Pilotes d'avion payés 2000 francs brut
Les employés de Sonnig SA tous licenciés ont dénoncé leurs conditions de travail scandaleuses

Suite au licenciement de l'ensemble des employés de la société genevoise d'aviation privée Sonnig SA, ceux-ci dénoncent les conditions de travail dans lesquelles ils étaient contraints d'exercer, notamment des salaires de misère à 2000 francs et des horaires de travail intenables. Soutenus par le syndicat Unia, ils réclament l'annulation des licenciements et appellent la direction de l'aéroport à leur garantir un nouvel emploi décent. Témoignages.

Les cas de dumping se suivent et... se ressemblent à l'Aéroport de Genève. Cette fois, c'est la société genevoise d'aviation privée Sonnig SA qui a été épinglée par le syndicat Unia. Aux côtés des employés, celui-ci a dénoncé publiquement le 6 mars des salaires de misère de 2000 francs brut pour des pilotes d'avion à plein temps, mais aussi des horaires de travail violant les dispositions en vigueur de la Loi sur le travail. Une démarche qui fait suite au licenciement le 26 février de l'ensemble des employés de Sonnig SA (environ 30 personnes), sans que le délai de congé légal soit respecté, après que l'entreprise se soit récemment vu retirer ses licences de vol par l'Office fédéral de l'aviation civile pour non-respect des conditions de sécurité. «C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et qui a décidé les travailleurs à agir pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail», note Umberto Bandiera, secrétaire syndical à Unia qui suit le cas depuis plus d'un an.

Travail non-stop
Souhaitant témoigner anonymement, les quelques travailleurs présents portaient des masques blancs. «En tant que pilote, il fallait être disponible tout le temps, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Les jours fériés n'existaient pas. Nous étions censés travailler 40 heures par semaine mais nous faisions souvent plus, pour seulement 2000 francs brut par mois. Avec ce salaire, nous sommes contraints d'habiter dans l'Ain, en France, car il est impossible de vivre à Genève avec un tel revenu. Avec trois collègues, nous sommes en colocation pour pouvoir partager les frais.» Italiens pour la plupart, les employés ont quitté leur pays pour la Suisse, séduits par les promesses de l'employeur. «On nous a promis que notre salaire serait augmenté selon notre temps de vol, mais cela n'a pas été le cas.» De même, ce travailleur raconte que les employés ont dû financer eux-mêmes des formations internes s'élevant parfois jusqu'à 6000 euros, et ce, sans contrepartie salariale. «Il m'est arrivé de travailler 40 heures en deux jours, avec seulement 8 heures de pause, poursuit un autre travailleur. Nous sommes supposés faire au maximum 4 vols par jour ou 12 heures d'affilée, mais cela n'était pas respecté. Nous faisions du non-stop, parfois pendant plus de trois jours, et nous n'avions pas le choix: le client a payé donc on doit voler. Nous devions aussi être disponibles à toute heure: je pouvais être appelé à la maison pour un vol qui partait dans les 30 minutes. Avec la crise en Italie, j'ai accepté ce travail car j'en avais besoin, mais je ne me rendais pas compte que le coût de la vie était aussi élevé à Genève.»

Assurer la continuité de l'emploi
Dans ce contexte, le syndicat appelle la direction de Genève Aéroport à prendre ses responsabilités. Un courrier a d'ailleurs été adressé à son président, le conseiller d'Etat Pierre Maudet, pour qu'une rencontre ait lieu et qu'un plan de sauvetage soit trouvé. «Nous demandons une continuité de l'emploi, indique Umberto Bandiera. Que ce soit avec Sonnig SA ou une autre société, mais que les conditions de travail de ce personnel qualifié soient dignes et décentes.» «Nous ne demandons pas des salaires de 10000 francs, ajoute un employé. Juste le minimum pour pouvoir vivre ici.» De son côté, Sonnig SA s'est montrée ouverte à rencontrer les travailleurs et leur syndicat, mais les licenciements n'ont toujours pas été annulés.
Face à la dégradation générale des conditions de travail qui fait rage à l'Aéroport de Genève - comme l'atteste aussi la grève surprise des bagagistes de Swissport ce dimanche - mais également face au refus de la majorité des compagnies et des sociétés sur le site de négocier des conventions collectives de travail, Unia rappelle l'urgence d'instaurer un salaire minimum légal. «Ce n'est pas un caprice de quelques syndicalistes mais un réel besoin», conclut Umberto Bandiera. 


Manon Todesco

 

Edition n° 11 du 12 mars 2014

 
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