19000 accidents de travail par an chez les apprentis de quoi dire stop
La Suva mène une vaste campagne de prévention dans les entreprises et incite les apprentis à refuser les travaux dangereux

Chaque année en Suisse, en moyenne, 19000 accidents de travail, dont trois mortels, touchent les apprentis. Ces cas sont 30% plus nombreux que chez les autres employés. De quoi alarmer la Suva, la Caisse nationale en cas d'accidents, qui mène depuis l'année dernière une vaste campagne de prévention dans les entreprises, avec l'objectif de réduire de moitié les accidents en l'espace de dix ans.

Au Salon interjurassien de la formation, tenu fin mars à Moutier, la Suva, Caisse nationale d'assurance en cas d'accidents, a une fois de plus mis l'accent sur sa campagne de prévention intitulée «Apprentissage en toute sécurité», comme elle l'a fait auparavant en Suisse romande, à Genève, Lausanne et Fribourg.

Carton rouge aux dangers
Lancée l'été dernier, cette campagne vise à réduire de moitié le nombre d'accidents professionnels chez les apprentis, d'ici à dix ans. A cet effet, la Suva a développé une vaste palette d'actions allant du stand d'information classique à des éléments mis en ligne sur Facebook et YouTube en passant par des concours et, bien sûr, une information ciblée sur le lieu de travail, avec pour élément central un «kit de démarrage» dans la vie professionnelle. Ce kit contient, sous forme de brochures, affichettes et didacticiels, des conseils et des informations destinés à la fois aux apprentis et aux formateurs. Il se décline en huit versions adaptées à différents types de branches de métiers. L'apprenti maçon se voit par exemple rappeler la nécessité de sécuriser les ouvertures dans les dalles et le moyen simple de le faire, alors que l'électricien est mis en garde contre tout contact avec une installation qu'il ne connaît pas. Au-delà des conseils portant sur les vêtements de sécurité et les dispositifs de protection, la Suva insiste aussi sur la nécessité d'apprendre les bons gestes, dès le départ. Elle plaide aussi l'exemplarité de la part du formateur. Exemple: il ne sera pas crédible s'il exige de l'apprenti de porter des lunettes de protection alors que lui-même néglige d'en porter.
Point fort du kit: un carton «Stop». Signé par le formateur et l'apprenti, il permet d'encourager ce dernier à oser cesser son travail lorsqu'il juge que sa sécurité n'est pas assurée. Pour l'heure plus de 40000 kits ont été commandés.

Davantage d'accidents chez les jeunes
Cette campagne répond à une nécessité confirmée par les statistiques. Chaque année en effet, 19000 accidents, dont trois mortels, touchent des apprentis dans les entreprises assurées à la Suva. Ces cas sont 30% plus nombreux que pour les autres employés. En revanche, les accidents subis par les apprentis sont en général moins graves: près de trois fois moins d'accidents mortels que les autres et une majorité de cas nécessitant moins de 4 jours d'absence au travail. Selon la Suva, cette différence s'explique principalement par l'interdiction générale d'employer des jeunes à des travaux dangereux, ancrée dans une ordonnance fédérale de la loi sur le travail (OLT 5 art. 4 al. 1). Mais aussi par un processus de guérison plus rapide.
Chez les apprentis, les accidents les plus fréquents sont les coupures, les éraflures, les blessures aux yeux. Ils se produisent le plus souvent dans des activités classiques comme le meulage, le ponçage, le perçage, le fraisage ou dans le contact avec des tours mécaniques.
La cause est souvent le manque d'expérience, mais parfois aussi la sous-estimation des risques.

Agir dès le premier jour
37% des accidents se produisent la première année d'apprentissage, 27% durant la deuxième, 23% dans la troisième, 10% dans la quatrième et 3% dans la cinquième et les suivantes. Cela montre que l'évolution progressive de la maîtrise du métier joue un rôle déterminant. Mais ces chiffres doivent être nuancés, du fait qu'un certain nombre de jeunes abandonnent leur formation en première année, que d'autres n'effectuent que trois ans d'apprentissage et que rares sont ceux qui en font plus de quatre.
Derrière ces chiffres se niche une réalité qui permet de mieux comprendre pourquoi la Suva insiste sur le fait que la prévention par l'information doit commencer dès le premier jour d'apprentissage.


Pierre Noverraz

Détails sur www.suva.ch, onglet prévention, colonne «apprentissage en toute sécurité».

 

Témoignages révélateurs

Dans le cadre de cette campagne, la Suva a mis en ligne deux petits films dans lesquels sont recueillis des témoignages portant sur de graves accidents (www.suva.ch, Apprentissage en toute sécurité). Un apprenti en technologie de denrées alimentaires raconte comment son pied droit a été écrasé par un chariot élévateur sur lequel un employé l'avait incité à s'asseoir, sans se soucier des règles de sécurité. «J'avais à l'esprit que ce n'était pas bien», dit l'apprenti qui se verra amputer d'un orteil. «Souvent je repense à ce moment. Et je me dis qu'il ne se serait rien passé si j'avais dit non.» Le deuxième film présente le récit poignant d'un cadre d'entreprise qui fut confronté à la mort d'un ouvrier et d'un apprenti, tous deux victimes d'un accident sur une machine en effectuant un travail pourtant jugé ordinaire. Un drame qui ne cesse de le hanter depuis des années. Et qui aurait pu être évité «si quelqu'un avait été là ce jour-là pour crier stop!»
PN

 

Edition n° 15 du 9 avril 2014

 
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