du travail. Face à cette menace, l'IBB reste optimiste: «Nous avons espoir que cette loi soit abrogée, confie Marion Hellmann. Une lettre a été envoyée à la Douma et au président Poutine.» Pour que les travailleurs fassent, eux aussi, partie de l'équipe...

Manon Todesco

Plus d'infos sur www.bwint.org

 

Edition n° 7 du 12 février 2014

 
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