Le salaire minimum une question de décence
Le comité valaisan du oui au salaire minimum a fait entendre sa voix au coeur de la ville de Sion

Branle-bas de combat en faveur du salaire minimum à 4000 francs par mois lors de différentes journées d'action organisées notamment à Fribourg et en Valais. A Sion, un comité piloté par l'Union syndicale valaisanne a tenu mercredi passé une conférence de presse. Elle était organisée au cœur de la ville, à proximité du magasin Tally Weijl, rémunérant ses employés moins que les 22 francs de l'heure réclamés par les initiants... La coalition a aussi donné la parole à une ex-employée d'usine qui, payée 3000 francs par mois, a témoigné de la difficulté de vivre avec un montant si bas. La question sera tranchée dans les urnes le 18 mai prochain.

Animation particulière au cœur de la ville de Sion, mercredi dernier. Devant un stand entouré de banderoles géantes, le comité valaisan du OUI au salaire minimum, réunissant des représentants de syndicats et de partis politiques, a tenu une conférence de presse sur la rue, à proximité du magasin d'habits Tally Weijl. Un lieu qui ne relevait en rien du hasard... «L'endroit est symbolique. Cette enseigne, comme de nombreuses autres, ne verse pas un salaire décent à ses collaborateurs. Elle ne paie pas les 4000 francs réclamés par l'initiative», a déclaré Mathias Reynard, président de l'Union syndicale valaisanne, avant de céder la parole à une ex-employée d'usine, rémunérée 3000 francs brut par mois (voir ci-dessous). La coalition a ensuite présenté ses différents arguments.

Effets positifs sur l'économie
Secrétaire syndical d'Unia, Blaise Carron a expliqué que la question des salaires minimaux n'était pas nouvelle dans nos frontières, existant dans les branches soumises à une Convention collective de travail (CCT) de force obligatoire. «Mais seulement un travailleur sur deux en bénéficie... Nombre d'employeurs ne veulent toujours pas entendre parler de CCT... La porte est ainsi grande ouverte aux abus et aux pressions salariales. C'est pourquoi il faut fixer un salaire minimum légal.» Selon Blaise Carron, les rémunérations de misère sont particulièrement fréquentes dans les grandes chaînes de vêtements et de chaussures «dont les fortunes de leurs propriétaires se chiffrent pourtant en milliards.» «Un quart du personnel y gagne un salaire horaire inférieur à 22 francs... Il n'y a pas de redistribution des richesses créées par les employés. Et le patronat est réfractaire à la conclusion de CCT.» Le syndicaliste a aussi relevé les effets positifs d'un salaire minimum - propre à lutter contre le dumping et la concurrence déloyale - sur l'économie. «Il améliorerait le pouvoir d'achat des bénéficiaires. Il induirait des recettes supplémentaires annuelles pour les assurances sociales d'environ 300 millions de francs. Les rentrées fiscales augmenteraient de 173 millions de francs. Enfin, l'aide sociale pourrait économiser environ 100 millions de francs...»

Pas d'augmentation du chômage
Nathalie d'Aoust-Ribordy, du Syndicat des services publics (SSP), a joint sa voix à celle de son homologue d'Unia, la problématique touchant aussi le secteur qu'elle représente. «Les bas salaires frappent surtout les aides-soignantes, les employés d'EMS, ceux travaillant dans le domaine de la petite enfance... D'une manière générale, les branches traditionnellement féminisées sont dévalorisées en termes de rémunération.» Pour Gaël Bourgeois, président du Parti socialiste du Valais romand, les 4000 francs sont une question de principe. Alors que Mathias Reynard a rebondi sur les «assertions erronées» des adversaires du salaire minimum, affirmant notamment que son introduction créerait davantage de chômage. «C'est l'argument utilisé par les opposants à tout progrès social. En réalité, les études internationales montrent qu'il n'en est rien...» Pas davantage de crainte à avoir sur une augmentation de la main-d'œuvre étrangère puisque les employeurs devraient la payer aux tarifs suisses. La menace de la délocalisation des entreprises a aussi été balayée, les bas salaires concernant essentiellement les secteurs de l'agriculture, l'hôtellerie-restauration, le commerce de détail ou encore les services à la personne...


Sonya Mermoud

 

TEMOIGNAGE

«Les patrons doivent se mettre à notre place»
Employée de 2012 à début 2014 dans une usine spécialisée dans la fabrication de pièces automobiles à Martigny, Salomé Lorenço a témoigné de la difficulté de vivre avec un petit salaire. «Je travaillais de 20h45 à 5h du matin, pour 3000 francs brut pas mois x 12, plus une prime de 30 francs par nuit. Avec un tel montant, on doit faire attention à tout. Effectuer ses courses dans les discounters, privilégier les actions. On va rarement au restaurant. On limite l'achat de vêtements...» Mariée et mère de trois enfants, Salomé Lorenço ne dénigre pas pour autant ce travail. «J'étais affectée au contrôle des pièces détachées. J'ai suivi une formation dans l'entreprise pour effectuer ce job. Je l'aimais bien. Le seul problème, c'était le salaire», relève la quadragénaire qui comptait alors une majorité de collègues femmes payées à l'identique. Pour Salomé Lorenço, actuellement au chômage, les patrons ont les moyens de mieux rémunérer leurs employés. «On a besoin d'eux, mais ils ont également besoin de nous. Ils doivent aussi se mettre à notre place et partager les bénéfices.» L'ouvrière cherche aujourd'hui une nouvelle place en usine ou dans les nettoyages. «Si j'accepterais un salaire à 3000 francs?... Oui. Il faut bien vivre», soupire Salomé Lorenço dont l'époux, maçon, se trouve aujourd'hui au chômage technique. 

SM

 

 

Edition n° 14 du 2 avril 2014

 
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