Un patron licencié suite à la mobilisation du personnel
Le directeur d'une entreprise vaudoise a été évincé suite à ses harcèlements moraux et sexuels

Des salariés ont dénoncé un cas de mobbing et de harcèlement sexuel au syndicat Unia. Trois semaines et un audit externe plus tard, leur directeur a été mis à l'écart. Un cas exemplaire de lutte.

Une fois n'est pas coutume, un directeur a été licencié de son poste par son conseil d'administration suite à la mobilisation de la majorité des salariés d'une entreprise installée dans le canton de Vaud. Un audit externe a conclu que ses agissements étaient «potentiellement condamnables» au sens de la Loi sur l'égalité (LEg). Après trois semaines de lutte, plusieurs employées contactées se disent soulagées et heureuses de ne plus avoir à subir leur supérieur décrit comme un manipulateur aux visages multiples. Toutes étaient prêtes à perdre leur emploi - qu'elles adorent pourtant - tant la situation était devenue intolérable. Après des mois, voire des années pour certaines, de pressions psychologiques, de mobbing et de harcèlement sexuel, la dépression de l'assistante de direction, Anne*, a été le déclencheur de la lutte. «La mise en arrêt maladie de ma cheffe nous a fait penser que nous allions être les prochaines si on ne réagissait pas», souligne Florence*. Elles ont donc pris contact avec le syndicat Unia, qu'elles louent aujourd'hui pour son aide exemplaire. «Le soutien permanent du syndicat nous a aidés à supporter cette période de tensions», souligne Anne.

Cercle vicieux
Samantha*, Joséphine*, et Victoria*, ont subi le même manège pernicieux de la part de leur supérieur. Se sentant redevables d'avoir été engagées, elles se sont retrouvées confrontées à un directeur à la drague bon enfant d'abord, puis de plus en plus insistante, et qui s'accompagnait invariablement de propos vulgaires. Quand il n'arrivait pas à ses fins, s'ensuivait des reproches, des insultes, ou encore une mise à l'écart... Il avait aussi pris l'habitude d'envoyer à son personnel, par e-mail, des articles et des photos à caractère sexuel.
Un des employés masculins, qui a aussi subi les humeurs intempestives de son supérieur, relève dans un témoignage écrit avoir été choqué à plusieurs reprises par les propos dégradants tenus à l'encontre du personnel féminin: «Le malaise était présent même si toutes se forçaient à sourire et acquiesçaient afin de ne pas, j'imagine, entrer en conflit. Celui-ci s'allongeait sur elles dans la salle de pause, les appelait "salopes", les rabaissait sans cesse. (...) Il essayait toujours de connaître des détails privés sur leurs relations amoureuses et sexuelles. Il parlait vulgairement en permanence. Je n'ai jamais connu de tels agissements en entreprise; je ne comprends pas comment une personne avec un tel poste à responsabilité puisse être à ce point malsaine et manipulatrice.»

Audit externe
Face à la détresse du personnel, Unia a interpellé le conseil d'administration et un audit externe a été mené début mars par deux personnes, l'une provenant d'un organisme patronal et l'autre du syndicat Unia.
Anne raconte: «Le représentant patronal nous a demandé pourquoi nous n'avions pas réagi plus tôt et pourquoi nous rigolions avec le directeur, cela a remué beaucoup de choses...» «J'ai honte de m'être laissée manipuler comme ça. C'est comme si on avait subi un lavage de cerveau», renchérit Victoria.
Ce caractère ambigu des relations entre directeur et employés est relevé dans le rapport d'audit: «Il est ainsi de bon ton de participer activement à ces échanges (de blagues salaces) au risque de passer pour un rabat-joie et d'être raillé, sinon carrément insulté par le directeur devant les autres collègues.» Les auditeurs concluent que «plusieurs personnes nous sont apparues dans un état de fragilité psychique particulièrement inquiétant (...) Les perspectives d'un rétablissement des relations de confiance et un retour dans un climat professionnel normalisé nous semblent donc fortement compromises.»
Le conseil d'administration a suivi leurs conclusions. Le directeur incriminé a été relevé de ses fonctions sur-le-champ. Il n'a plus le droit de mettre les pieds dans l'entreprise. Selon plusieurs employées, il continuerait toutefois à répondre aux questions professionnelles des collaborateurs via e-mails, en attendant l'engagement d'un nouveau directeur. Yves Defferrard, responsable du secteur industrie d'Unia Vaud, relève: «Cette histoire montre que la mobilisation des salariés paie. Elle est un exemple de lutte pour tous les employés qui pourraient vivre pareille situation...» Le personnel a ainsi retrouvé sa dignité. Victoria souligne: «Je ressens aujourd'hui une grande fierté qu'on ait osé dire stop!»

Aline Andrey

* Tous les noms ont été modifiés.

 

Extraits de témoignages écrits par des employées

«Il pouvait me demander de discuter tout l'après-midi avec lui (...) et si je lui disais que je devais travailler, il me disait: "C'est moi le patron, c'est moi qui décide quand tu travailles." Il lui arrivait souvent de me dire alors "c'est quand que tu me suces?" en prétextant la plaisanterie. (...) Après un an dans cette entreprise, j'ai commencé à prendre mes distances avec lui, car, après plusieurs excès de colère au milieu de l'agence, il commençait à me faire peur et son humour devenait vraiment déplacé.» Samantha

«Un surnom lui a été donné par les techniciens (...): "DSK." X* a fini par l'entendre. Un matin il est arrivé au bureau avec une rage impressionnante! (...) Il a commencé à jeter des coups de pied un peu partout contre les meubles et les murs, a balancé par terre le matériel de bureau qui se trouvait sur les meubles, puis est parti en hurlant: "Vous êtes lâches, vous êtes tous des hypocrites de merde. Vous êtes tous des connards dans cette boîte."» Anne

«Le fait d'obtenir ce poste a été un nouveau départ professionnel et j'étais très reconnaissante envers Monsieur X* de m'avoir laissé cette chance. (...) Avant de m'appeler "salope", il m'appelait "ma petite fleur des Alpes" et "Doudou". Quand nous allions en pause, il faisait tout un cinéma pour être à côté de moi et mettre sa tête sur mes jambes. Je lui ai toujours dit non, mais il s'imposait physiquement et je ne me voyais pas le mettre en bas du canapé vu sa position hiérarchique.» Victoria

 

 

Edition n° 13 du 26 mars 2014

 
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