Le savon dans sa plus noble version
Dans son laboratoire à Vionnaz, Laurence Machot fabrique des savons et cosmétiques. Reportage dans un microcosme de fragrances

Artisan savonnier, Laurence Machot a transformé une pièce de sa maison à Vionnaz, en Valais, en laboratoire. Dans cet espace fleurant bon les huiles essentielles, elle fabrique ses savons, en version dure et liquide, et aussi des cosmétiques. Un travail, une passion plutôt, qui l'amène aussi à fréquenter régulièrement les marchés pour vendre ses produits. Une autre facette de son activité qu'elle aime, appréciant les contacts après de longues heures de «cuisine» en solitaire...

Le laboratoire est petit mais fonctionnel. Et surtout, il flatte l'odorat, empli de délicieuses senteurs. Un microcosme où Laurence Machot passe la plupart de son temps, hors des périodes de vente sur les marchés. Comme ces jours, après le stress de Noël. Penchée sur une grosse marmite posée sur une plaque chauffante, la jeune femme de 41 ans, munie d'un tablier, de gants et les cheveux attachés, remue délicatement une étrange mixture. Un liquide où flottent des morceaux de beurre de coco et de karité dans de l'huile de tournesol, d'olive et un cinquième ingrédient dont elle ne dévoile pas le nom, secret de fabrication oblige. «J'ai mis deux ans à trouver la formule idéale», se justifie cette native de France sans se laisser distraire de sa cuisine. «Le tout doit fondre, mais pas trop rapidement, et à une température n'excédant pas une quarantaine de degrés.» Parvenue au résultat souhaité, l'artisane apprête, dans un autre récipient, le reste de la base qui lui servira à fabriquer ses savons: de l'eau - déminéralisée pour éviter les dépôts - mariée à de la soude. Une potion explosive qui explique la raison des lunettes de protection qu'elle porte. «La soude, caustique, est hyper dangereuse», lance la quadragénaire tout en déposant dehors, sur le bord de la fenêtre, la composition nimbée de fumerolles et arrachant des quintes de toux.

Question de trace
L'éducatrice - la première profession de Laurence Machot - transformée en chimiste, procède ensuite à la réunion des deux préparations, soit la saponification. Et non sans préciser l'importance des proportions. «Il faut être très précis dans les quantités», déclare-t-elle tout en incorporant l'eau et la soude aux matières grasses avant de saisir un mixeur électrique pour touiller «la mayonnaise», comme elle dit. Il s'agit là de l'opération la plus délicate du processus car elle nécessite de trouver le juste équilibre entre une pâte pas trop épaisse, qui risque de se figer, ni trop liquide. Sa boussole? La texture et l'habitude. «Si la masse goutte au bout de mon Bamix, c'est qu'elle est encore trop fluide. Le but est d'arriver à ce qu'on appelle la trace, soit le bon milieu», fait-elle remarquer en dessinant à la surface de l'onctueuse pâte jaune aux allures de crème à la vanille une arabesque témoignant du résultat escompté. Il ne reste alors plus qu'à ajouter les huiles essentielles, choisies en fonction des parfums désirés, et représentant, pour huit kilos de savon, 2 à 3% de la composition.

En cure
Le mélange terminé, Laurence Machot le verse dans un moule avec un fond amovible qu'elle a bricolé elle-même comme tout son outillage ou presque d'ailleurs. Auparavant elle peut aussi y ajouter des colorants - issus de minéraux et végétaux, donc 100% naturels, précise-t-elle - qui n'ont d'autres valeurs que celles esthétiques. Intervient alors une phase de séchage dans des boîtes en Sagex, «pour maintenir la chaleur et générer la réaction chimique qui va faire durcir la pâte» durant 24 à 36 heures, suivie du découpage. Pour ce faire, Laurence Machot utilise un autre outil de son invention, doté d'un fil comme pour couper le beurre - «une corde de la note mi» - sourit-elle. Les pièces de 85 grammes prêtes, elles feront l'objet d'une phase de repos durant deux à trois mois. «On dit alors que les savons sont en cure. Ce laps de temps passé, je procède à un nouveau contrôle qualité, puis à l'estampillage, et à l'emballage, le tout fait main.» Marqués du label de Laurence Machot - un trèfle à quatre feuilles et des initiales AS, pour Artisan Savonnier - les savons conditionnés dans un écrin transparent et munis d'une étiquette précisant leur nom, composition et vertus n'attendent alors plus que leurs acquéreurs...

Gamme envoûtante
Parmi les plus prisés, il y a «Peau douce» à base de géranium, lavande et arbre à thé, «Matin tonique», mariant eucalyptus, menthe, romarin et cannelle, «Relax» à la marjolaine, au lavandin, au vétiver et au ylang-ylang, «Jouvence»... «Aphrodite»... «Namasté»... Les uns prometteurs de douceur, les autres de moments de sensualité ou encore de détente, d'évasion, de jeunesse... Bref toute une gamme aussi envoûtante par ses senteurs que par l'imaginaire qu'elle titille. Et avec en prime, l'assurance de savons naturels favorisant également le commerce local et équitable. «J'utilise dans la mesure du possible des produits bio, du cru, de haute qualité. Pour le beurre de karité, je me fournis à la Fondation du centre écologique Albert Schweizer qui travaille avec des femmes du Burkina Faso», note Laurence Machot, soucieuse d'éthique et d'environnement, et recourant aussi à des plantes de son jardin qu'elle entend d'ailleurs encore étoffer.

Une création par an
Fabriquant 600 à 800 kilos de savon par an et, dans leur version liquide, quelque 300 litres, l'artisane s'est également lancée dans la création de cosmétiques 100% naturels. Elle écoule essentiellement sa marchandise sur les marchés - j'y consacre une centaine de jours par année - mais aussi via son site Internet et par quelques ventes directement à son domicile. «Cette activité me rapporte un modeste salaire comparé aux heures qu'elle exige. Mais elle évolue dans le bon sens, les gens étant de plus en plus intéressés par les produits écolos. J'espère à l'avenir pouvoir engager une personne pour m'épauler dans la vente.» Dans ce contexte, le prix du savon, vendu 6 francs pièce, reste raisonnable. Et fait l'objet de constantes nouvelles recherches de la passionnée. «Ce que je préfère dans mon travail? La création. Chaque année, je réalise une nouvelle composition, marie de nouvelles senteurs», s'enthousiasme Laurence Machot qui a non seulement du nez mais aussi la patience et la précision nécessaires à son travail. Car si son compagnon, laborant, lui a appris le ba.a-ba du métier, elle a inventé ses propres formules. «Ma recette est unique. Je ne l'ai pas copiée. J'ai tâtonné longtemps avant d'arriver à un produit qui ne fonde pas trop vite, nettoie et hydrate la peau» déclare l'artisane qui a commencé par faire des savons pour son usage personnel et celui de son entourage avant de se lancer dans l'aventure commerciale. Mais comment qualifierait-elle ses savons? «Je dirais qu'ils sont naturels, artisanaux, uniques et, aussi, simples... à mon image», conclut Laurence Machot, sans se faire mousser. 


Sonya Mermoud

Davantage d'informations: www.lartisansavonnier.ch

 

 

Edition n° 7 du 12 février 2014

 
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