L'art c'est ma vie
Peintre et sculptrice véronique Marmet travaille de manière intuitive, avec ses tripes

Elle a le goût des grands formats et des défis et rayonne d'une lumineuse énergie. Un dynamisme qu'elle consacre essentiellement à la création, passant des pinceaux trempés dans l'huile à la meuleuse ou à l'appareil à souder, passionnée aussi bien par la peinture que par la sculpture. Elle, c'est Véronique Marmet et sa double vie artistique. Une belle femme de 45 ans, aux yeux azur - sa couleur préférée déclinée aussi souvent dans ses habits -, rencontrée dans son atelier de Lonay (VD). Dans ce vaste espace abritant également plusieurs meubles de sa fabrication, la Vaudoise explore et transcrit les mondes de ses émotions. Autrefois seulement sur toile et, depuis 2007, aussi par le biais d'imposantes œuvres de métal.

Magique!
«Cette dernière activité nécessite alors une excellente forme, aussi bien physique que mentale», relève la jeune femme élancée et toute en finesse, accentuant le contraste avec la grandeur de ses compositions et les outils «virils» utilisés pour découper et assembler les pièces qui les forment. Et non alors sans porter des vêtements, un casque, un masque et des lunettes de protection. «J'aime faire corps avec la matière. Me battre. Défricher de nouvelles terres. J'opte pour la sculpture quand je ressens le besoin de construire.» Mais pourquoi avoir choisi le métal? «J'apprécie ce matériau froid et dur qui, sous la flamme du chalumeau, se métamorphose, devient malléable, tendre et doux. C'est magique», relève la sculptrice précisant ignorer, au début de l'œuvre, son devenir. «Elle se crée au fur et à mesure.» Avec pour résultat, observé à son atelier, de drôles de bêtes dont un inoffensif «scorpion schizophrène», un «oscar l'ermite» qui possède la caractéristique d'occuper les coquillages des autres ou encore une «pie voleuse», à l'extraordinaire plumage de dentelle métallique...
Peu séduite par l'art conceptuel, Véronique Marmet, autodidacte, dit travailler «à l'instinct, avec ses tripes» et puiser son inspiration dans la vie de tous les jours, les êtres humains et... les injustices. Mais pas question de chercher à transmettre des messages. Ou de choquer. «J'aime la beauté, j'avance dans ce sens même si des sentiments de révolte peuvent émaner de mes créations», affirme l'artiste engagée aujourd'hui dans une démarche picturale mettant en scène une forme de base déclinée de plusieurs manières et dans différents coloris. «Je suis actuellement dans une période de séries et de teintes vives. Avec une forme initiale qui évolue. A l'image des différentes facettes des personnes», explique la peintre notant aussi l'aspect ludique de ce travail. Et modérément affectée par le regard des spectateurs sur ses œuvres. «Il compte sans compter. Je crée d'abord pour moi. Mais si ça génère des émotions ou des questions, c'est alors réussi. Le plus terrible étant l'indifférence...» Pour cette amoureuse de l'existence, la peinture et la sculpture lui offrent en tout cas «un supplément de vie». Tout comme l'alpinisme, une autre passion de Véronique Marmet.

Plus c'est haut...
«J'adore la haute montagne. L'adrénaline. L'effort», explique la sportive animée par ce besoin constant de défi. De dépassement. D'apprivoisement de la peur. Des traits de caractère qui ont conduit Véronique Marmet à gravir plusieurs 4000 mètres. Récompensée par des paysages d'une beauté à couper le souffle. De quoi titiller le cœur de cette femme hypersensible, qui verse facilement des larmes, qu'elles soient de joie ou de tristesse. Quand bien même, c'est la gaieté qui semble le plus souvent l'emporter. «Le bonheur? C'est ma vie, ma philosophie» affirme-t-elle, un large sourire aux lèvres, elle qui, de nature optimiste, cultive la pensée positive. Et doit certainement aussi sa personnalité solaire à sa curiosité et à sa capacité d'adaptation.

L'humour en prime
Cette ouverture est également nourrie par son goût de la lecture, du théâtre, de la musique, de la danse et des voyages. Des séjours courts ou longs, à l'image des deux années non consécutives qu'elle a passées à New York. Une ville «culturellement très riche» mais où il lui manquait la nature qui la ressource alors qu'elle espère aujourd'hui visiter le Japon. Ce projet dépendra probablement aussi des moyens financiers, Véronique Marmet connaissant des périodes de disette escortées par le doute. «J'essaie alors de garder confiance... même avec le frigo vide.» Pas de quoi en tout cas remettre en question la voie suivie même s'il faut, de temps à autre, effectuer des mandats commerciaux - l'artiste est titulaire d'un CFC de commerce - pour arrondir les fins de mois. Mieux que de sacrifier à des commandes picturales, assure-t-elle, et toujours prête à rajouter une couche d'humour et de rires, un autre de ses atouts. Rien d'étonnant dès lors de l'entendre dire: «L'art, c'est ma vie. Le plus important, c'est de faire quelque chose qui me plaît, avec amour.» Tout un programme que Véronique Marmet mène avec superbe, fougue et passion... 


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 8/9 du 19 février 2014

 
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