Accord trouvé pour le chantier Zara
Après deux semaines d'arrêt des travaux la filiale d'Inditex a accepté de verser 450'000 francs d'arriérés de salaire

Des travailleurs détachés payés entre 900 et 2000 euros par mois ont été découverts à la mi-février sur un chantier zurichois. Unia avait bloqué les travaux et a obtenu, après deux semaines d'arrêt, un accord pour que les salaires suisses soient versés. Une centaine de travailleurs sont concernés.

Le tour de force d'Unia sur le chantier Zara à Zurich a payé. Après deux semaines de blocage total des activités de rénovation d'un bâtiment où avait été découvert un grave cas de sous-enchère salariale, avec des travailleurs détachés payés entre 900 et 2000 euros par mois et effectuant des horaires de plus de 60 heures par semaine (voir L'ES du 12 mars dernier), un accord a été trouvé avec Goa Invest, le maître d'ouvrage. Filiale de la société espagnole Inditex, propriétaire de l'empire Zara, Goa Invest a fourni au syndicat la liste des sous-traitants actifs depuis l'automne dernier sur ce chantier et de leurs travailleurs. En tout, une bonne centaine d'ouvriers, venus d'Espagne pour construire la future boutique phare de Zara, à deux pas de la gare de Zurich.

Conditions suisses à respecter
Goa Invest a versé 450000 francs sur un compte bloqué afin de payer aux ouvriers ce qu'ils auraient dû toucher selon les conditions de salaire suisses. Cette somme sera-t-elle suffisante? «Certains travailleurs ont déjà reçu une partie de leurs arriérés, mais nous allons calculer précisément le solde, en tenant compte des compléments pour les heures supplémentaires et pour le travail du samedi, ainsi que du niveau de qualification du personnel. La somme obtenue de Goa Invest est basée sur notre propre estimation», souligne Lorenz Keller, porte-parole d'Unia Zurich. Il ajoute que l'accord, ayant permis la réouverture du chantier le mardi 11 mars, prévoit en plus le versement de 150000 francs à l'œuvre d'entraide Solidar Suisse. «Nous avons également fait le nécessaire pour que les conditions de travail soient respectées à l'avenir sur ce chantier. Et allons informer les travailleurs de leurs droits au moyen d'un tract.»

Mesures insuffisantes
Lorenz Keller informe encore que la société sous-traitante Incoga Norte, pour laquelle travaille Juan Carlos, le maçon ayant dénoncé la situation sur le chantier, ne reviendra pas à Zurich. Ce dernier (voir aussi ci-contre) avait été renvoyé dans son pays à la mi-février, la direction ayant su qu'il tentait d'organiser une réunion entre ses collègues et le syndicat. Comme son entreprise a été exclue du chantier, il se voit contraint de terminer son contrat en Espagne.
«L'affaire Zara ne fait qu'allonger la liste des cas de dumping salarial et montre que les mesures en place ne permettent pas d'éradiquer cette sous-enchère», note Unia Zurich dans un communiqué. Le syndicat estime que seule l'interruption d'un chantier peut amener certains maîtres d'ouvrage à respecter les salaires suisses. Et annonce le lancement prochain d'une initiative cantonale pour que les autorités puissent suspendre les travaux en cas d'infraction.
Pour sa part, José Abelenda, syndicaliste d'Unia Bienne qui avait été informé par Juan Carlos et avait transmis le cas à ses collègues zurichois, est très satisfait: «Ce résultat montre que l'on peut faire plier une grande entreprise comme Inditex et la soumettre aux règles en vigueur. Nous devons encourager les travailleurs à s'unir pour dénoncer de tels cas, et les protéger des représailles. Car il est inadmissible que Juan Carlos en paie aujourd'hui les frais.»

Sylviane Herranz


Témoignage :

«Ils veulent m'humilier, parce que j'ai parlé...»
«Je suis content de ce qui a été obtenu. Nous ne sommes plus au temps de l'esclavage! Si une personne travaille, elle doit toucher le salaire qu'elle mérite», lance Juan Carlos, depuis La Corogne en Galice. C'est grâce à lui qu'Unia a eu connaissance de l'exploitation des travailleurs sur le chantier de Zara à Zurich. «Nous travaillions en moyenne 10h et demie à 11h par jour. Parfois 12h ou 14h. Nous étions obligés de travailler le samedi et n'avions que le dimanche pour nous reposer. J'ai aussi travaillé deux nuits, payées comme du travail de jour.» Pour les trois semaines œuvrées en janvier, Juan Carlos avait touché 600 euros net, soit 750 francs. Une misère alors que ce maçon qualifié aurait dû être payé 5400 francs brut, plus les suppléments pour les vacances, le 13e salaire et les heures supplémentaires.
«On ne peut pas traiter les gens aussi mal. Nous étions neuf de Incoga Norte à Zurich. J'ai essayé de faire bouger mes collègues mais ils n'ont rien fait, ils avaient peur. Il n'y a pas de travail ici en Espagne...» Après son renvoi à la mi-février, Juan Carlos a été placé dans un entrepôt de matériel. «Ils m'ont dit de balayer. Ça fait trois semaines que je balaie... Je n'ai rien à faire, il n'y a personne ici, juste une caméra avec laquelle ils me surveillent sans doute. Ils veulent m'humilier, se venger parce que j'ai parlé. Mais je n'aime pas les injustices. Et je vais jusqu'au bout!» Juan Carlos dit encore n'avoir qu'une envie: que son contrat prenant fin en avril se termine. «Et si je trouve du travail en Suisse, je pars tout de suite!»

Propos recueillis par SH

 

 

Edition n° 12 du 19 mars 2014

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page